Annoncé comme une star, Bakkies Botha a bien failli ne jamais porter le maillot du RCT. Blessé à son arrivée après la Coupe du monde 2011, le deuxième ligne sud-africain a suscité de sérieux doutes chez Mourad Boudjellal et Bernard Laporte. Retour sur un transfert à haut risque devenu l’un des plus grands coups de l’ère toulonnaise.

Décembre 2010. Le RCT version Mourad Boudjellal n’est pas encore la constellation d’étoiles qui va régner sur l’Europe et le Top 14 durant trois saisons, avec à la clé cinq finales sur six possibles et quatre titres (trois Champions Cup et un Bouclier de Brennus). Président depuis 2006, Mourad Boudjellal veut alors accélérer une nouvelle fois. Il sait qu’après la Coupe du monde 2011, organisée en Nouvelle-Zélande, il pourra « s’offrir » quelques stars pour venir épauler Jonny Wilkinson ou Karl Hayman, arrivés à l’intersaison 2010.

Arrivé avec une rupture partielle du tendon d’Achille

« On nous propose Bakkies Botha. À l’époque, je fais encore — et je le ferai très souvent — le recrutement seul. Son profil de tueur va plaire à Mayol, j’en suis certain. Les deuxièmes lignes ne sont pas très chers, loin derrière les piliers droits ou les ouvreurs. Je viens de casser ma tirelire pour engager Matt Giteau. Botha me plaît. Il ne sera pourtant que le sixième ou septième salaire du club. On arrive très vite à un engagement. Il signe son précontrat, et le contrat définitif doit être validé à son retour du Mondial, à l’automne », glisse Mourad Boudjellal, qui souhaite alors faire du RCT une véritable machine de guerre.

Six mois plus tard, après une Coupe du monde ratée, mi-figue mi-raisin, Bakkies Botha débarque en France en traînant la patte, au sens propre. Boitant sur les images télé lors de ses rares apparitions avec les Springboks, il semble n’être que l’ombre de lui-même. Toulon apprend que le joueur souffre d’une rupture partielle du tendon d’Achille et envisage de se défaire du lien contractuel. Pas question d’engager — et de payer — un joueur blessé. À 31 ans, les pires rumeurs sur une possible fin de carrière de Botha circulent dans le monde du rugby. Bernard Laporte, qui vient de débarquer au RCT et qui appréciait l’adversaire qu’il était lorsqu’il était sélectionneur, s’interroge sur sa recrue. Boudjellal encore plus. Ce dernier envisage même de le « libérer ».

Venu à Toulon pour « gagner des titres »

« À peine arrivé à Toulon, Bakkies Botha nous a demandé un entretien. Avec Bernard Laporte, nous l’avons reçu. Bakkies nous dit : « Je sais que l’un de vous dit dans la presse que je suis terminé, venu en préretraite, que ma carrière est foutue. Qui dit ça ? » Il semblait vraiment en colère, et c’était la première fois que j’avais ce colosse face à moi. Je rétorque alors, avec un grand courage — car Bakkies avait le regard vraiment noir — : « Bernard, pourquoi tu dis ça ? » », raconte, hilare, Mourad Boudjellal, quinze ans plus tard. Botha prévient alors les deux dirigeants qu’il est venu à Toulon pour gagner des titres.

Bakkies Botha débarque en France en traînant la patte, au sens propre.

Bakkies Botha débarque en France en traînant la patte, au sens propre.
Jean Christophe Magnenet / Icon Sport

« Il s’est remis d’aplomb et s’est très vite imposé comme un cadre de l’équipe », poursuit Boudjellal, qui ne regrettera jamais ce transfert. Dès sa première saison avec le deuxième ligne sud-africain, Toulon se qualifie pour la finale du Top 14. Le RCT récidivera en 2013, puis en 2014, avec une victoire face à Castres. En Coupe d’Europe, ce sera quatre finales : une de Challenge Cup perdue face à Biarritz, et trois titres dans la grande Coupe d’Europe. Botha prolongera même son contrat d’une année — « avec une baisse de 20 % de son salaire, pour faire de la place à son copain Ali Williams », dixit Boudjellal.

De ses quatre années passées sur les bords de la rade, Mourad Boudjellal ne se souvient pas d’un seul caprice de star. « Son seul hobby particulier, c’étaient les parties de chasse. Mais l’arrière-pays varois ne lui suffisait pas : il pouvait aller en Allemagne ou en Italie s’adonner à sa passion. Je n’ai jamais vérifié, mais il disait qu’il allait chasser le sanglier au couteau ! »