Vêtues de leurs treillis, couleur camouflage, blason de leur brigade brodé sur l’épaule, elles sont attablées, début décembre, dans un restaurant, place de la bataille de Stalingrad à Paris, comme un pied de nez à l’Histoire. Entre deux bouchées de viennoiseries qui s’offrent à elles, ces militaires ukrainiennes rappellent leur terrible quotidien, non loin de la ligne de front dans le sud-est du pays.
Dana, 40 ans, est commandante adjointe dans une brigade d’assaut comptant plusieurs milliers de combattants ; Olena, 28 ans, officie comme chirurgienne au sein du 1er régiment d’assaut ; Yulia, 39 ans, fait partie d’un bataillon de drones et d’infanterie de marine et œuvre à l’évacuation des blessés par des robots terrestres.
L’engagement politique de la première remonte à l’année 2014 lorsqu’elle a participé à la « révolution de la dignité », également appelée « révolution de Maïdan », qui avait abouti à la destitution du président de la République de l’époque mais aussi à la création de républiques autonomes pro-russes dans le sud-est de l’Ukraine. « Nous avons réussi à rénover la démocratie en Ukraine grâce à cette révolution, estime Dana. Aujourd’hui, j’assure juste mon obligation de citoyenne pour défendre mon pays contre l’agresseur russe ».
« En temps de guerre, c’est un devoir de s’engager »
Engagée dès les premières heures du conflit, en février 2022, dans le corps des « bénévoles », Dana a participé directement aux combats contre les forces russes. « C’est plus compliqué pour moi de dire où je n’ai pas combattu », lâche-t-elle pour dire qu’elle a été mobilisée sur presque toute la ligne de front. Avant d’admettre que c’est la « peur » de voir son pays tomber entre « les mains de l’ennemi » qui l’a motivé à prendre les armes. Son mari a été blessé au combat, son fils, sous-lieutenant, est aussi engagé, tout comme son jeune frère. La même résume encore que, « en temps de guerre, c’est un devoir de s’engager ».

Dana, 40 ans, est commandante adjointe dans une brigade d’assaut comptant plusieurs milliers de combattants ; Olena, 28 ans, officie comme chirurgienne au sein du 1er régiment d’assaut ; Yulia, 39 ans, fait partie d’un bataillon de drones et régiment d’assaut ; Yulia, 39 ans, fait partie d’un bataillon de drones et d’infanterie de marine et œuvre à l’évacuation des blessés par des robots terrestres.
© Benjamin Girette
À même pas 30 ans, c’est le chemin également emprunté par Olena. Cette diplômée en chirurgie générale dépasse d’une tête l’assemblée. Malgré son jeune âge, sa formation et son expérience du terrain s’avèrent particulièrement précieuses. « Outre des opérations chirurgicales, j’organise l’évacuation des blessés, la première aide médicale, l’assistance ambulatoire, et la formation des soldats à la médecine tactique ».
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Les traits de son visage juvénile ont dû mal à masquer des signes de fatigue. Mais dans son regard bleu acier, on décèle une détermination sans faille. « Le plus difficile, c’est l’impuissance », souffle-t-elle, avant de relater un épisode sanglant dont elle a été le témoin : « nous avons des véhicules d’évacuation pour récupérer nos blessés sur les positions les plus avancées du front, entame-t-elle. Une de nos voitures a été fait détruite alors qu’elle allait récupérer des blessés. L’équipage a été touché. On a envoyé un autre véhicule pour les secourir. Tous ont été récupérés mais sur le chemin du retour, cette voiture de sauvetage a aussi été visée et détruite à son tour. Et moi, j’ai assisté à tout ça et je ne pouvais rien faire… »
« L’Ukraine est devenue le bouclier de l’Europe »
Une situation que Yulia a aussi vécue. Mais au volant d’un véhicule de secours. « Nous avons été bombardés. Nous nous sommes retrouvés sur trois roues à transporter des blessés pendant presque 30 km jusqu’au point de stabilisation », se remémore celle qui a perdu son compagnon, en juin 2023, au cours de cette guerre contre la Russie.
Des points de stabilisation où se trouvent des containers médicaux mobiles, baptisés Stabnet, devenus indispensables à la survie des blessés. Équipés d’appareils de soins intensifs, ils permettent aux premiers intervenants de stabiliser les fonctions vitales des soldats et civils les plus durement touchés. Et notamment lors d’attaques de drones, devenus la principale arme de ce conflit 2.0.
Et pour toutes ces femmes militaires, une nouvelle menace plane au-dessus de l’Europe : une offensive russe de grande envergure, via la Biélorussie et les pays baltes. « Les États baltes sont de petits pays qui ne pourront pas résister à la machine de guerre russe, préviennent-elles. Ils seront coupés de la Pologne pour préparer une nouvelle offensive sur ce pays et au-delà. L’Ukraine est devenue le bouclier de l’Europe. L’Europe a désormais plus besoin de nous que l’inverse ».

Dana, 40 ans, est commandante adjointe dans une brigade d’assaut comptant plusieurs milliers de combattants ; Olena, 28 ans, officie comme chirurgienne au sein du 1er régiment d’assaut ; Yulia, 39 ans, fait partie d’un bataillon de drones et d’infanterie de marine et œuvre à l’évacuation des blessés par des robots terrestres.
© Benjamin Girette
« La paix ne pourra être instaurée qu’entre forces équivalentes, soutiennent-elles encore alors qu’un plan de paix a été proposé par Donald Trump, le président américain. La Russie ne comprend que le langage de la force et mène une guerre hybride, à la fois militaire et politique. Elle s’appuie sur des états partenaires pour asseoir sa position dominante. La Russie a testé la réaction de la défense européenne avec le survol de drones dans l’espace aérien des pays de l’OTAN. Ces précédents ont exposé la faiblesse de l’Europe à réagir. Pour nous, la Russie prépare une offensive en Europe ».