Par
Nicolas Gosselin
Publié le
17 déc. 2025 à 6h36
Chaque année, des personnes désespérées mettent fin à leurs jours en sautant du haut du pont d’Aquitaine. Mercredi 10 décembre 2025, cette triste liste aurait pu encore s’allonger sans la réactivité et le sang-froid de deux éboueurs, qui ont aperçu ce matin-là une femme en train de franchir les barrières pour se jeter de plus de 50 mètres au-dessus de la Garonne. Ni une, ni deux, ils ont accouru vers elle pour l’empêcher de sauter. Pour actu Bordeaux, ils reviennent sur cette matinée pas comme les autres…
Il était vers 9h30, on venait de finir notre tournée à Ambarès-et-Lagrave et on se dirigeait vers notre dépôt à Bordeaux-Lac, raconte Olivier Gerbeaud, l’un des deux éboueurs en question. En arrivant au niveau du pont d’Aquitaine, ça commençait à bien bouchonner… »
Elle se dit victime des scientologues
Assis sur le siège passer, adossé à la portière, son collègue Ugo Audy aperçoit alors une voiture à l’arrêt sur la voie opposée, avec les feux de détresse allumés. Sa conductrice n’est plus dans l’habitacle et enjambe les barrières de sécurité du pont.
Je me suis dit : « Qu’est-ce qu’elle fait ? » Je n’ai pas réfléchi, j’ai ouvert la portière et j’ai couru vers elle. J’ai traversé les voies en arrêtant les voitures et j’ai essayé de l’attraper par la taille.
Ugo Audy
Son collège Olivier Gerbeaud le rejoint quelques secondes plus tard. « On essayait de la raisonner mais elle nous répondait : « Laissez-moi, laissez-moi ! Il faut que je saute sinon ils vont tuer mon fils. Vous savez très bien de qui je parle : les scientologues. On ne peut rien faire pour arranger ma situation. »
Un policier se menotte à la femme
« On voyait qu’elle était perdue, elle se sentait obligée d’en finir, poursuit Ugo Audy. Je n’avais plus trop la notion du temps, j’étais paniqué. J’avais peur qu’elle saute devant mes yeux ! »
Avec son collègue, l’éboueur de 26 ans a réussi à maintenir la discussion avec elle jusqu’à l’arrivée des policiers. « Au bout de dix minutes, je dirai », estime Olivier Gerbeaud, 42 ans dont huit ans de boîte. Dès lors, un agent de police a réussi à menotter le poignet de la femme au sien pour la sécuriser puis les pompiers sont arrivés ensuite.
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Les agents de Bordeaux Métropole ont alors donné le relais et ont rejoint leur chauffeur dans le camion benne pour retourner vers leur dépôt. De cette femme âgée « d’environ 50 ans », ils n’ont plus eu de nouvelles depuis bien qu’ils lui aient certainement sauvé la vie.
« C’est un acte tout à fait normal »
« À mon sens, ce n’était pas un acte héroïque. C’est un acte tout à fait normal. On ne voyait pas l’intérêt de l’ébruiter », dit Olivier Gerveaud. Pour autant, la plupart des automobilistes sont passés devant la scène en regardant avec beaucoup de curiosité mais sans s’arrêter.
Alors, forcément, quand l’information est remontée jusqu’à la hiérarchie, les agents ont été convoqués pour être remerciés. « Comme j’ai dit aux autres, on a aidé au sauvetage mais ce n’est pas nous qui l’avons sauvée. On a fait une petite partie mais la plus grosse partie, ce sont les policiers et les pompiers », rétorque humblement Ugo Audy.
Pourtant, c’était bien lui le premier à être venu à sa rencontre pour la dissuader de sauter et tenter de la retenir avec ses bras. Ce jour-là d’ailleurs, quand il est rentré chez lui après son service, il n’a pas fait la sieste comme d’habitude. « Je n’arrivais pas à dormir, je cogitais. J’étais encore sous le choc, admet-il. Mais heureusement, tout s’est bien fini. » Et quoi qu’il en dise, c’est beaucoup grâce à lui et à son collègue.
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