En 1985, seul le champion de chaque pays joue la C1, et au couteau, tout en matchs aller-retour. Cette année-là, Bordeaux aligne la moitié de l’équipe de France qui a réveillé le foot tricolore au Mondial espagnol, la Juve un tiers de la Squadra championne du monde, bref on vit l’une des rares épopées de club français en Europe, la première depuis la finale de Saint-Étienne en 1976.
Rideau de fer
Les Girondins découvrent la C1 mais ils ont atteint les demies avec une rigueur de rideau de fer et des nerfs d’acier pour écarter l’Athletic Bilbao (3-2, 0-0 en Espagne), le Dinamo Bucarest (1-0, 1-1). Et enfin Dniepropetrovk, en quarts, une vraie guerre froide (1-1, 1-1 en URSS et qualification aux tirs au but).
Bordeaux est une forteresse, blindée par Girard, Rohr, Battiston, Specht, Tigana, une section d’assaut où le génie de Giresse et le sang de Thouvenel dynamitent les pires serrures que crochètent Lacombe ou Müller. On peut y croire…
Seulement, à l’aller à Turin, l’histoire repasse un de ces duels où l’hyperréalisme (voire le vice) italien, soumet nos arabesques. Un tacle kamikaze de Cabrini expédie Tigana et Girard au tapis, l’impact physique et les coups pèsent sur une équipe archi dominée mais solide.
Vexés
Et puis arrive le classique de l’époque : longue ouverture de Platini entre Specht et Tusseau, ballon collé à la course de Boniek, qui termine d’une demi-volée entre les jambes de Dropsy.
Girard laisse sa place à Thouvenel, puis la Juve gère et déroule, avec deux buts de plus, en trois minutes implacable. Nouvelle ouverture diabolique de Platini vers Briaschi qui bouscule Rohr, premier sur le ballon, puis volée de Platini. Le titre de « L’Équipe », le lendemain, « La Juve, c’est autre chose », vexe. Attends, attends, tu vas voir…
Il n’y a pas d’ami…
Ce 24 avril, Lescure est en feu, Bordeaux sort de ses gonds, joue haut, plus vite, envoie les tacles : Rohr et Girard assaisonnent Platini, éteint tout le match. Ici c’est Bordeaux, la Juve recule… Un geste resté fameux : Giresse repousse le bras consolateur de Platini, qui vient de le sécher. Pas d’ami ce soir… À trois jaunes pour la Juve (un pour Briaschi qui découpe Lacombe) quatre pour Bordeaux au final, il y a eu explication.
Forteresse derrière, crocheteurs de serrures devant, les revoilà. Des rushs de Tigana, des passes fines de Giresse ont travaillé l’axe central verrouillé de la Juve, et ça finit par passer ! Passe en pivot de Lacombe pour Müller, qui tourne le dos au but pour aller chercher le ballon entre trois Italiens et pivote à son tour pour marquer : 1-0, 24e.
Dieter Müller déverrouille le match, puis les Girondins assiègent la Juve en PLS
Müller a une autre occasion (41e), et tout le reste du match les Girondins assiègent la Juve en PLS. Chalana entre, mais le jeu au près coince. Alors dans la nuit bordelaise, alors on essaie de loin, Girard, Tusseau, mais c’est Patrick Battiston qui, de 35 m, envoie un missile à propulsion nucléaire, exter droit sur le poteau rentrant de Bodini, 2-0, 80e.
Une autre folie commence, à 42 000 et 11 dans un stade hors du monde. Lacombe rate une volée, l’arbitre un possible penalty pour la Juve, Tigana perce mais sa frappe ne trouve pas d’angle et atterrit sur le gardien…