Par

David Saint-Sernin

Publié le

18 déc. 2025 à 19h27

La bataille des chiffres avant la bataille des urnes. À trois mois des élections municipales, les élus de Toulouse Métropole se sont affrontés, jeudi 18 décembre 2025, sur la question éminemment importante de la situation financière de la collectivité et de toutes les structures qui gravitent autour, notamment de Tisséo qui porte la réalisation de la ligne C du métro. Avec deux interrogations simples : celles et ceux qui seront élus en mars prochain auront-ils les moyens de mener leur projet pour la Ville rose ? Si ce n’est pas le cas, faudra-t-il une hausse des impôts comme cela s’était produit en 2015 au retour de la droite au Capitole ?

Un budget contrarié

Ce jeudi matin, c’est l’adoption du budget primitif 2026 qui a ravivé les querelles politiques, avec un budget « qui subit la contribution au redressement des comptes publics (de l’État) et la contribution à Tisséo », a résumé Sacha Briand, vice-président de Toulouse Métropole, chargé de la modernisation de la collectivité et des finances.

Si le montant de la contribution qui sera réclamée aux collectivités territoriales n’est pas encore connu, le montant que va verser Toulouse Métropole à Tisséo pour accompagner la finalisation de la ligne C du métro a en revanche été fléché depuis un certain temps.

Toulouse Métropole : une contribution en hausse

La contribution totale de Toulouse Métropole pour l’année 2025 s’élève à 136,424 millions d’euros. En 2023 et 2024, le montant total de cette même contribution était respectivement de 108,389 millions d’euros et de 116,499 millions d’euros. En 2028, année de la mise en service de la ligne C selon le calendrier de Tisséo, elle s’élèvera à 202 millions d’euros. (avant de redescendre à 129 millions dès 2031, NDLR).

Une hausse significative qui correspond à « une perspective en cloche avec une tension qui devient forte », décrit Sacha Briand. Soit ces quatre ou cinq années durant lesquelles le projet de la ligne C va le plus peser sur les finances publiques (et donc sur Toulouse Métropole).

« 200 millions de contribution : une folie… »

Le maire de Blagnac, Joseph Carles, pose la question : avec le brouillard dans lequel l’État plonge les collectivités, a-t-on la capacité à couvrir (financièrement) ce que représente cette ligne de métro ?

Pour Marc Péré, le maire de l’Union, le vertige est de mise :

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire

« 200 millions d’euros, c’est 100 % du montant recueillis avec la taxe foncière que payent les habitants de Toulouse Métropole. Comment une collectivité peut-elle utiliser 100 % de cette taxe sur une seule compétence ? C’est une folie… C’est intenable ».

La dette qui inquiète

« Le même maire s’inquiète de la dette de Toulouse Métropole : cette dette s’élevait à 3 milliards d’euros en 2017, dans deux ans, elle sera de 7 milliards, soit une hausse de 125 %. C’est la Métropole la plus endettée de France avec une épargne nette égale à zéro. C’est une entrée en zone rouge ».

« On est dans le mur, vous bouchez l’avenir à Toulouse et à Toulouse Métropole avec une épargne nette négative Les voyants sont au rouge. L’endettement est très fort, les années qui viennent seront difficiles », attaque le communiste Pierre Lacaze.

« On a une vision complète »

« La 3e ligne coûte plus de 3 milliards sur 5 ans. On emprunte chaque année entre 600 et 700 millions par an. Toulouse Métropole fait l’appoint. On a une vision complète, on fait les choses les yeux ouverts », assure Sacha Briand.

« C’est de la dette saine », assume le président de Toulouse Métropole, à la tribune.

« Le seul sujet, c’est Tisséo qui a un programme d’investissements colossal. Tisséo avait une dette de 1,4 milliard en 2014. Le stock de dette a baissé jusqu’en 2020 avec un programme d’investissement équivalent à la période précédente. Sur cette période, on a préparé la capacité d’endettement de Tisséo. Le métro c’est un investissement marquant, sur un siècle. C’est un financement sur une longue période, c’est de la bonne dette », assure à son tour Sacha Briand.

La question de l’impôt

Selon les oppositions métropolitaines, la contribution de Toulouse Métropole au projet de transport de l’agglomération toulousaine est devenue « insoutenable ». Elles posent le risque d’une possible hausse des impôts dès que seront passées les élections.

« Pas de hausse d’impôts, c’est l’engagement de Jean-Luc Moudenc, vous engagerez-vous de la même façon ? », a interpellé ce jeudi matin, Sacha Briand, se tournant vers l’opposition (dans les colonnes de La Dépêche du Midi, le candidat la liste Gauche Unie, hors LFI, François Briançon, s’est engagé à la stabilité fiscale).

La double hausse de 2015

Après avoir promis zéro augmentation d’impôts en tant que candidat en 2014, Jean-Luc Moudenc avait finalement augmenté en deux temps : la première hausse, à l’échelle communale, s’était élevée à 7,5 %, suivie d’une progression de la fiscalité de la métropole, quelques mois plus tard, à 7 %. Jean-Luc Moudenc avait, à l’époque, principalement justifié les hausses par les baisses des dotations de l’État aux collectivités.

« Confrontée à la baisse brutale, d’une ampleur inédite, des dotations de l’État, Toulouse Métropole, qui s’est fixée comme priorité de refuser l’austérité en maintenant un haut niveau d’investissement public pour soutenir l’emploi local, a été contrainte d’assumer une hausse de sa fiscalité locale », expliquait-il à l’époque.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.