Dans son livre « La collision », l’écrivain-journaliste revient sur le rodéo urbain qui a provoqué la mort de sa mère. Il y parle de délinquance, de drogue, d’insécurité… Des thèmes évocateurs pour ce lectorat particulier.
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Publié le 17/12/2025 07:43
Temps de lecture : 3min

Le journaliste-écrivain Paul Gasnier, le 8 novembre 2025. (Stéphanie Para / MAXPPP)
Le Goncourt des détenus, décerné mardi à Paul Gasnier pour La collision (Gallimard) est un prix « particulièrement symbolique parce que c’est un lectorat qui connaît les sujets que j’aborde dans mon livre », souligne l’écrivain mercredi 17 décembre sur France Inter. Le journaliste y remonte le fil des évènements qui ont conduit à la mort de sa mère à cause d’un rodéo urbain.
Créé en 2022, le Goncourt des détenus est issu des délibérations de 600 jurés au sein de 45 établissements pénitentiaires de toute la France. « Le livre parle de délinquance, de drogue, de procédure judiciaire et policière et de la manière dont l’insécurité aujourd’hui est récupérée politiquement et médiatiquement pour dire n’importe quoi. Donc au fond, ça ne m’étonne pas tant que ça que les détenus aient été un lectorat sensible à ces thématiques », souligne Paul Gasnier.
À l’occasion de ce prix, l’écrivain a rencontré des détenus dans trois prisons françaises. « C’était passionnant parce que j’ai découvert des lecteurs impitoyables qui m’ont passé sur le gril pendant 2 heures et qui étaient très exigeants », raconte-t-il, décrivant « des rencontres passionnantes » avec certains détenus qui « sont devenus des lecteurs avides en trois mois ».
Ce prix et ces rencontres lui ont donc « énormément apporté », dit-il, « d’autant que je ne connais pas le milieu carcéral ».
« C’était la première fois que j’allais en prison et je suis sorti de ces rencontres lessivées, mais avec des visages que je n’oublierai pas. »
Paul Gasnier, auteur de « La collision »
à France Inter
Parmi ces visages, il y a celui de cet homme qui lui a confié que son « livre l’avait convaincu, que quand il sortirait de prison, plus jamais il ne ferait de roue arrière avec sa moto ». « Quand on entend ça, on se dit que l’écriture n’a pas été vaine », sourit l’écrivain.
Avec ce livre, Paul Gasnier veut aussi alerter sur notre société « malade » de « l’emprise de la drogue » mais aussi « d’une polarisation et d’une radicalisation politique et médiatique » et du recul des services publics. « C’est-à-dire qu’on ne comprend pas la délinquance si on considère qu’elle est seulement une affaire de responsabilité individuelle. Derrière, il y a une coproduction collective de la société, parce que les délinquants sont des gens qui vivent la même société que nous. Et dans le parcours de Saïd, ce délinquant qui a tué ma mère, ce que tout le monde me dit, c’est qu’il y a eu une succession de petits manquements des services publics qui se sont alignés pour créer l’irréparable ce jour-là », explique le journaliste.
Il dénonce aussi la récupération politique de ce type d’évènements et veut « montrer qu’on peut parler de délinquance et aller sur le terrain de l’extrême droite pour y planter son drapeau et parler de ces sujets-là avec des termes qui ne sont pas les leurs ».