En dépit des dénégations du beau-père de Marlown Laborde, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a trouvé, elle aussi, qu’il existait « des charges suffisantes » à son encontre pour le mettre en accusation pour « meurtre aggravé par l’état d’ivresse manifeste ».

Pour rappel, peu avant 8 h, le dimanche 28 août 2022, les gendarmes étaient intervenus allée des Noisetiers, à Vignoc, où le corps d’un jeune homme « visage en sang » gisait « en haut d’un talus », au bord d’un chemin piétonnier situé non loin du domicile familial de Marlown, au n°2 de l’impasse des Châtaigniers.

Une voisine avait d’abord pensé que ce jeune était « ivre » et « endormi » : elle avait même pris une photo et l’avait envoyée à son compagnon. Ce dernier s’était toutefois déplacé et avait découvert Marlown « face contre terre », « pantalon aux genoux » et « T-shirt à moitié remonté sur le torse », posé « en position latérale de sécurité (PLS) ». Avec un autre voisin, il avait tenté de le réanimer mais en vain : le décès de l’adolescent – qui s’apprêtait à entrer en seconde générale au lycée de Melesse – avait été constaté à 8 h 35 par le médecin du Samu.

Il s’était mis à pleurer a l’évocation de la mort de son beau-fils

Au pied de sa dépouille, une « sacoche » contenant sa carte d’identité avait été découverte. Marlown présentait « un gros hématome à l’œil droit », « une bosse assez importante à l’arrière du crâne », « du sang sur la droite de la tête » et « un écoulement sanguin au niveau de l’oreille droite »… Quelques heures plus tard, la piste de « l’intervention d’un tiers » avait été privilégiée par le médecin-légiste.

Patrik Lopes, lui, « paraissait se réveiller » lorsque les enquêteurs s’étaient présentés à son domicile : il s’était mis à pleurer en apprenant la mort de son beau-fils, indiquant d’emblée avoir « passé la nuit chez un ami » et être revenu « à 4 h du matin ». À 12 h 40, il présentait encore 0,3 gramme par litre d’alcool dans le sang et était « positif au cannabis et à la cocaïne ».

Entendus, les amis de Marlown avaient expliqué que « la soirée de la veille » s’était déroulée sans incident : chacun était rentré chez soi « vers 22 h 15 ». Marlown – qui n’avait ni bu ni consommé de stupéfiants pendant la soirée – était seulement repassé « chercher » son chargeur vers 22 h 30. Tous l’avaient trouvé « normal » et « joyeux ». Son hôte lui avait ensuite envoyé un message sur Snapchat : il avait constaté que Marlown l’avait « consulté à 23 h 29 ».

Selon ses amis, les relations familiales de Marlown avec sa mère, son beau-père et les quatre enfants communs du couple paraissaient « bonnes », même s’il arrivait à Marlown de se plaindre de ce que Patrik Lopes ne « faisait pas grand’chose » à la maison et « lui en demandait parfois beaucoup ».

Sa mère dormait avec un couteau

L’ami de Patrik Lopes chez qui il avait passé la soirée avait, pour sa part, transmis une « vidéo » de lui, le soir des faits, vêtu d’un polo « rose ou saumon », d’un pantalon noir et de baskets blanches, où on le voyait « ivre ». Il avait d’emblée indiqué que son ami et la mère de Marlown ne « s’entendaient plus » et projetaient de « se séparer ». Marlown s’entendait pourtant « bien » avec son beau-père, qu’il « considérait comme son père », au point même d’envisager de « vivre avec lui » en cas de séparation, certifiait cet ami.

Une voisine avait, pour sa part, entendu « un bruit », la nuit du drame, comme « un seul coup dans le mur qui avait résonné dans la maison » entre 23 h et 23 h 30. Un autre habitant de l’impasse des Châtaigniers avait, lui, cru déceler « un râle d’agonie ou un gémissement » provenant de « là où avait été découvert » le corps de Marlown. Le chien des voisins avait aussi eu « des pleurs inhabituelles » vers minuit… Le décès était, en fait, intervenu entre « minuit et 6 h du matin », établira finalement le légiste.

Entendue, la mère de Marlown – partie en vacances en Belgique au moment des faits – avait expliqué que la relation avec son conjoint, rencontré en 2011 aux États-Unis, était devenue « chaotique » : Patrik Lopes « buvait beaucoup » et « consommait de la cocaïne » de plus en plus fréquemment. Il l’avait même « giflée » lors d’un repas de Noël, en 2021.

