Dans une interview à l’AFP, Guillaume Martin-Guyonnet s’est interrogé sur les changements « impressionnant » du vélo en dix ans. Mais le leader de la Groupama-FDJ n’est pas le seul à avoir le vertige face à l’évolution des performances et des risques.
Que reste-t-il du cyclisme de 2016, Quand Guillaume Martin est arrivé dans le pelton, pro, que Tadej Pogacar n’était qu’un junior prometteur et que Geraint Thomas était déjà champion du monde et olympique sur piste et vainqueur de paris-Nie sur route? « La finalité reste la même: passer la ligne d’arrivée le premier. Mais en dehors de ça, le changement est impressionnant, explique Guillaume Martin-Guyonnet dans un entretien très intéressant à l’AFP.
« Il y a énormément de tests en tous genres sur le matériel et le corps qui font que la performance est de plus en plus encadrée par la science et qu’on se trompe de moins en moins. La conséquence est que chaque coureur réussit à tirer le plein potentiel de sa physiologie. Et donc le niveau global du peloton est beaucoup plus élevé. Avec des coureurs qui arrivent aussi de plus en plus jeunes dans le monde professionnel. Ce qui ne va pas sans poser certains problèmes. »
« Il n’y a pas eu de grande évolution sur la sécurité depuis dix ans alors qu’il y aurait certainement des choses à imaginer comme les airbags »
Notamment que des jeunes se professionnalisant de plus en plus tôt (et là, le regard se tourne vers Paul Seixas). « Les jeunes peuvent se comparer entre eux et pour ceux qui ont des trajectoires différentes ou ne réussissent pas à performer dès le début, ça peut être délicat à vivre. Il y a aussi le fait que mécaniquement ça les amène à arrêter les études plus tôt. Etre confronté à autant de pression aussi jeune peut amener des risques psychologiques. Malgré ça, toutes les équipes vont sur ce créneau pour être présent face à la concurrence. Tant pis s’il y a du déchet », explique Guillaume Martin-Guyonnet.
Ce dernier s’interroge aussi sur la sécurité, en baisse au fur et à mesure que la vitesse des coureurs augmentent. « Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y a pas eu de grande évolution sur la sécurité depuis dix ans alors qu’il y aurait certainement des choses à imaginer comme les airbags. Si c’était obligatoire, ça rentrerait dans la routine comme le casque. »
Parmi les changements majeurs, le matériel bien sûr. Récemment, Geraint Thomas assurait que Tadej Pogacar, qui a dominé le dernier Tour de la tête et des épaules malgré une chute, n’aurait pas gagné la compétition s’il avait du la disputer avec un vélo d’il y a 10 ans.
« Si c’est juste le cadre et qu’il a des roues, pneus modernes, une combinaison… il pourrait, tentait de négocier Geraint Thomas dans le podcast Watts Occuring qu’il anime avec Luke Rowe. Mais si il a un équipement de 2015, les roues qu’a eu Froomey, les pneus, le maillot… » Une manière d’illustrer que les progrès techniques ont touché ces dernières années des domaines aussi variés que les pneus, les combinaisons… On s’était d’ailleurs déjà amusé à montrer comment les vélos avaient changé entre l’arrivée de Pogacar dans le peloton professionnel en 2019 et sa monture cinq ans plus tard. Et c’était avant que Colnago sorte cet hiver son nouveau vélo au « guidon mouette » censé rapporter 20 watts.
Pogacar: « Avant on mangeait beaucoup de glucides, au petit-déjeuner. Des pâtes blanches, du riz blanc, une omelette »
Pour Pogacar, le plus gros changement concerne… la nutrition. L’ogre du pelton a récemment détaillé comment son alimentation avait changé par rapport à son début de carrière. « Le cyclisme évolue tellement » a explique Pogacar. « Je suis arrivé dans l’équipe UAE il y a six-sept ans, aujourd’hui cela n’a plus rien à voir. Avant on mangeait beaucoup de glucides, au petit-déjeuner. Des pâtes blanches, du riz blanc, une omelette. Maintenant, c’est beaucoup plus équilibré, avec toujours une omelette, mais du riz au lait, du porridge, du pain, des crêpes. Ça fait toute la différence. » Dans le podcast Grand Plateau, un diététicien avait expliqué comment la science avait évolué et transformé la pratique des cyclistes ces dernières années.
La nutrition, clé de voûte de la performance ! Avec Julien Louis, nutritionniste chez Decathlon AG2R La Mondiale
De quoi transformer complètement les performances et écarter le spectre du dopage qui vole pas très loin des performances stratosphériques de Pogacar and co? « Moi-même, je vois certains temps de montée où je vais aussi vite qu’Amstrong sourit Guillaume Martin-Guyonnet. C’est bien la preuve que, par le fait d’être plus professionnel et de maîtriser tous les aspects de la performance, on peut quand même atteindre un haut niveau. Après, il y a un monde entre moi et ceux qui dominent le Tour. Mais je ne peux pas me permettre de juger ou d’accuser. Je n’ai pas non plus envie de paraître pour un aigri. Un coureur en Nationale 1, du plus haut niveau amateur, il s’entraîne comme moi, et il y a quand même un monde entre mon niveau et le sien. Je n’ai pas envie que lui m’accuse d’être dopé simplement parce que je suis plus fort. Peut-être que les coureurs devant sont naturellement plus forts. Dans toute l’histoire du sport, il y a eu certains qui étaient une classe au-dessus des autres. Il faut l’accepter. »