L’avocat général avait réclamé dix-huit ans de réclusion criminelle, la cour criminelle des Pyrénées-Atlantiques a finalement condamné Karim Braire à quinze ans de prison (dont 10 ferme) ce mercredi 17 décembre devant la cour criminelle des Pyrénées-Atlantiques. Cette gloire autoproclamée du surf était jugée depuis lundi pour pour des viols, tortures et actes de barbarie sur son ex-épouse, et des violences sur ses enfants. «Je vous crois», a lancé aux parties civiles l’avocat général Marc Mariée, qui a demandé aux juges d’assortir la peine d’une période de sûreté de 12 ans, estimant l’accusé «éminemment dangereux».

La victime, une femme de 42 ans en couple avec Karim Braire pendant quatorze ans, avait décrit à l’audience des rapports sexuels imposés et une «emprise totale» de son conjoint sur elle et leurs enfants, qu’il a aussi violentés. Elle a raconté un épisode «ultime» de violences survenu fin 2022 au Maroc, qui vaut à l’accusé d’être jugé aussi pour tortures et actes de barbarie, avant qu’elle ne prenne la fuite par «instinct de survie». Séquestrée durant une semaine dans le sous-sol de la maison familiale, battue chaque nuit à coups de câble électrique, elle s’était «vue mourir». L’ex-mari conteste, ne reconnaissant qu’une seule «soirée» de violences, au motif qu’elle lui aurait avoué un prétendu adultère.

«Négation de l’humanité de l’autre»

«Ce n’est pas dans les victimes qu’il faut aller chercher le mensonge», a lancé l’avocat général à Karim Braire, revenant sur son passé romancé de surfeur de grosses vagues, qualifié de «supercherie» par des spécialistes de la discipline et illustrant, selon le magistrat, un «menteur pathologique». Cette personnalité «mythomane» et «violente», dans la «négation de l’humanité de l’autre», éclaire les faits dénoncés, a poursuivi le magistrat en s’appuyant aussi sur les témoignages d’anciennes compagnes.

L’accusé avait reconnu mardi des violences sur ses enfants, «pour des bêtises» ou «l’éducation au quotidien», après que sa fille de 15 ans a relaté la «peur constante» des coups qui tombaient sur elle ou son petit frère pour le moindre incident. Avant le réquisitoire, Me Maialen Cazeau avait plaidé pour des enfants «cabossés», qui ont subi ces violences. Le père les rêvait champions sportifs. «Je vomissais de stress et devais me cacher pour vomir sinon il me frappait», raconte sa fille Maya (le prénom a été changé), qui subissait aussi des coups «quand [elle] tombait de fatigue du tapis de course», rapporte Le Parisien.

L’homme est aussi accusé d’un «déferlement de haine» sur leur mère. Face à la question «culpabilisante» (pourquoi celle-ci n’a-t-elle pas fui plus tôt ?), l’avocate de la victime, Me Camille Leduc rappelle la force du «contrôle coercitif» exercé par l’accusé à force «d’humiliations, de brimades, de coups, toujours contrebalancés par les promesses, les déclarations d’amour». Les parties civiles ont réclamé que ses droits parentaux lui soient retirés.

Serial mythomane

La mythomanie du prévenu est connue de longue date. Débarquant sur les ondes en mai 2017 devant Fogiel sur RTL et Ardisson sur C8 dans Salut les terriens, Karim Braire s’était attaché à vendre une histoire bankable : celle d’un enfant de quartier populaire d’Orléans ayant appris à nager sur le tard, à 18 ans, arrivé sans le sou à Hawaï pour se lancer dans le surf en autodidacte au début des années 2000. Quelques grandes vagues autour du monde et des sponsors plus tard – il évoque un contrat à six chiffres chez Quicksilver – le voilà surfeur professionnel. De cette histoire en barre, naîtra un livre autobiographique publié chez un éditeur sans vérification. Après une rencontre avec Dany Boon, naîtra la Source, un film adapté du livre en 2019..

Le nom Karim Braire ne dit pourtant rien à Quicksilver, interrogé par le site spécialisé outdoor Neufdixième.com en 2017. Pas de trace non plus de vidéos où on le verrait surfer Belharra au Pays basque, ou les tubes gigantesques de Nazaré au Portugal ou Teahupo’o. L’Equipe enquête aussi sur lui, défaisant la gloire de l’autoproclamé surfeur talentueux. En détention provisoire à Mont-de-Marsan depuis trois ans, l’homme continue de faire vivre sa légende comme il peut, écrivant à une femme qu’il drague sur un réseau social depuis sa cellule : «Je prends une douche, mon matos et je file sur Hossegor», rapporte L’Equipe ce mercredi.

Manipulation et sarcasme

Mensonges, intimidations, jalousie, violences, isolement… Plusieurs femmes ont confié à L’Equipe avoir été victimes de violences conjugales, rapportant les mêmes techniques de manipulation et de prédation. Karim Braire aurait ainsi fait croire à une petite amie un projet de déménagement à Tahiti, lui faisant acheter un 4×4 d’une valeur de 30 000 euros sous son seul prénom à lui. Elle l’accuse de l’avoir coupée de sa famille. Une autre, ayant refusé d’être auditionnée à Pau, mentionne des gifles.

A une troisième, rapporte toujours L’Equipe, il prétend être mannequin et associé d’un restaurant biarrot. Elle se retrouve à tout payer pour lui. Il lui interdit de saluer les hommes par une bise, la contraint à leur parler le moins possible. «Il avait dit à ma mère quand je l’ai quitté que le sang allait gicler. Il appelait ma grand-mère dans la nuit […] Je ne souhaite pas déposer plainte car j’en ai fini avec Karim Braire», confie-t-elle à L’Equipe. Une autre ex confirme des menaces sur sa vie, disant qu’il la «buterait», avant de mettre son corps «dans les montagnes». Face à ces récits, Karim Braire nie en bloc.

Devant la cour criminelle, Karim Braire admet certaines violences sur son ex-compagne, les minimisant, nie les virées imposées en club libertin, dans une accablante fuite en avant, résume Le Figaro. Acculé, il oppose un sarcasme sans faille, le revendiquant comme marque de fabrique. «Je suis un tel monstre ? Mais il ne se passe rien, et tout le monde est vivant, en bonne santé.»