L’autocrate russe s’est livré pendant plus de quatre heures à ce traditionnel exercice. Il n’a pas infléchi sa position à l’égard de Volodymyr Zelensky et de ses alliés européens.
Un seul en scène de plus de quatre heures, au cœur du hall Gostiny-Dvor de Moscou. Comme chaque année, le président russe Vladimir Poutine s’est livré à son traditionnel bilan des douze derniers mois, vendredi 19 décembre, en répondant aux questions de la presse et des citoyens. Le Kremlin affirme avoir reçu au total 3 millions de questions adressées depuis tout le pays pour cette « ligne directe », parfaitement calibrée par les équipes de communication de l’autocrate. Quelques minutes avant le début de l’événement, le porte-parole Dmitri Peskov était venu sur le plateau répondre à quelques questions pour chauffer la salle, assurant que le président avait travaillé tard dans la nuit, presque jusqu’à l’aube. Voici l’essentiel à retenir de cette prise de parole.
Vladimir Poutine assure que ses troupes gagnent du terrain
Vladimir Poutine a très vite abordé la situation sur le front de la guerre en Ukraine. Le président russe a assuré que Moscou était « prêt à résoudre le conflit par des moyens pacifiques » mais que ses forces armées « progressent tout au long de la ligne de front ».
Pendant plusieurs minutes, Vladimir Poutine a évoqué le sort de plusieurs localités situées sur la ligne de front, réaffirmant que Koupiansk était toujours sous contrôle russe. C’est là que le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky s’était rendu il y a quelques jours, pour y tourner une vidéo infirmant le récit russe. Interrogé sur ce point, Vladimir Poutine a suggéré qu’il s’agissait d’une mise en scène, déclarant que le président ukrainien était « un artiste talentueux ».
Les troupes russes ont accéléré cette année leurs conquêtes sur le front en Ukraine, dont elles contrôlent environ 19% du territoire. Depuis plusieurs semaines, Vladimir Poutine cite régulièrement des localités précises afin de peser dans les négociations. Ses déclarations, toutefois, ne sont pas toujours confirmées sur le terrain. L’autocrate russe a assuré que d’autres succès militaires « arriveront d’ici la fin de l’année ».
Il affirme que « la balle est dans le camp » de l’Ukraine
« La balle est dans le camp » de l’Ukraine et de ses soutiens européens pour négocier une fin de la guerre, a estimé Vladimir Poutine. Le président américain « Donald Trump fournit des efforts considérables pour mettre fin au conflit en Ukraine. La Russie a globalement approuvé les propositions de Donald Trump lors de la réunion en Alaska », a-t-il justifié.
« On ne peut pas dire que Moscou rejette quoi que ce soit. »
Vladimir Poutine, président russe
lors d’une conférence de presse
Vladimir Poutine a de nouveau déroulé sa version du conflit, attribuant à l’Ukraine la responsabilité d’une guerre qu’il a pourtant déclenché en envahissant le pays. « La Russie ne se considère pas responsable des morts de l’opération militaire spéciale [dénomination officielle de l’invasion de l’Ukraine en Russie], car la guerre a été déclenchée par l’Ukraine », a répondu le dirigeant russe, interrogé par un journaliste américain.
Vladimir Poutine a par ailleurs affirmé que la Russie ne lancerait pas de nouvelle « opération spéciale » si elle était traitée « avec respect ». Les pays européens frontaliers de la Russie expriment pourtant de vives préoccupations. Au même moment, le président ukrainien Volodymyr Zelenksy était justement à Varsovie, aux côtés de son homologue polonais Karol Nawrocki. « Sans l’indépendance de l’Ukraine, Moscou viendra inévitablement ici [en Pologne] et plus profondément en Europe », a déclaré le président ukrainien.
