Changer de ville le temps d’un week-end, partir sur un coup de tête, privilégier quelques jours d’expériences plutôt qu’un long séjour planifié : le city-break s’installe durablement dans les pratiques touristiques. Loin d’un simple effet de mode, il traduit une évolution profonde du rapport au voyage, plus court, plus fréquent, plus flexible.

Une évolution confirmée par une récente étude menée par easyHotel et l’institut Norstat (*). Tous déclarent avoir effectué au moins une escapade urbaine au cours des deux dernières années. Mieux : près de 38% en ont réalisé deux et 13% quatre ou plus, révélant une pratique désormais installée, portée par la recherche d’un changement de décor rapide et accessible.

Les motivations avancées éclairent cette évolution. La facilité d’organisation arrive en tête (46%), devant le coût (35%) et la possibilité de voyager plus souvent (36%). Le budget pèse clairement dans la décision : 56% des répondants consacrent moins de 150 € à l’hébergement pour deux nuits, préférant réserver leur enveloppe aux sorties, à la culture ou à la restauration. Un format d’autant plus attractif que 58% des city-breaks se déroulent en France, contre 30% vers d’autres capitales européennes.

34% en hiver contre 14% en été

Une dynamique nationale qui se vérifie plus concrètement à l’échelle régionale. Selon les données de l’Observatoire du tourisme du CRT Provence-Alpes-Côte d’Azur, les séjours courts -définis comme des voyages de moins de trois nuits- représentent aujourd’hui près de 4 séjours sur 10, soit environ 14 millions par an.

L’étude souligne également le rôle central de ces formats dans la désaisonnalisation de l’activité touristique. Près d’un tiers des courts séjours ont lieu en hiver (34%), devant le printemps (27%) et l’automne (26%), l’été n’en concentrant que 14%. Toujours à l’échelle régionale, cette pratique se révèle particulièrement élevée dans le Vaucluse (48%), les Alpes-de-Haute-Provence (45%) et les Bouches-du-Rhône (42%).

Autre enseignement majeur : dans ces départements, les courts séjours génèrent une consommation touristique plus intensive, avec une dépense moyenne de 98 € par jour, soit 37% de plus que la moyenne régionale, notamment dans la restauration. Ces formats reposent majoritairement sur l’hébergement marchand, l’hôtellerie devenant le premier mode d’accueil pour ce type de séjour.

Les voyageurs se décident au dernier moment

Dans ce contexte globalement favorable en Provence, Marseille apparaît comme un terrain d’observation privilégié de ces nouvelles pratiques. « Les city-breaks se multiplient, et ce n’est pas nouveau, observe Nicolas Guyot, vice-président de l’UMIH 13. On voit des visiteurs qui décident au dernier moment : la météo s’annonce bonne, un billet de train est accessible… et hop, ils arrivent. » La facilité d’accès est d’ailleurs, d’après lui, un facteur clé : « Trois heures en train depuis Paris, une heure et demie depuis Lyon… C’est un atout énorme. »

Le directeur du Carré Vieux-Port décrit aussi l’émergence d’un nouveau profil : « Le city-breaker en télétravail. Celui-là reste dans sa chambre en journée, consomme le soir, et profite d’une visite culturelle ou d’un restaurant. Il existe vraiment. »

La progression de ces séjours courts s’inscrit également dans un contexte de hausse générale des prix. « Depuis le Covid, le prix moyen de l’hôtellerie a augmenté. La location saisonnière, qu’on restreint désormais en durée et en nombre d’appartements, se loue moins souvent… donc plus cher. Tout cela pousse les voyageurs vers le court séjour, plus abordable », analyse Nicolas Guyot.

Un écosystème favorable

Mais l’essor des courts séjours ne s’explique pas uniquement par des arbitrages budgétaires. Marseille doit aussi cette attractivité à un écosystème culturel et événementiel dense. « Il y a trente ans, on n’avait pas cette richesse : festivals, manifestations sportives, matches de foot le week-end…, reprend Nicolas Guyot. Tout cela génère du flux. Et même sans événement, un city-break de trois jours, c’est une calanque, une visite, du shopping : on repart avec un vrai aperçu de la ville. »

Ouvert fin 2024, easyHotel Marseille Euromed illustre l’essor des séjours courts, avec une clientèle mêlant loisirs et déplacements professionnels.Ouvert fin 2024, easyHotel Marseille Euromed illustre l’essor des séjours courts, avec une clientèle mêlant loisirs et déplacements professionnels. / PHOTO ARCHIVES DAVID ROSSI

Dans ce contexte, la réussite d’easyHotel Marseille Euromed illustre cette mutation. Un an après son ouverture, l’établissement affiche un taux d’occupation moyen de 82% en haute saison et un tarif journalier de 70,8 €, avec une clientèle composée à 70% de visiteurs loisirs et 30% de voyageurs d’affaires. Pensé comme une adresse dédiée aux séjours courts, professionnels comme touristiques, l’hôtel s’inscrit pleinement dans cette logique de city-break à budget maîtrisé, particulièrement prisée par les jeunes adultes.

« Avec une clientèle majoritairement âgée de 18 à 34 ans, nous résonnons avec une nouvelle génération de visiteurs en quête d’expériences, attachés à un design malin et à des prix attractifs », souligne Karim Malak, CEO d’easyHotel.

Le CityPass plébiscité par les visiteurs

Cette logique du city-break se prolonge jusque dans les outils mis à disposition des visiteurs, à commencer par le CityPass. Proposé par l’office de tourisme en formules 24, 48 ou 72 heures, il combine accès illimité aux transports, entrées dans les musées, visites emblématiques et expériences au choix. « Avant, il était vendu presque confidentiellement, rappelle Nicolas Guyot. Aujourd’hui, c’est un produit très structuré, parfaitement adapté à ces visiteurs pressés de multiplier les expériences. L’office du tourisme a vraiment répondu à une attente. »

Et de conclure : « À l’image du scroll sur un écran et les réseaux sociaux, le city-break traduit une façon d’aller vite à l’essentiel, de multiplier les sensations et les destinations, sans s’inscrire dans le temps long ».

(*) Etude menée par easyHotel et l’institut Norstat auprès de 1 012 Français.