Par

Inès Cussac

Publié le

15 déc. 2025 à 19h04

De cet ancien magasin de sport planté au-dessus du périphérique et à deux pas du Parc des Princes, il reste l’immense fresque d’Edinson Cavani, Thiago Silva et Blaise Matuidi. Comme des gardiens, les stars du PSG veillent sur les portes d’entrée du centre d’hébergement de la porte de Saint-Cloud à Paris (16e). Cette année encore, dans le cadre du Plan d’urgence hivernal (PUH), 80 hommes isolés y sont accueillis tous les soirs depuis le 27 novembre 2025 et jusqu’au 31 mars 2026. Grâce à une équipe de volontaires de la Ville de Paris, dont l’esprit de solidarité est une ligne de conduite, ils vont pouvoir se reposer, tisser des liens et envisager un avenir loin de la rue.

Ce mardi 9 décembre 2025, il est environ 20 h quand Chloé Le Guen prend la parole devant cette assemblée composée d’hommes. La cheffe de projet PUH de la Direction des solidarités de la Ville aux cheveux relevés en demi-chignon lance la première réunion d’information de l’année. Quelques points du règlement sont énoncés, le fonctionnement du centre est expliqué et le programme des animations est présenté. « Il y a le planning des activités ici. Donc, jeudi à 20 h par exemple on va installer un grand fond vert comme sur les plateaux de cinéma, vous pourrez vous filmer avec la caméra, etc. Je vous conseille de venir, ça devrait vraiment être sympa ! » sait déjà la jeune femme qui a fait appel à des cinémas indépendants pour ce rendez-vous. « Et si vous avez des idées d’activités, n’hésitez pas », souligne-t-elle.

Des hommes de 19 à 79 ans

Depuis moins d’une semaine, les lumières de cette bulle aux murs de verrières se sont rallumées. Les lits sont faits, les fourneaux enclenchés et les affiches épinglées ici et là sur les cloisons érigées pour délimiter les chambres, les sanitaires, la cuisine et le cabinet médical. La Ville de Paris a inauguré en 2021 ce vaste espace de 1 500 m² qu’elle met à disposition des associations toute l’année et qu’elle réquisitionne chaque hiver pour en faire un site d’hébergement d’urgence. Il est alors ouvert tous les soirs de 18 h et à 8h30 le lendemain matin et reste accessible en journée pour les week-ends. « C’était un Go Sport avant », glisse Chloé Le Guen à qui il arrive encore d’éconduire des supporters du PSG pensant avoir trouvé la boutique officielle du club de foot.

À ses côtés, pas moins de 200 fonctionnaires parisiens se relaient pour organiser l’accueil des 80 sans-abri. Certains viennent ponctuellement pour servir des repas par exemple et d’autres se muent en responsables d’équipes afin de coordonner la horde de volontaires et assurer le suivi des personnes accueillies. Des travailleurs sociaux ainsi que deux psychologues interviennent aussi pour soutenir ces hommes dont les âges varient entre 19 et 79 ans. « Il y a un appel lancé avant l’ouverture du PUH, on s’inscrit et on donne nos disponibilités. On vient par périodes par exemple, moi, je vais faire six ou sept vacations », explique Nabiha, l’une des volontaires en poste ce soir-là.

La quadragénaire connaît bien le public accueilli à la porte de Saint-Cloud pour le côtoyer depuis dix ans. Assistance sociale à la permanence sociale d’accueil (PSA) de Belleville, son engagement au PUH lui a déjà permis de recroiser des personnes qu’elle accompagne la journée ou des cadres de la Ville qu’elle n’aurait jamais pu rencontrer autrement. « L’année dernière, j’ai fait une vacation avec un sous-directeur », se souvient cette grande brune, cigarette électronique plantée dans la main. « Avant de le savoir, on s’était présenté avec les tutoiements et tout… » rit-elle encore.

L'accueil commence à partir de 18h tous les soirs de la semaine, sauf le week-end où il se fait toute la journée.
L’accueil commence à partir de 18 h tous les soirs de la semaine, sauf le week-end où il se fait toute la journée. (©IC / actu Paris)

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« On essaie de faire au mieux »

Chloé Le Guen et sa brigade travaillent avec des « prescripteurs » pour désigner les futurs hébergés de l’hiver. Le Samu social, les PSA, l’Unité d’Assistance aux Sans-Abri (UASA) et la Mission d’urgence sociale (MUS) sont chargés de désigner un certain nombre de personnes pour le site du 16e arrondissement. « Cet hébergement renforcé doit aussi assurer la réorientation vers des hébergements pérennes de ces hommes seuls. L’idée est de les accompagner pour qu’il n’y ait pas de retour à la rue à la fin de l’hiver », prévient Léa Filoche, adjointe à la maire de Paris en charge des solidarités. « Ici, c’est un lieu pour se ressourcer et rebondir grâce à des insertions professionnelles, des formations… C’est plus compliqué à faire quand on manque de repos », explique Nabiha. « Ils retrouvent leurs repères ici », sourit-elle en voyant un homme au pyjama à carreaux bleu et blanc tout juste sortie de la douche et prêt à dîner.

Le parcours de rue, c’est très dur. Les gens qui viennent ici sont très cabossés, certains sont très abîmés alors si on peut leur apporter de nouvelles perspectives, on essaie de le faire au mieux. 

Olivier
Volontaire au centre d’hébergement de la porte de Saint-Cloud (16e)

« Au-delà du service, on est aussi là pour créer du lien », témoigne Olivier dans une voix posée. « On fait le tour pour savoir comment ils vont, comment s’est passée la journée parce que tout le monde n’a pas forcément de lien social dans la journée », indique ce grand homme à la veste sans manches verte. Les psychologues aussi permettent aux hébergés de se confier ainsi que les membres des associations La Cloche et Entourage qui luttent contre l’exclusion sociale. « Ils interviennent surtout à la fin du dispositif. C’est difficile de se séparer et de se retrouver seul », relate Chloé Le Guen qui voit déjà naître des amitiés.

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