Par
Léa Pippinato
Publié le
18 déc. 2025 à 16h43
Un soir de décembre, la télévision diffuse un film de 2 minutes 30 juste avant l’élection de Miss France. Dans un salon, un enfant s’ennuie pendant le repas de Noël. Personne n’imagine encore que cette scène va voyager bien au-delà des écrans français. Réalisée par Ilogic Studios, studio d’animation installé à Montpellier, la publicité d’Intermarché s’impose en quelques jours comme un phénomène mondial. Les vues s’accumulent et les partages se multiplient : le compteur dépasse le milliard.
Le film raconte une histoire simple. Un loup en peluche effraie un enfant. Pour calmer ses larmes, un adulte improvise un conte. Le récit bascule en animation. Le grand méchant loup vit rejeté par les animaux de la forêt. Son image le condamne : il décide de changer ses habitudes et cuisine des légumes. Il accepte un compromis avec un peu de poisson. À force d’efforts, il parvient à partager un repas. Le loup reste différent et devient accepté. Après ce succès mondial, une cryptomonnaie apparaît même sous le nom The Unloved. La publicité relance aussi Le Mal aimé de Claude François. Depuis la diffusion, les écoutes du titre sont multipliées par quatre sur les plateformes de streaming.
Pour décrypter ce succès hors norme, nous avons échangé avec Théophile Dufresne, cofondateur d’Ilogic Studios, l’un des artisans du projet.
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Une idée forte, pensée pour rassembler
Selon Théophile Dufresne, tout commence par le concept imaginé par l’agence Romance. « Le point de départ, c’est cette relecture du grand méchant loup. Il doit apprendre à mieux manger pour s’intégrer auprès des autres animaux. » L’histoire véhicule un message clair. Elle parle de solidarité, de différence et de partage. Le calendrier joue aussi un rôle clé. « Juste avant Noël, les gens ont besoin de récits réconfortants. Ça fait du bien. »
Le loup ne devient pas un héros exemplaire et ne renonce pas totalement à ce qu’il est. Ce choix renforce l’identification. « On se reconnaît facilement dans ce personnage rejeté. » Le film parle d’exclusion sans discours appuyé et montre un chemin vers l’acceptation. Ce parcours parle aussi bien aux enfants qu’aux adultes.
Vidéos : en ce moment sur ActuL’animation comme langage universel
Le choix de l’animation s’impose comme un levier essentiel du succès. « Les animaux permettent une connexion émotionnelle immédiate », souligne le cofondateur. Peu importe l’âge ou le pays, le public entre dans l’histoire. Les images suffisent. Le récit se passe de longues explications et se partage facilement sur les réseaux sociaux.

Le spot publicitaire a été largement relayé sur YouTube et les réseaux sociaux après sa diffusion télévisée. (©Illogic Studios)
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Une musique qui traverse les générations et les frontières
Le choix du Mal aimé surprend dans un univers publicitaire habitué aux musiques virales. Il devient pourtant central. « Aller chercher une chanson ancienne évoque beaucoup de choses, surtout pour le public français », assure Théophile Dufresne. La mélodie, issue à l’origine d’une ballade anglaise, parle aussi aux publics étrangers. Les paroles collent parfaitement au parcours du loup. Le titre renforce l’émotion et reste en mémoire.
Un film sans intelligence artificielle
À l’heure où l’IA s’impose dans la création, Ilogic Studios fait un choix assumé. Tout est réalisé par des artistes. Plus de 60 personnes ont travaillé pendant six mois sur l’animation. « C’est notre manière de procéder. C’est aussi pour ça qu’on nous a contactés », précise Théophile Dufresne. Ce parti pris rassure le public. « On est convaincus que l’IA ne remplacera pas la créativité et la sensibilité humaines. »

La peluche du loup, inspirée du film, sera commercialisée par Intermarché. (©Illogic Studios)Un savoir-faire déjà reconnu
Le studio montpelliérain a déjà connu la reconnaissance, avec un court-métrage nommé aux Oscars en 2018. Mais cette fois, l’ampleur change d’échelle. « Que ça explose à l’international comme ça, c’est une première. » Les messages arrivent du Canada, d’Amérique latine ou d’Asie. Le film circule bien au-delà du milieu de l’animation et touche le grand public. Depuis Montpellier, un loup mal-aimé a rappelé qu’une histoire simple, bien racontée, peut parfois faire plus de bruit qu’un long discours.
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