par Yoruk Bahceli et Samuel Indyk
Les investisseurs
espèrent qu’une explosion des dépenses en Allemagne, la première
économie de l’Union européenne (UE), donnera en 2026 un nouvel
élan aux marchés boursiers européens, qui sont dans l’ombre de
leurs homologues américains depuis l’été.
Un accord visant à mettre fin à la guerre en Ukraine
pourrait également stimuler le moral, alors que les actions
européennes ont à peine récupéré les liquidités perdues depuis
le début du conflit en février 2022.
Les Bourses européennes ont connu un premier semestre 2025
meilleur que leurs homologues américaines, aidées par
l’augmentation des dépenses de défense dans le bloc et la
réforme du frein à l’endettement en Allemagne, tandis que les
droits de douane annoncés par Washington en avril ont ébranlé la
confiance des investisseurs dans les actifs américains.
Les craintes liées à la politique commerciale de la Maison
blanche se sont néanmoins apaisées au fil des accords
commerciaux et les actions européennes ont repris leur tendance
à sous-performer leurs homologues américaines.
Les marchés actions européens ont enregistré des entrées de
capitaux d’un peu plus de 86 milliards de dollars en 2025 (73,39
milliards d’euros), mais ce rythme a ralenti à 23 milliards de
dollars au cours des six derniers mois, selon les données EPFR
suivies par Barclays.
Pour 2026, les investisseurs estiment que les places
boursières européennes devraient enregistrer de bons résultats
l’année prochaine, tout en restant dans l’ombre des États-Unis.
Quatre des six plus grandes banques d’investissement
américaines et européennes prévoient que l’Europe sera à nouveau
à la traîne en 2026, en raison notamment de l’exposition des
États-Unis à l’essor de l’intelligence artificielle (IA).
« L’attention se porte désormais sur ce que l’Europe peut
faire en termes de facteur d’attraction, étant donné que le
facteur de répulsion des États-Unis ne sera pas aussi prononcé
que nous le pensions », a déclaré Arun Sai, stratège senior
multi-actifs chez Pictet Asset Management.
L’ALLEMAGNE, UN FACTEUR CLÉ
Berlin a réformé en mars dernier ses règles budgétaires, qui
limitaient constitutionnellement l’endettement fédéral, afin de
stimuler les investissements dans les infrastructures et la
défense, mais a utilisé une partie de cette nouvelle marge de
manoeuvre pour les dépenses courantes plutôt que pour des
infrastructures supplémentaires qui stimuleraient l’économie et,
par conséquent, la performance boursière de façon durable.
Si les dépenses d’infrastructure devraient s’accélérer en
2026, les économistes de Barclays affirment que, dans
l’ensemble, tant cette année qu’en 2026, les dépenses sociales
augmenteront plus rapidement.
Les projets budgétaires de l’Allemagne ne sont « pas aussi
ambitieux que ce que nous aurions souhaité », observe Ross
Hutchison, analyste chez Zurich Insurance Group, qui privilégie
les actions américaines aux actions européennes.
Même si le niveau élevé des dépenses globales reste positif,
il aimerait que davantage de fonds soient alloués aux
infrastructures ayant un impact à plus long terme.
Trois instituts économiques allemands ont revu à la baisse
la semaine dernière leurs prévisions de croissance pour 2026,
invoquant une dynamique limitée des dépenses et la lenteur des
progrès en matière de réformes structurelles.
Les valorisations boursières reflètent également ce
pessimisme. Les actions allemandes ont progressé de plus de 20%
cette année mais leur performance a été morose au second
semestre de l’année.
Globalement, les actions européennes se négocient avec une
décote d’environ 35% par rapport à leurs homologues américaines
en termes de bénéfices prévisionnels, un niveau proche d’un plus
bas historique.
Cela signifie, disent les analystes, qu’il existe un
potentiel d’afflux de capitaux si l’Allemagne tient ses
promesses en matière budgétaire.
Une augmentation des bénéfices des entreprises du STOXX 600
l’année prochaine, après une contraction en 2025, pourrait
également donner un nouvel élan aux Bourses européennes, selon
les estimations de LSEG I/B/E/S.
D’un point de vue géopolitique, un cessez-le-feu ou un
accord de paix en Ukraine contribuerait à améliorer le moral des
investisseurs. Les actifs gérés par les fonds d’actions
européens ont reculé de 14% depuis le début de la guerre en
2022, et les entrées récentes n’ont permis de récupérer qu’un
dixième des fonds qui avaient été retirés, selon Citi.
L’impact initial d’une fin du conflit serait toutefois plus
spécifique à certains secteurs et résulterait surtout de la
baisse des prix de l’énergie, soulignent les analystes.
Les investisseurs seront également attentifs au rôle que les
groupes européens pourront jouer dans la reconstruction de
l’Ukraine, qui pourrait coûter plus de 500 milliards de dollars
au cours de la prochaine décennie.
(Yoruk Bahceli et Samuel Indyk, avec la contribution de Dhara
Ranasinghe et Alun John ; version française Diana Mandia, édité
par Blandine Hénault)