Casse-Noisette a pris ses quartiers à l’Opéra de Nice. Le célèbre ballet de Tchaïkovsky, modernisé par le chorégraphe Benjamin Millepied, est joué, à guichet presque fermé, jusqu’au 31 décembre. Contrairement à ce qui arrive souvent lorsque des metteurs en scène contemporains s’emparent d’œuvres anciennes et leur tordent le cou, ce rajeunissement garde à l’œuvre sa fraîcheur, son élan, sa poésie, sa beauté. Résultat : un total ravissement.

L’histoire : Clara s’endort au milieu de ses jouets et rêve d’un casse-noisette se transformant en prince. Les décors de Paul Cox donnent l’illusion de feuilleter un livre enfantin aux dessins naïfs, aux couleurs franches. Comme dans un grand dessin animé, on assiste à un combat entre de gros rats sympas et des drôles de grenadiers. On voit pleuvoir des flocons comme dans un manège enchanté. Clara fait tourner un globe terrestre de ses mains rêveuses et voit défiler devant elle les danses du monde. Tout virevolte, cabriole, dans un tournoiement coloré. Un seul regret : la célèbre Valse des fleurs manque de charme, dansée par un essaim de jardiniers dans un tempo précipité.

Ce spectacle est pour Benjamin Millepied, l’occasion de créer pour la première fois une pièce à l’Opéra de Nice. Photo dylan meiffret

Les danseurs du ballet de l’Opéra se distinguent

Les danseurs du ballet de l’Opéra éclatent de jeunesse, de souplesse, d’entrain. Leur compagnie s’affirme comme l’un des grands ballets français d’aujourd’hui. Dans ce tournoiement de grâce et de jeunesse, on a applaudi Ilenia Vinci et Zhani Lukaj, dans le rôle des parents ; Bernadette Sinues et Daniel Rodriguez, dans ceux de la féé et du prince ; Madeleine Pastor et Thomas Rousse, du côté du jardin fleuri.

Dans la fosse, l’orchestre déroule le velours chatoyant de la musique de Tchaïkovski sous la baguette souple de Daniel Gil. La violoniste Véra Novakova fait s’envoler un charmant solo tandis qu’on frémit au doux murmure des voix du chœur.

Après Nice, Paris accueillera les danseurs niçois dans ce spectacle. Ce sera une nouvelle consécration parisienne pour l’Opéra de Nice après sa triomphale production d’Akhnaten, il y a un mois.

Les artistes alertent sur leur précarité

Le cri d’alerte ne faisait pas partie du spectacle, et pour cause : sur les planches, la magie de Casse-Noisette est bien étrangère à la morosité des artistes, en coulisse. Avant le lever de rideau, des employés de l’Opéra de Nice ont fustigé dans un discours leurs maigres rémunérations, alertant sur la situation critique que traversent notamment les jeunes recrues, de « grands talents » chassés par « une grande précarité ». Avec des salaires excédant parfois à peine le SMIC, ces travailleurs – pourtant triés sur le volet et venus du monde entier – peinent à se loger dans la ville plus chère de France après Paris. Les loyers exorbitants les poussent ainsi à la démission.

La non-valorisation des salaires inquiète aussi les choristes, corps le moins bien payé de l’opéra, dont « l’intégrité en tant que force artistique permanente » est « menacée ». Dans un tract de soutien, la CGT indique que les danseurs « subissent également une accumulation de contrats courts et sont souvent remerciés après des années de bons et loyaux services », aux portes du CDI. Le syndicat rappelle aussi que les musiciens doivent entretenir leurs instruments quand la prime allouée consacrée n’a jamais été revalorisée depuis 1984… malgré des coûts cinq à dix fois plus importants aujourd’hui. Enfin, les artistes ont de nouveau milité pour la construction d’un auditorium symphonique dédié pour y où répéter sans avoir à se soucier des réservations de la salle par un tiers.

Rens. : du 17 au 31 décembre. De 19 à 47 euros. 04.92.17.40.40.