Avec 14,8 millions de passagers accueillis en 2024, l’aéroport de Nice Côte d’Azur, le second de France, participe à l’attractivité de la région. Le 1er trimestre 2026 verra la livraison du chantier de l’extension du terminal 2, l’occasion pour Franck Goldnadel, président du directoire des Aéroports de la Côte d’Azur, de faire le point sur le poids économique de l’infrastructure et de son impact environnemental.

Quel est le poids économique des Aéroports de la Côte d’Azur ?

Détenus par le consortium Azzura, les Aéroports de la Côte d’Azur gèrent trois aéroports : l’aéroport de Nice Côte d’Azur qui est à la fois un aéroport d’aviation commerciale et d’affaires ; l’aéroport de Cannes-Mandelieu, spécialisé dans l’aviation d’affaires et l’aviation générale (écoles de pilotage et aéroclubs) et l’aéroport du Golfe de Saint-Tropez également dédié à l’aviation d’affaires et à l’aviation générale.

Les Aéroports de la Côte d’Azur génèrent un peu plus de 2 milliards d’euros de création de valeur sur le territoire (soit d’1,5 %) – dont 9.500 emplois directs équivalent temps plein uniquement pour le site de l’aéroport de Nice.

Quelles sont les destinations desservies par l’aéroport de Nice ?

En été, ce sont plus de 140 destinations dans une quarantaine de pays ; 80 en hiver. On a une très bonne représentativité sur l’ensemble de l’Europe et du bassin méditerranéen. L’été, nous sommes reliés avec beaucoup de fréquences sur l’Amérique du Nord et toute l’année, nous desservons les grands aéroports du Golfe comme Dubaï ou Abou Dhabi…

Malgré une progression au niveau mondial, l’aéroport de Nice est toujours lanterne rouge du classement Air Help qui jauge l’expérience client. Pourquoi ?

Quand on détaille cette étude, on se rend compte qu’elle évoque une clientèle qui n’est pas notre clientèle principale. Néanmoins depuis deux ans, l’aéroport de Nice subit en été énormément de retard lié au trafic aérien et aux contraintes du contrôle aérien à Nice et au centre d’Aix-en-Proevence. Résultat, notre ponctualité s’est très largement dégradée depuis 2023.

Autre sujet de fâcherie, l’accident entre deux Airbus A320 évité de justesse en septembre, suivi en novembre, d’un appareil qui a dû remettre les gaz juste avant d’atterrir parce qu’un avion se trouvait déjà sur la piste… Un renfort d’une trentaine de contrôleurs aériens sur trois ans a été prévu sur la région. Une nécessité face à l’augmentation du trafic aérien ?

Ces deux incidents ne sont pas dus au trafic aérien sur l’aéroport de Nice qui, en termes de mouvements d’avions, est globalement en ligne avec celui de 2019. Concernant le quasi accident entre les deux avions, le premier rapport du Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile [BEA] indique bien qu’il y a une erreur humaine.

On en tirera les conséquences quand le rapport sera définitivement émis car c’est un incident grave. Quant au second événement, l’avion a – logiquement et comme les procédures de sécurité l’indiquent – remis les gaz et est revenu se poser sans encombre quelques minutes plus tard.

Est-ce dû à un manque de personnel à la tour de contrôle ?

Je ne commenterai pas une enquête en cours mais une chose est sûre, c’est qu’on ne saurait se satisfaire du bilan de ponctualité dont on vient de parler. C’est pour ça que le ministre des Transports et le directeur général de l’aviation civile se sont engagés à renforcer les moyens, en particulier sur la tour de contrôle de Nice.

Quelles sont les nouvelles destinations hivernales ?

On a un nombre plus important de destinations qu’à Noël dernier, notamment avec de nouvelles dessertes sur l’Égypte et la Lituanie. Notre territoire, très attractif en été, mérite d’avoir un développement l’hiver. On travaille en ce sens avec les offices du tourisme de la Métropole Nice Côte d’Azur, du département et de la région.

Comment sont-elles choisies ?

C’est un travail que nous menons de concert avec les compagnies aériennes pour déterminer les marchés porteurs susceptibles d’intéresser les Azuréens et, inversement, pour faire venir les habitants de la destination sur la Côte d’Azur. Quand une ligne s’ouvre, elle doit fonctionner dans les deux sens.

Où en est-on des travaux d’extension du terminal 2 de l’aéroport de Nice ?

On est dans le planning qu’on s’était fixé malgré la mise en stand-by du projet en 2020-21 à cause de la crise Covid. Cette extension de 25.000 m² nous permettra d’accueillir nos clients dans de bonnes conditions car actuellement, on dépasse la capacité de nos installations et on ne peut pas se satisfaire de lcette qualité d’accueil. On a ouvert une nouvelle ligne frontière au début de l’été 2025.

