ERIC BERACASSAT / Hans Lucas via AFP
Le journaliste Paul Gasnier de l’émission Quotidien, devant la salle de presse au palais de l’Élysée, novembre 2025.
Un livre qui a trouvé son public et qui reçoit sa première distinction. Le journaliste Paul Gasnier a remporté ce mardi 16 décembre le prix Goncourt des détenus avec La collision (Gallimard), le récit de la mort de sa mère dans un accident de vélo provoqué lors d’un rodéo urbain, a annoncé le Centre national du livre (CNL).
Ce prix est le premier à récompenser La collision qui, avec plus de 50 000 exemplaires vendus, est l’un des principaux succès de la rentrée littéraire de septembre.
« C’est évidemment une très grande surprise pour moi car j’étais convaincu que mon livre allait passer sous les radars », s’est félicité Paul Gasnier, journaliste de l’émission Quotidien (TMC), lors de la remise du prix.
Des lecteurs « impitoyables »
Son premier roman raconte, sans pathos, l’accident mortel de sa mère en 2012 à Lyon et l’enquête qu’il mène pour tenter de comprendre comment un tel événement a été rendu possible.
Paul Gasnier estime que l’intérêt des lecteurs peut être lié au fait que le livre traite de « la délinquance et de l’insécurité, des sujets très peu abordés par la littérature alors qu’ils sont très présents dans les conversations, les médias et la politique ».
Depuis sa sortie, il a présenté La collision dans plusieurs établissements pénitentiaires, comme Châteaudun ou Brest : « c’était des échanges ardus parce que les détenus sont des lecteurs impitoyables », avec « des questions vraiment très aiguisées et qui étaient liées au pardon, à la vengeance, à la responsabilité ».
600 jurés au sein de 45 prisons
Créé en 2022, le Goncourt des détenus est issu des délibérations de 600 jurés au sein de 45 établissements pénitentiaires de toute la France, y compris d’outre-mer.
Le processus s’est achevé par une délibération finale de dix détenus, hommes et femmes, réunis à huis clos au Centre national du livre à Paris.
L’objectif de ce prix soutenu par les ministères de la Culture et de la Justice sous le patronage de l’Académie Goncourt vise à « rendre les personnes détenues actrices d’un prix littéraire en valorisant leur capacité critique », selon le CNL.
Un détenu, tenu à l’anonymat, a expliqué que, n’étant « pas grand lecteur » avant la prison, il avait « plongé dans la lecture » grâce au prix Goncourt et avait pu ainsi « s’évader par l’esprit ».