La députée est poursuivie pour «détournement de fonds publics» à l’encontre de l’Assemblée nationale et «subornation de témoin». L’édile pour «recel de ce détournement».

À trois mois des municipales, des peines de cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate ont été requises jeudi à Marseille à l’encontre de la députée RN du Vaucluse Marie-France Lorho et de son ex-collaborateur parlementaire Yann Bompard, actuel maire d’Orange.

Des inéligibilités qui pourraient mettre un terme aux ambitions politiques de ces deux figures du Vaucluse, devenues des adversaires politiques sachant que la députée est numéro deux sur la liste RN aux municipales d’Orange. Le maire, lui, sans cacher ses intentions, n’a pas encore acté sa candidature.


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La première était poursuivie pour «détournement de fonds publics» à l’encontre de l’Assemblée nationale et «subornation de témoin», le second pour «recel de ce détournement», soupçonné d’avoir occupé un emploi fictif de collaborateur parlementaire entre novembre 2021 et février 2023.

La procureure Louise Chrétien a également requis 18 mois de prison avec sursis à l’encontre de Marie-France Lorho, assortie de 10.000 euros d’amende, et 24 mois avec sursis et 15.000 euros d’amende à l’encontre de Yann Bompard, «pour lequel il y a bien eu enrichissement personnel». En l’occurrence, le fait d’avoir touché «indûment» un salaire de 75.000 euros brut, soit 43.000 euros net.

«Un lien de subordination totalement inversé»

«La grande majorité des tâches prévues» pour Yann Bompard «n’étaient pas effectuées», a lancé Louise Chrétien, car «matériellement, on comprend qu’il manquait de temps pour remplir ses obligations contractuelles».

En cause, ses multiples casquettes de conseiller départemental, président d’intercommunalité, collaborateur parlementaire et, surtout, maire d’Orange depuis fin 2021 lorsqu’il prend le fauteuil de son père, Jacques Bompard, fondateur du microparti d’extrême droite la Ligue du Sud. «Il n’avait aucune raison d’être payé trois fois pour le même travail», a pointé Louise Chrétien, signalant aussi «la pauvreté des traces retrouvées, une dizaine de mails, une dizaine de SMS».

La députée RN n’a «pas endossé ses responsabilités d’employeur alors qu’elle bénéficiait de l’argent public» pour financer ce poste de collaborateur, a lancé aussi Louise Chrétien. Et elle «a mis six mois à imposer à M. Bompard un contrat à mi-temps, sans prendre aucune mesure disciplinaire», alors qu’elle avait constaté «une baisse de son travail» depuis qu’il était devenu maire. Elle était en réalité «dans un lien de subordination totalement inversé», et vivait dans «la peur, l’emprise de la famille Bompard».


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Marie-France Lorho doit en effet à Jacques Bompard sa carrière. Il lui transmet son mandat de député en 2017 pour cause de cumul de mandat. Membre de son parti la Ligue du Sud jusqu’en 2022 et ex-première adjointe d’Orange, elle est réélue députée en 2022 puis en 2024, mais sous l’étiquette RN.