Retour sur la production éclectique du photographe français, dont les images continuent de nous ouvrir des fenêtres sur le monde.
Jusqu’au 4 janvier 2026, le Jeu de Paume expose « Le bruit du monde », grande rétrospective consacrée au photographe français Luc Delahaye. L’exposition, qui couvre sa production du début des années 2000 à aujourd’hui, retrace l’évolution expérimentale de sa pratique, après s’être illustré comme photo-reporter de guerre. Retour sur le parcours du photographe en cinq moments clés.
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Les années Sipa et Magnum
En 1986, Luc Delahaye rejoint l’agence Sipa Press, pour qui il documente les conflits armés à travers le monde. Marquées par une approche frontale et une distanciation émotionnelle, ses images témoignent des guerres au Liban, en Yougoslavie, au Rwanda, en Afghanistan et en Tchétchénie. Des années 80 aux années 90, le photographe est acclamé pour son travail sur le terrain et les images qu’il en rapporte, et collabore d’abord avec Sipa Press, avant de rejoindre Magnum Photos en 1994.

Portraits en séries
Au milieu des années 90, Luc Delahaye publie plusieurs livres de portraits minimalistes, en suivant une ligne directrice bien précise. Le premier, Portraits/1 (1994), est une série de clichés de sans-abri réalisés dans des cabines de Photomaton du métro parisien. En 1997, Mémo réunit des portraits de victimes de la guerre en Bosnie, issus de la rubrique nécrologique d’un journal de Sarajevo. En 1999, son livre L’Autre compile des visages d’inconnus croisés le temps d’un trajet en métro, à Paris. Capturés entre 1995 et 1997, les 90 portraits réunis dans cette série témoignent des visages anonymes qui se succèdent dans les rames de la RATP.
La rupture avec la presse
S’éloignant progressivement du reportage de guerre, Luc Delahaye arrête la photo de presse en 2001 pour prendre un virage plus expérimental. Le photographe continue de capturer les conflits à travers le monde, comme en Syrie ou en Afghanistan, mais fait évoluer sa pratique. Jusqu’en 2005, il utilise notamment un appareil photo panoramique et élargit le cadre de ses photos. « Le panorama devient pour Delahaye un moyen de construire un espace d’observation dénué d’affect, propice à une vision élargie des situations humaines – qu’il s’agisse d’un camp de réfugiés, d’une réunion de l’ONU ou d’une cérémonie de funérailles au Rwanda », explicite le Jeu de Paume. C’est d’ailleurs à partir de cette période que débute la grande rétrospective du centre d’art parisien consacrée au photographe.

What’s Going On
Entre 2006 et 2007, Luc Delahaye crée un long travail de composition et collecte pas moins de 693 portraits découpés dans des journaux. Issus de la presse quotidienne française et anglo-saxonne, ces centaines de visages s’accumulent pour former un étrange trombinoscope de l’actualité. Présenté comme un labyrinthe de portraits dans lequel s’aventurer, What’s Going On mêle les origines du photoreporter, qui s’est d’abord illustré dans la photo de presse, et annonce clairement son tournant plus expérimental. La série propose aussi une façon distanciée de regarder celles et ceux qui ont fait l’actualité durant ces années.
L’irruption du numérique
Développant toujours sa pratique, l’ex-reporter de guerre travaille ses images comme des compositions numériques à partir de plusieurs prises et délaisse quelque peu le terrain pour son ordinateur, devenu son laboratoire d’exploration et d’expression. Artisan de la mise en scène, le photographe transforme sa matière première : l’écriture de ses images se complexifie, tandis que la notion de regard sur les événements reste une notion centrale dans ses images. Son processus de création étant allongé, la production du photographe se fait également plus rare.
Des années 80 où il documentait les conflits à nos jours avec ses compositions en grand format, le photographe continue de nous donner des angles de vue sur l’état du monde, ses tumultes et ses tourments. Rendez-vous au Jeu de Paume jusqu’au 4 janvier 2026, pour prendre le pouls de nos sociétés contemporaines.


L’exposition « Luc Delahaye – Le bruit du monde » est visible au Jeu de Paume, à Paris, jusqu’au 4 janvier 2026.
Konbini, partenaire du Jeu de Paume.