Il réclame de nouveau des élections à Volodymyr Zelensky
Vladimir Poutine a remis la pression sur Volodymyr Zelensky, pour qu’il organise des scrutins électoraux, alors que la loi martiale est pourtant en vigueur en Ukraine. La Russie est prête à s’abstenir de toute frappe en profondeur le jour du scrutin, a déclaré le président russe. Il a également imposé une nouvelle condition : que tous les Ukrainiens qui vivent en Russie puissent voter en Russie. « Selon diverses estimations, entre 5 et 10 millions d’entre eux sont inscrits sur les listes électorales. Si des élections ont lieu, nous sommes en droit d’exiger que les organisateurs accordent aux Ukrainiens résidant actuellement en Russie le droit de voter en Russie. »
Il menace de « conséquences très lourdes » en cas de saisie des avoirs russes
« S’approprier des actifs russes n’est pas un vol, c’est un braquage », a dénoncé Vladimir Poutine, très remonté sur cette hypothèse très discutée au sein de l’Union européenne. Le président russe a par ailleurs mis en garde Bruxelles contre des « conséquences très lourdes » en cas de saisie des avoirs russes pour aider l’Ukraine. Une telle mesure, si elle est adoptée, « minera la confiance de nombreux pays dans la zone euro », a-t-il estimé. Selon lui, les Européens devront rembourser tôt ou tard.
Les Européens songent à recourir aux actifs russes gelés pour financer l’aide à l’Ukraine, mais ils ne sont pas encore parvenus à s’entendre, en raison notamment de l’opposition de la Belgique. Les pays de l’UE ont finalement décidé de financer cet effort de guerre pendant au moins deux ans via avec un emprunt en commun de 90 milliards d’euros.
Il met les Russes à contribution pour renflouer le budget
La Banque centrale de Russie a abaissé son taux directeur pour la cinquième fois consécutive, le passant de 16,5% à 16% dans un contexte de ralentissement de la croissance, a déclaré Vladimir Poutine. L’explosion des dépenses militaires avait d’abord permis de tirer la croissance, mais cela a aussi fortement stimulé l’inflation, pénalisant la croissance en rendant le coût de l’emprunt prohibitif. Celle-ci était de 5,8 % au 15 décembre et devrait être inférieure à 6% d’ici fin 2025, a précisé le président russe, promettant qu’elle descendra à 4% au second semestre 2026.
Dans ce contexte, le Kremlin cherche à mettre à contribution les citoyens et les entreprises pour résorber un déficit budgétaire qui avoisine les 50 milliards de dollars depuis le début de l’année. Vladimir Poutine a notamment approuvé l’augmentation de la TVA de 20 à 22% à partir de l’année prochaine. Il a déclaré que cette mesure était simplement « temporaire » et qu’elle était indispensable « pour atteindre l’équilibre budgétaire ».
Il s’exprime sur le cas Laurent Vinatier, incarcéré en Russie
Interrogé par un journaliste français, il a évoqué le sort du chercheur français Laurent Vinatier, poursuivi en Russie pour espionnage. « Mais qui est-ce ? », a d’abord réagi Vladimir Poutine, assurant ne pas être informé du cas. « Je ne sais rien de lui », a-t-il ensuite poursuivi, « mais je vous promets que je me renseignerai. Et s’il existe une possibilité de régler ce problème à l’amiable, si la loi le permet, nous mettrons tout en œuvre pour y parvenir ».
Laurent Vinatier, spécialiste de l’espace post-soviétique âgé de 49 ans, est incarcéré depuis juin 2024. Il a été condamné en octobre 2024 à trois ans de prison pour ne pas s’être enregistré en tant qu' »agent de l’étranger », label utilisé par les autorités russes pour réprimer leurs détracteurs. Depuis fin août, il est visé par de nouvelles accusations d’espionnage, passibles d’un maximum de 20 ans de prison.
Il se pose en garant des « valeurs traditionnelles »
Comme chaque année, cet exercice a permis à Vladimir Poutine de s’afficher en défenseur des citoyens russes. La question posée par un citoyen yakoute, originaire de Sibérie, lui a donné l’occasion de vanter les « valeurs traditionnelles partagées par tous les peuples de Russie ». Interpellé par une veuve de guerre, le dirigeant lui a présenté des excuses sur les lenteurs des services sociaux pour lui verser une pension d’indemnité.
Le chef d’Etat a aussi confié à un enfant de 12 ans qu’il lui arrivait encore de « conduire incognito » à Moscou, mais que c’était « extrêmement rare ». Et il a conseillé aux Russes de se méfier des arnaques téléphoniques, leur intimant de raccrocher dès que leur interlocuteur parlait d’argent ou de bien immobilier. Il s’est également autorisé quelques plaisanteries. A propos par exemple de la comète 3I/Atlas, à l’origine de nombreuses théories complotistes. C’est « une arme secrète » de la Russie, a-t-il ironisé, déclenchant des rires dans l’assistance.