Transféré cet hiver chez Red Bull-BORA-hansgrohe après sept saisons fondatrices chez Soudal Quick-Step, Remco Evenepoel continue de repousser ses débuts sur Paris-Roubaix. Loin d’un refus définitif, le Belge assume un choix réfléchi, dicté par une carrière cabossée par les chutes et une priorité claire de redevenir pleinement le coureur dominant qu’il sait être avant de se frotter à « l’Enfer du Nord ».

Nouvelle équipe, nouvelles ambitions, mais même prudence. Remco Evenepoel n’a jamais caché sa curiosité pour Paris-Roubaix. Habitué des Classiques et des Monuments, le champion olympique n’a pourtant jamais pris le départ de « l’Enfer du Nord » chez les professionnels.

Interrogé dans Bartoli Time sur RMC sur une éventuelle tentative à l’image de Tadej Pogacar, qui préfère remporter Paris-Roubaix à la place d’un cinquième Tour de France, le Belge se montre limpide, sans détour, mais sans promesse immédiate: « Bien sûr, un jour je serai au départ, ça c’est clair, mais je pense que si on doit comparer ma carrière avec celle de Tadej, je pense qu’il a fait quelques années sans problème, sans arrêt disons. Moi j’ai quelques problèmes lors des dernières années, donc je pense que pour lui c’est un peu plus facile de dire: ‘Ok je vais viser les classiques avec les pavés comme Paris-Roubaix, comme le Tour de Flandre.’ « 

Derrière cette réponse, un constat, Evenepoel n’est pas encore dans la même phase de carrière que le Slovène. Là où Pogacar peut désormais explorer, Remco construit encore. Et chaque pavé du Nord représente un risque supplémentaire qu’il refuse, pour l’instant, d’ajouter à l’équation.

Une carrière marquée par les chutes

Si Evenepoel temporise, c’est aussi parce que son corps a déjà beaucoup donné. Contrairement à Pogacar, dont la trajectoire a été relativement linéaire, la carrière du Belge a été brutalement freinée à plusieurs reprises. Dès 2020, sur le Tour de Lombardie, Remco vit un épisode traumatisant avec une chute spectaculaire dans un ravin, une fracture du pelvis et 26 semaines loin du peloton, au point que certains craignaient pour la suite de sa carrière.

Revenu à son meilleur niveau, le sort s’acharne de nouveau en 2024. Sur le Tour du Pays Basque, une lourde chute entraîne 8 semaines d’arrêt avec une fracture de la clavicule et du scapula. À peine remis, un accident à l’entraînement – une portière ouverte – provoque 6 semaines supplémentaires d’arrêt, avec des côtes fracturées, une nouvelle fracture du scapula et de la main. Evenepoel le sait, avant de s’attaquer aux pavés les plus violents du calendrier, il doit d’abord stabiliser sa saison, enchaîner, durer.

Priorité à la progression et à la stabilité

Le message de Remco Evenepoel est cohérent et assumé. Avant d’élargir son terrain de jeu, il veut dominer celui qu’il connaît déjà. Sa priorité n’est pas l’exploration, mais la consolidation: « Moi je dois encore progresser sur les Grands Tours, sur les courses d’une semaine, sur les courses qui me conviennent très très bien et quand je serai à un certain niveau, à pouvoir gagner ces courses-là, pas à chaque fois mais quand même à quelques reprises, alors je pourrai plus me concentrer sur les autres courses que je n’ai pas encore faites. »

La comparaison avec Pogacar revient naturellement, et Evenepoel l’assume sans amertume: « Mais c’est clair que pour Tadej c’est un peu différent dans sa carrière, il a déjà gagné 4 fois le Tour de France, le Giro, le Tour de Flandre etc… Donc pour lui c’est un peu plus facile de se dire qu’il va se concentrer plus sur d’autres courses qu’il n’a pas encore faites au début de sa carrière. »

Chez Red Bull-BORA-hansgrohe, l’objectif est clair. Retrouver le meilleur Remco Evenepoel, capable d’enchaîner les victoires et surtout les saisons pleines. La conclusion, là encore, est sans ambiguïté: « Pour le moment, le plus important c’est de retrouver mon meilleur niveau et d’avoir une saison vraiment stable avec beaucoup de victoires un peu partout et après on pourra peut-être changer la vision. »

Maxence Mullié avec Bartoli Time