Depuis quand chantez-vous des textes paillards en polyphonie ?
Laura Etchegoyhen. Depuis qu’au lycée, à Bayonne, où nous étudiions la musique, nous devions répondre à la section rugby de l’établissement, qui nous lançait des chants paillards. C’est devenu un réflexe, d’abord, puis une ambition…
Manon Irigoyen. Et fin 2016, un de nos amis nous a proposé de faire sa première partie. Nous sommes montées sur scène avec ce répertoire encore officieux.
Comment choisissez-vous vos chants ?
M. I. C’est assez compliqué. Parce que dans le répertoire, il y a beaucoup de choses affreuses. La chanson paillarde est quand même systématiquement phallocentrée, misogyne, pédophile, homophobe… Nous faisons en sorte de bien choisir soit les couplets, soit le chant s’il n’y a rien à redire dessus, ce qui est quand même extrêmement rare. Sinon, on change les paroles pour gommer ce qui pose problème. Mais une bonne partie vient du public qu’on croise sur nos concerts.
L. E. Notre souhait diabolique caché, c’est que les gens se mettent à chanter les chansons paillardes que nous écrivons, sans le savoir.
Le public est-il d’abord frappé par la discordance sémantique ou par la beauté formelle des chants ?
M. I. C’est justement le décalage entre les deux qui saisit les gens. Les textes les font beaucoup rire ou parfois les offusquent. Je pense que c’est d’autant plus choquant que musicalement, vocalement, on s’applique justement à avoir une technique irréprochable.
Comment réussissez-vous à maintenir cette rigueur technique tout en servant un répertoire qui est par essence décontracté ?
L. E. C’est ça qui est drôle justement ! En répétition par exemple, on va s’appliquer techniquement sur un mot précisément et ça donne des phrases dingues comme : « Je pense qu’il faut respirer juste avant anus. »
M. I. Ça fait tellement d’années qu’on a notre répertoire, qu’on est complètement vaccinées. Et grâce à la réaction du public, parfois, on se rappelle ce qu’on est en train de chanter. On a chanté à Biarritz au Colisée. Et à la sortie du concert, vient nous trouver une brochette de copines d’au moins 70 ans. Elles étaient trop contentes et rigolent « Oh là là là ! Alors, au début, on n’a pas compris. Et après, on a tellement ri ! Mais quel culot, mais quelle audace ! Continuez ! »