Mercredi 17 décembre au soir, l’A8 a été paralysée entre Nice et Antibes, avec des files interminables et des temps de parcours multipliés par trois, voire quatre. Selon Vinci Autoroutes, alors qu’à 16 h 32 on mesurait 600 m de bouchons, la situation a rapidement empiré : « 3,6 km à 17 h 30, 6,6 km à 17 h 43 et jusqu’à 10 km à 18 h 27 », indique le concessionnaire.

Aucun accident majeur ni intempéries ne sont à l’origine. Au lendemain de cette paralysie, Vinci autoroutes et la Ville de Nice se renvoient la balle.

Circulation dense dans le centre de Nice ou véhicule en panne sur l’A8 ?

Le gestionnaire de l’A8 pointe un « trafic particulièrement chargé dans le centre-ville de Nice, notamment à Nice-Est où la promenade du Paillon et le tunnel André-Liautaud étaient saturés. De nombreux automobilistes ont contourné ces axes en se reportant sur l’autoroute. » Cette situation a conduit à la fermeture de l’entrée n° 52 Nice Saint-Isidore en direction de l’Italie, « en accord avec la Ville, afin d’alléger le flux sur l’A8 », précise le concessionnaire.

La Ville de Nice reconnaît la conjonction de plusieurs facteurs. Mais désigne « en premier lieu, un véhicule en panne sur l’autoroute A8 qui a fortement perturbé la circulation. Cette situation a été amplifiée par une très forte affluence sur le secteur de La Trinité et de sa zone commerciale, liée notamment à un mercredi précédant les fêtes de Noël, période traditionnellement marquée par une hausse significative des déplacements. Ce secteur a connu une saturation rapide, générant des bouchons qui se sont progressivement propagés vers l’autoroute et les axes secondaires. »

Le trafic a été ralenti pendant deux heures ce mercredi soir sur l’A8.

Vinci concède « deux incidents sur l’autoroute qui ont aggravé une situation déjà tendue. À 18 h 55, un véhicule est tombé en panne dans le tunnel de Canta-Galet. Le trafic n’a pu être rétabli qu’à 20 h 12. »

Pourquoi une telle durée ? « Parce que les véhicules d’intervention ont rencontré de grandes difficultés pour accéder jusqu’à la voiture en panne. En période de fort trafic, certains usagers ont tendance à ne pas faciliter leur passage », poursuit l’exploitant. À 19 h 20, un second véhicule s’est immobilisé avant l’échangeur de Nice-Nord, neutralisant une voie de circulation.

Les automobilistes ont-ils été suffisamment informés ? Certains de ceux pris au piège semblaient dire le contraire. Et c’est sur les réseaux sociaux qu’ils ont exprimé leur colère. Le gestionnaire assure pourtant avoir prévenu les usagers « dès le début des perturbations. À partir de 16 h 32, on a commencé à informer par la Radio Vinci autoroutes. Puis les panneaux à messages lumineux ont été activés dès 17 h 43, ainsi que des messages d’alertes sur le compte X de l’A8 à partir de 18 heures. Aux heures traditionnelles de trafic routier important, nous invitons les usagers à s’informer avant de prendre la route. »

L’A8, colonne vertébrale saturée des Alpes-Maritimes

L’autoroute n’a donc pas souffert d’un événement exceptionnel, mais sans doute a-t-elle dépassé son seuil de saturation. Un phénomène fréquent sur un axe sous très forte tension.

L’A8 est une des autoroutes les plus fréquentées de France. « Et surtout sur l’axe Saint-Laurent-du-Var Nice-Ouest. Sur cette portion, c’est plus 150.000 véhicules par jour », signale le concessionnaire. Un trafic comparable à celui de l’A7, à Montélimar (Drôme) lors des gros départs en vacances. Ou du périphérique parisien. « Avec un volume aussi important, on atteint des saturations très vite. » Un réseau sous tension, où le moindre incident, mais aussi parfois une simple hausse du trafic, suffit à bloquer l’ensemble du système.

Un territoire enclavé

Pour Vinci Autoroutes, la fluidité dépend aussi du comportement des automobilistes. Laisser passer les véhicules d’intervention, rester vigilant et éviter les distractions, comme le téléphone au volant, sont essentiels. « Même avec huit voies, des épisodes de saturation resteront inévitables si les comportements ne changent pas », estime le concessionnaire.

La géographie du département complique toute solution d’élargissement : mer au sud, montagnes au nord, tunnels et viaducs dans un tissu urbain dense, souvent sans bandes d’arrêt d’urgence.

Depuis des années, élus et techniciens explorent toutes les pistes — covoiturage, transports en commun, voies dédiées — mais la densité et la croissance du trafic rendent les solutions complexes à mettre en œuvre.

Pour Vinci, l’épisode de mercredi est un phénomène de saturation qui interroge sur l’usage de la route. Il pose aussi une question essentielle : quand l’A8 se bloquera-t-elle à nouveau, et jusqu’où un territoire aussi contraint que les Alpes-Maritimes pourra-t-il absorber une circulation toujours plus dense ?