La Russie de Vladimir Poutine représente une menace quasi inédite depuis deux générations, selon Richard Knighton. S’exprimant devant un think tank, le chef d’état-major des armées britanniques juge que le « prix de la paix augmente », rapporte notre correspondante à Londres, Emeline Vin. Ce discours fait écho à celui de son homologue français.
Si « personne ne peut vraiment dire avec certitude quel est le risque » d’un conflit ouvert entre la Russie et un pays de l’Alliance atlantique, « les preuves sont claires que le risque (…) s’accroit, et c’est l’élément clé pour agir », a-t-il dit. Cyberattaques, sabotages, tentatives d’assassinats… La Russie attaque quotidiennement le Royaume-Uni, explique-t-il. « La Russie développe également de nouveaux systèmes d’armement déstabilisateurs, comme les torpilles à capacité nucléaire, ou les missiles de croisière à propulsion nucléaire », a-t-il ajouté.
« La situation est plus périlleuse que tout ce que j’ai pu vivre au cours de ma carrière, et le prix de la paix augmente », a déclaré Richard Knighton, qui a succédé en septembre à Tony Radakin, dans un discours devant le Royal United Services Institute, un think tank spécialisé dans la défense. « La guerre en Ukraine et les actions passées de la Russie montrent la volonté de Vladimir Poutine de cibler les États voisins, y compris leurs populations civiles » et Moscou a été « clair » sur son « intention de défier, contenir, diviser et in fine détruire l’Otan », a-t-il poursuivi.
Même si les forces militaires représentent la « première ligne de défense », les « fils et les filles du Royaume-Uni » doivent se préparer à combattre pour la patrie. Selon lui, des universités aux services de santé publique en passant par l’industrie, chaque secteur de la vie britannique aura son rôle à jouer pour « construire une résilience nationale ».
Une situation « entre guerre et paix » avec Moscou, selon la dirigeante du renseignement extérieur
Plus tôt ce lundi, la nouvelle dirigeante du renseignement extérieur avait elle aussi averti d’une situation « entre guerre et paix » avec Moscou soulignant « la menace » représentée par une « Russie agressive, expansionniste et révisionniste ». La semaine passée, le ministre de la Défense indiquait que le Royaume-Uni élaborait rapidement ses plans pour un déploiement armé.
Pour préparer plus de Britanniques au combat, Richard Knighton n’a pas évoqué le retour d’un service militaire, aboli depuis 60 ans. Les armées britanniques devraient d’abord tenter de recruter plus de réservistes afin d’apporter à l’armée des « qualifications et une expérience » notamment dans les industries et métiers de la tech. Le gouvernement britannique s’est engagé à investir 2,5% de son PIB dans la défense d’ici 2027, puis 3% après 2029, répondant aux pressions américaines pour que l’Europe contribue davantage à sa propre défense.
De son côté, la nouvelle cheffe du MI6 britannique, Blaise Metreweli a insisté sur l’importance de la « maîtrise des technologies » pour lutter contre les menaces émanant de la Russie et d’autres acteurs hostiles qui ont ouvert une « ère d’incertitude ». « Nous évoluons actuellement dans un espace entre la paix et la guerre », a-t-elle affirmé depuis le quartier général des services du renseignement extérieur à Londres. La dirigeante de 48 ans, dont la famille est originaire d’Europe de l’Est, a accusé la Russie « d’exporter le chaos ».
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