Ce serait unique en France : l’Institut du cancer de Montpellier (ICM) veut construire un complexe médico-économique dédié à une approche totalement novatrice du cancer, la BNCT. Très efficace, avec peu ou pas d’effets secondaires, et surtout utilisable contre des cancers au très mauvais pronostic. Le point avec David Azria, chef de service du département d’oncologie radiothérapie de l’ICM, qui porte le projet.
Comment ce projet est-il arrivé à l’ICM de Montpellier ?
J’avais déjà travaillé par le passé avec Michael Sandhu, devenu numéro 2 de TAE, avant qu’il n’intègre la société américaine. On s’est revu il y a un an sur un congrès à Glasgow, en Écosse, et il a évoqué cette technologie. L’irradiation aux neutrons est connue depuis une trentaine d’années, mais elle est tombée en désuétude car elle avait trop d’effets secondaires. Ce qui fait la différence, c’est l’utilisation d’un conducteur, le bore, couplé à un acide aminé. Les tumeurs ont des récepteurs aux acides aminés, beaucoup plus que les tissus sains. Cette cible très précise fait qu’on limite les effets secondaires, sachant que le bore fait « exploser » la cellule tumorale.

À la différence de la radiothérapie actuelle, on ne tue pas la cellule tumorale. On active le bore qui agit sur la tumeur.
Les résultats sont encourageants en Asie ?
Il existe aujourd’hui cinq centres de BNCT au Japon, et un à Xiamen, en Chine, un est en construction à Pavie en Italie. J’ai pu étudier une étude menée avec des patients qui avaient une récidive de cancer ORL. C’est impressionnant.
Les effets de la thérapie sont rapides ?
Avec une à deux injections, chaque fois suivie d’une radiothérapie aux neutrons, on voit des effets au bout de quatre semaines.
Quel est le calendrier ?
D’ici le 31 mai, il faut avoir des engagements financiers sûrs, sinon, le projet nous échappe. On passera commande auprès des Américains d’ici le 31 octobre. Ensuite, on peut espérer un début des travaux en 2027, et l’accueil des premiers malades au deuxième semestre 2028.
On sait déjà où ces centres seront implantés : le centre de soins sera construit dans l’enceinte de l’ICM, et le centre de traitement du bore à côté du CTIO, le centre d’innovation de transfert en oncologie qui doit voir le jour en 2027, sur un terrain tout proche de l’ICM mis à disposition par Montpellier Agglomération (NDLR : destiné au développement de l’écosystème santé MedVallée).
Les partenaires locaux jouent le jeu ?
Nous avons déjà fait des réunions de travail avec la Métropole et la Région, nous sommes soutenus par le sénateur Jean-Pierre Grand, et le projet a été présenté au directeur de l’agence régionale de santé, qui est très enthousiaste, et au conseiller santé de l’Elysée. L’Institut national du cancer est en train d’instruire le dossier, et le réseau hospitalier Unicancer a donné un avis favorable. Il faut maintenant savoir qui peut faire quoi et quand.
Mais nous avons aussi engagé des discussions avec l’institut Gustave-Roussy, intéressé pour accueillir un deuxième centre de soins en France.
Vous y croyez, bien sûr…
On va tout faire pour que ça se fasse. Mais l’ICM ne peut pas porter seul un tel projet, qui peut nous propulser dans une autre dimension, dans les cinq à six premiers centres mondiaux de lutte contre le cancer.