La prochaine grande étape sera en mars prochain avec six portes d’embarquement supplémentaires, 36 banques d’enregistrement et la salle d’enregistrement de livraison des bagages qui ouvrira dans la foulée. Hors dépenses liées à la sûreté aérienne, le montant des travaux est de 134 millions d’euros. Malgré une période qui a été compliquée économiquement avec un taux d’inflation très important en 2022-23, cette enveloppe financière ne sera pas dépassée.

Qui dit extension, dit davantage de passagers. Selon vos opposants, le Collectif Citoyen 06, cela signifie 30 000 vols supplémentaires par an, 400 000 tonnes de CO2 en plus et une hausse de 25 % de pollution atmosphérique entre 2024 et 2034. N’est-ce pas contradictoire avec l’engagement environnemental de l’aéroport ?

Je conteste ces chiffres qui sont faux. Il suffit d’aller voir la réalité des chiffres dans l’étude d’impact complémentaire que nous avons réalisée cet été et qui montre les prévisions de trafic à horizon 2030-35. Il y a une décorrélation entre la croissance du nombre de passagers et celle du nombre de mouvements d’avion.

Cette enquête publique montre que la dynamique la plus forte est sur le nombre de passagers avec des avions plus gros et mieux remplis. Entre 2019 et 2025, on a enregistré quasiment un million de plus de passagers mais on n’a pas gagné l’équivalent en nombre de mouvements d’avion. On est à moins d’un pour cent du nombre de mouvements d’avions. L’effet remplissage et taille des appareils modère l’évolution du nombre de mouvements des avions.

Quel est l’impact de cette extension sur l’environnement ?

La cour administrative d’appel de Marseille avait demandé à ce qu’on complète notre étude d’impact environnemental conduite en 2024 et début 2025. Les conclusions de ce rapport public réalisé par un cabinet indépendant ont montré que l’effet sanitaire de cette extension était négligeable.

Quels engagements avez-vous pris pour pallier cette augmentation de passagers ?

Dès 2012, on a pris des engagement de réduire nos émissions de CO2. Quand vous êtes une entreprise, vous devez suivre vos émissions directes : ce sont les scope 1 et 2. Et là, l’engagement des Aéroports de la Côte d’Azur vis-à-vis des riverains et du territoire est de viser la neutralité carbone à 2030. En 2025, nous avons atteint une réduction de 93 % sur nos trois aéroports par rapport à 2012, notre année de référence. Il nous reste donc 7 % à d’émission de gaz à effet de serre à diminuer et on sait qu’on y parviendra d’ici 2030.

Le scope 3 concerne, lui, les émissions de nos parties prenantes, c’est-à-dire les entreprises qui travaillent sur l’aéroport, les passagers et les personnels quand ils viennent prendre un avion ou travailler sur l’aéroport avec leur propre moyen de transport. Ce sont évidemment les compagnies aériennes avec les matériels d’assistance en escale qui travaillent quand l’avion est au sol et les appareils quand ils décollent et atterrissent sur l’aéroport. Notre engagement est de diminuer ces émissions de CO2 du scope 3, peu importe la dynamique du trafic.

Concrètement, qu’avez-vous mis en place dans l’aéroport ?

Sur le scope 1 et 2, on s’est penché sur le chauffage et la climatisation du terminal 1. Nous avons rejoint un projet d’envergure de la métropole niçoise visant à récupérer la chaleur des eaux usées avant traitement qu’on transforme par des systèmes électriques à partir d’électricité verte en climatisation et chauffage. Concernant le scope 3, tous les transports publics (tramway, bus électriques…) aujourd’hui présents sur l’aéroport réduisent les émissions de CO2.

Concernant les avions, nous travaillons avec les compagnies aériennes pour transformer leurs flottes de petits véhicules qui sont sous les avions, en flotte électrique avec des bandes de recharge au sol. Il y a enfin le rajeunissement de la flotte des compagnies aériennes avec des avions, plus efficaces et qui utilisent de plus en plus des carburants de synthèse comme le Sustainable Aviation Fuel [carburant durable, ndlr] est moins émissif que le carburant aérien classique.

Vos estimations montrent que vous allez passer de 14,8 à 18 millions de passagers. Est-ce que c’est du surtourisme en devenir ?

Sur les 14,8 millions de passagers accueillis en 2024, à peu près 50 % sont des Azuréens qui voyagent pour des raisons professionnelle ou personnelles. On est dans un territoire un peu loin de tout et l’avion est souvent le seul moyen de transport répondant à leurs besoins. Avant de parler de surtourisme, il faut d’abord parler de la mobilité des Maralpins pour pouvoir effectuer les trajets dont ils ont besoin.

Ensuite, une grande partie de l’activité du territoire est liée au tourisme d’affaires qui fait fructifier l’économie locale.Quant à celui de loisirs, nous devons accueillir les visiteurs dans de bonnes conditions mais on n’a jamais eu comme stratégie de nous ouvrir à tout-va. Dans la liste des compagnies aériennes qui opèrent depuis l’aéroport, il y a un panel important de compagnies classiques et pas de low-cost qui amènent un tourisme de masse. Ce n’est ni notre philosophie ni ce que souhaite le territoire.