En septembre 2024, l’assemblée départementale d’Ille-et-Vilaine a approuvé le projet de création d’une réserve biologique intégrale (RBI) de 560 hectares sur l’espace naturel de la forêt de la Corbière. Qu’est-ce que ça signifie ?
Yann Soulabaille, conseiller départemental en charge de la biodiversité : C’est avant tout une protection réglementaire forte en faveur des habitats forestiers. C’est un outil crucial. Jusqu’à présent, la Bretagne ne comptait que trois réserves biologiques, toutes sur de petites surfaces. Ce sera une grande première en Ille-et-Vilaine et la plus grande de toute la région !
Jean-François Lebas, responsable du projet pour le Département : Concrètement, cela signifie l’arrêt total de la programmation de coupe de bois sur cette forêt. On veut limiter l’activité humaine afin de laisser la forêt évoluer naturellement, de permettre aux arbres d’atteindre leur âge canonique et d’accroître la biodiversité.
Pourquoi cet espace a-t-il été sélectionné ?
J-F. Lebas : C’est un site très riche où l’on trouve notamment des espèces liées aux vieilles forêts, de plus en plus rares. Il y a un nombre important de chauves-souris et une large représentation d’espèces d’oiseaux. Ce statut de RBI pourra permettre l’arrivée naturelle de nouvelles espèces forestières grâce à l’emplacement du site en l’entrée de la Bretagne. Cela permettra également de contribuer à la stratégie nationale biodiversité.
Historiquement, la forêt, dont le Département est devenu propriétaire en 2002, était dédiée à la production de bois d’œuvre. Comment s’est opérée cette transition ?
J-F. Lebas : Le précédent plan d’aménagement (2008-2022) avait pour objectif prioritaire la sylviculture. À l’échéance de ce document, nous avons effectué un changement de cap grâce aux ateliers de réflexion avec des élus et des acteurs locaux (associations, pompiers, acteurs du tourisme, acteurs de l’eau) qui ont été mené. L’idée a été de transformer cet espace naturel en véritable laboratoire du futur face aux défis du dérèglement climatique
Qu’est ce qui sera observé exactement ?
J-F. Lebas : L’arrêt de la production de bois nous permettra d’étudier le développement du climat local et l’évolution naturelle des espèces, notamment celles que nous connaissons encore mal, comme les invertébrés, mais aussi les champignons et les mousses. Nous sommes au début de l’aventure, mais nous avons déjà installé des stations météo cet été au cœur de la forêt et nous travaillons en partenariat avec bien évidemment l’ONF mais aussi des universitaires et des associations. Un budget spécifique sera consacré pour faire fonctionner cet observatoire.
Y. Soulabaille : Lancer un tel projet, c’est super motivant pour un élu. Même si les résultats ne seront pas visible avant plusieurs dizaines voire centaines d’années. Nous travaillons pour nos arrière-petits-enfants.
L’intégralité de la forêt de la Corbière sera-t-elle concernée par l’interdiction de coupe ?
Y. Soulabaille : Non, nous allons conserver une petite zone de 48 hectares avec une activité sylvicole en gestion irrégulière. C’est nécessaire pour assurer la sécurité, notamment autour du sentier principal près de l’étang et dans un petit secteur qui jouxte des lignes électriques.
L’abattage d’arbres sera suspendu, mais quid des autres activités humaines ? La forêt sera-t-elle fermée au public ?
Y. Soulabaille : La forêt reste évidemment ouverte ! Tout le reste est maintenu, mais sous conditions. La chasse, la pêche et le ramassage des champignons resteront autorisés, en respectant la réglementation des forêts domaniales.
J-F. Lebas : Pour les besoins de l’étude, environ 170 hectares, jusqu’à présent accessibles, seront classés en zone hors fréquentation. Cela nous permettra de mesurer si l’impact sur la biodiversité est plus fort dans les zones non perturbées.
Quel est le calendrier pour l’obtention de ce statut ?
J-F. Lebas : Nous espérons obtenir l’arrêté ministériel en 2027. Avant cela, les élus devront valider à nouveau le projet en avril 2026, puis il sera présenté au Conseil national de protection de la nature (CNPN) qui validera l’aspect scientifique et technique. Ensuite, le Préfet et la DREAL devront également valider.
Y. Soulabaille : C’est un projet très ambitieux et passionnant pour la Bretagne. Le fait que l’ONF assure déjà des premiers suivis sur les espèces et les mousses, avant même l’officialisation de l’arrêté ministériel, est un signe fort de confiance.