Par
Amandine Vachez
Publié le
19 déc. 2025 à 6h26
Une nouvelle fois, le CHU de Lille (Nord) voit un dispositif innovant naître entre ses murs : Prévention suicide France. Cette association, composée d’un conseil d’administration et d’un comité scientifique interdisciplinaire, œuvre pour une prévention ciblée et efficace. Elle est notamment porteuse du premier fonds de dotation entièrement dédié au suicide. Or, c’est un phénomène de société tristement important : une personne perd la vie par ce biais toutes les 40 minutes en France. Lancé en 2024, l’organisme lillois a présenté les premiers projets qu’il accompagne, ce jeudi 18 décembre 2025.
Construire une synergie pour plus d’impact
Pierre Thomas, professeur psychiatre au CHU de Lille et président de l’association, insiste sur l’importance de mutualiser les actions et croiser les compétences, au niveau national et même international, pour endiguer le problème. Ceci dans un contexte critique, où la cause nationale sanitaire de 2025 est la santé mentale. « Il y a eu des avancées, avec le dispositif VigilanS, la création du numéro national 3114. On sent une envie chez les porteurs de projets de construire des partenariats pour être plus efficaces. »
Chaque jour, il y a des décès, des tentatives, des personnes dévastées par le suicide. Et cela reste une mort évitable.
Pr Pierre Thomas, psychiatre au CHU de Lille.
L’idée de Prévention suicide France est, au-delà de rassembler les compétences, d’accompagner des projets innovants. Les aider à se développer et, dans la mesure du possible, les déployer à plus large échelle.
Née en 2024, l’association a su trouver un fonds et lancer un premier appel à projets. 60 notes d’intention ont été reçues pour cette première édition, qui a vu plusieurs lauréats sélectionnés par 14 membres de Prévention suicide (psychiatres, sociologues, infirmiers, journaliste…). Les lauréats vont recevoir une aide financière : 50 000 euros et 40 000 euros pour les deux grands gagnants, et 10 000 euros chacun pour les deux « prix émergence ». Ceci complété par un accompagnement scientifique et opérationnel sur 2 à 3 ans.
Explorer les nouvelles pratiques et les développer
Pour choisir les projets, plusieurs critères ont guidé le comité de sélection, dont la cohérence et l’originalité de la proposition, et bien sûr son côté innovant. Parmi les projets retenus, celui de l’association CAPU, dédiée à la santé mentale pour les 11-30 ans. « Nous proposons un parcours complet à nos bénéficiaires », présente Domitille Fehrenbach, fondatrice de l’association. Une ligne téléphonique est ouverte 6 soirs sur 7 (appel et SMS), des temps de rencontres sont régulièrement organisés en présentiel et distanciel, et un programme permet à des jeunes rétablis de prendre sous leur aile d’autres, en crise. L’accompagnement de Prévention suicide permettra d’intégrer un protocole précis, avec des référents professionnels, pour aller plus loin dans la gestion de crise suicidaire.
Second « prix émergence » pour Le prix de la vocation, un docu-fiction consacré au risque suicidaire chez les soignants, accompagné d’un appui méthodologique au déploiement. Ce film sera diffusé auprès de professionnels du secteur et d’étudiants en médecine, ainsi qu’au grand public. Il a été pensé par La Fabrique des soignants, dont la mission est de « mettre en avant des récits peu déployés en santé », résume son représentant Kendrys Legenty. « Le suicide reste un sujet ‘tabou’, il y a une omerta dans le milieu hospitalier », décrit-il, alors que les professionnels de santé sont, le rappelle Bénédicte Dufour, particulièrement à risque.
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Aller à la rencontre des personnes endeuillées, recueillir des témoignages à visage découverts
Les idées retenues sont aussi riches qu’originales, comme celle de « Lim on the road » qui va à la rencontre des populations dans le Limousin, avec un véhicule. « Nous sommes là pour écouter, orienter et accompagner les personnes endeuillées, proches ou moins proches », présente Céline Rebet Hric, infirmière de métier et co-créatrice du concept porté par l’association PTSM Limousin.
Le but de notre démarche est de briser l’isolement de la personne endeuillée qui, par culpabilité, par honte, s’empêche d’aller vers un accompagnement.
Autre projet pépite retenu, celui des Ulysses, par Horizon Atlantique 17 : un site internet sur lequel on peut voir des témoignages vidéo à visage découvert. Un processus construit avec les personnes qui s’y livrent, insiste Emilie Sauvaget, représentante de la structure porteuse du projet. « Tout est validé avec la personne, étape par étape. On commence par un entretien clinique. Puis elle choisit un lieu de tournage. Elle valide toujours la vidéo, et peut décider de la retirer à tout moment, sans explication. » La plateforme numérique compte ces témoignages forts, mais aussi des contenus en BD et en format webtoon pour toucher les plus jeunes. Demain, il s’agira d’aller plus loin dans l’accompagnement, toujours dans le même esprit de co-construction. « L’idée est pour nous de faire le lien, d’accompagner autrement. Et au besoin évidemment, de renvoyer vers la structure adaptée. »
Notre idée est de créer un espace numérique fiable, humain et sécurisé.
Emilie Sauvaget, pour Les Ulysses.
Prévention suicide France lance ainsi son premier accompagnement, et reconduira chaque année un appel à projets, pour trouver des idées nées sur les territoires. « On veut donner leur chance aux acteurs de terrain de développer leur idée. On a besoin de porter cette voix », martèle le Dr Charles Edouard Notredame, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent et Secrétaire général de l’association lilloise. « La suite sera de prendre davantage de place, de monter en puissance en faveur de la prévention du suicide. Car le suicide n’est pas qu’une affaire intime, ça nous concerne tous. »
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