En avril 2022, alors qu’elle avait laissé penser qu’il était « homosexuel », il l’avait « plaquée au sol » et « saisie par la gorge » devant leur fille aînée. Depuis, le couple faisait chambre à part et la mère de Marlown gardait « un couteau Opinel sous son matelas ». De son point de vue, les relations entre son fils et son mari étaient également « tendues ».

Des « traces rougeâtres » pres du lave-linge

Des « confrontations » entre Marlown et son beau-père avaient déjà eu lieu : deux ans plus tôt, ce dernier l’avait traité de « fils de pute » et des « amis du couple » avaient dû s’interposer. Le 11 août 2022, quelques jours avant le drame, Patrik Lopes était devenu « menaçant » à l’encontre de Marlown lors d’une « dispute » à propos des tâches ménagères.

Ce jour-là, la mère de Marlown avait demandé à son mari de « restituer le téléphone » confisqué à l’adolescent. Patrik Lopes aurait alors rétorqué qu’il allait « appeler le père de Marlown (…) avant qu’il ne soit trop tard »… Il avait aussi « promis » à sa femme qu’elle allait « prendre aussi » si « elle s’en mêlait »… Mais, la veille du drame, son fils, qu’elle appelait tous les jours, ne lui avait « rien signalé de particulier ».

Au domicile, les enquêteurs avaient constaté « des traces rougeâtres » dans le garage, à proximité et à l’intérieur de la machine à laver. Dans le lave-linge, « une lingette micro-fibre [tachée de sang], un T-shirt gris, un polo couleur saumon, un jogging noir, une serviette éponge (…), une serviette de cuisine (…) et une paire de chaussettes » avaient été trouvés « encore humides ». Patrik Lopes – dont l’oisiveté a été soulignée par tous les proches entendus – n’avait pourtant « pas utilisé la machine plus de trois fois en trois mois »…

Entendu, Patrik Lopes avait même « exhorté les enquêteurs à continuer à chercher le coupable plutôt que de lui poser des questions »… Il avait pourtant menti sur la tenue qu’il portait chez son ami le samedi soir. En rentrant chez lui, il soutenait n’avoir « rien fait d’autre » que « se coucher (…) direct sur le canapé ».

Une « obstination indecente et invraisemblable »

Si les « serviettes de cuisine » avaient été lavées, c’est parce qu’il avait « renversé du café », et si ses vêtements avaient subi le même sort, c’est car ils étaient « imprégnés de bière » ou qu’il avait peut-être « vomi » dessus…

Les « griffures » qu’il portait s’expliquaient par le fait qu’il avait « trébuché » lorsqu’il était ivre dans le jardin de son ami. Tout au long de l’information judiciaire, Patrik Lopes a maintenu ses dénégations, évoquant la piste d’un « intrus ». Le sang de l’adolescent a pourtant été identifié sur le « polo saumon » et les baskets de son beau-père.

Une « première zone de violences sanglantes » avait été identifiée « au niveau du lit » de l’adolescent : une « personne supportant du sang de Marlown » s’était déplacée « dans la salle de bain » puis « les escaliers » et « le garage » au niveau du lave-linge. L’analyse du téléphone de Patrik Lopes a également permis d’établir qu’il ne dormait pas, notamment à « 6 h 13 », « 8 h 21 », « 10 h 06 », contrairement à ce qu’il avait affirmé. À 4 h 12, il avait aussi envoyé un SMS incohérent à la mère de Marlown dans lequel il « paraissait se reprocher quelque chose ».

Patrik Lopes a, pour sa part, dit « vivre un cauchemar » depuis son réveil, le jour des faits, assurant même que s’il l’avait tué, il se serait ensuite « lui-même donné la mort ». Les avocats de cet Américain avaient donc fait appel de l’ordonnance de mise en accusation rendue par le juge d’instruction. Mais, finalement, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes l’a en tous points confirmée, le 5 décembre 2025. « Depuis le début de cette affaire, Patrik Lopes fait preuve d’une obstination indécente et invraisemblable alors que tout l’accuse », s’agace Me Jean-Guillaume Le Mintier, l’avocat de la mère et des demi-frères et sœurs de Marlown, contacté par PressPepper.