DÉCRYPTAGE – L’hymne de la publicité de Noël du géant de la grande distribution a vu ses écoutes exploser depuis sa diffusion. Contacté par nos soins, Claude François Jr., le fils du chanteur, se confie.

«Mal aimé, je suis le mal aimé. Les gens me connaissent. Tel que je veux me montrer». Ces paroles entêtantes résonnent dans la tête des Français, mais pas que, depuis maintenant plus d’une semaine. En cause : la publicité de Noël d’Intermarché, Le Conte de Noël , véritable phénomène sur les réseaux sociaux depuis sa diffusion le 6 décembre dernier, vue plus de 600 millions de fois à travers le monde. Que ce soit par nostalgie ou par simple curiosité, une chose est sûre : les écoutes du titre de Claude François ont littéralement explosé sur les plateformes de streaming, enregistrant une hausse de plus de 217%.

Le loup solitaire, devenu en quelques jours la mascotte des Mousquetaires, défile sur la chanson de «Cloclo», Le Mal-Aimé, au succès inattendu. Fabien Lecœuvre, biographe de l’icône française, nous a raconté les coulisses de création derrière ce phénomène. Sorti au mois de juin 1974, ce titre iconique du répertoire du chanteur, n’est en réalité pas une création unique, mais une adaptation de Daydreamer, lui-même une reprise de la chanson originale de la jeune chanteuse sud-africaine Lauren Copley. Coqueluche des jeunes, le New-Yorkais arrive rapidement aux oreilles de l’interprète de Comme d’habitude. «Sa petite amie de l’époque, Sofia, une mannequin finlandaise de 22 ans, n’arrêtait pas de fredonner l’air de Cassidy, il voulait absolument la chanter et savoir à qui appartenaient les droits», confie le spécialiste qui est aussi le chroniqueur de «Tout beau, tout n9uf».


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Quelques écoutes plus tard, Claude François, charge son bras droit, Eddy Marnay, d’écrire des paroles françaises sur la mélodie composée par Terry Dempsey. «Il a même emprunté la coiffure de Cassidy, normalement il avait la raie à droite mais c’est à partir de juin 74, qu’il change de coupe et adopte la raie au milieu!», ajoute Fabien Lecoeuvre. Au sommet de sa carrière mais confronté à des difficultés dans sa vie personnelle, le chanteur fait face à plusieurs drames notamment l’incendie de sa propriété du Moulin de Dannemois ainsi qu’à des contrôles fiscaux visant ses sociétés de musique. Une mélancolie certaine pour celui qui peinait à être reconnu : «L’intelligentsia parisienne le snobait, il était réduit au statut de chanteur à paillettes, ce chanteur populaire et il en souffrait beaucoup», révèle encore le spécialiste de la chanson française.

«C’est un miracle de Noël»

Avec ses centaines de millions de vues sur Internet, approchant bientôt le milliard, la publicité virale a offert une seconde vie au  Mal-Aimé. Paru il y a cinquante ans, le 45 tours s’était vendu à «seulement» 265.000 exemplaires, loin des 500.000 ventes nécessaires à l’époque pour décrocher le disque d’or. «Ce titre a plutôt bien marché mais il est loin d’être le plus grand succès de sa carrière. Il a positionné le personnage, après ça, les filles hurlaient son nom en concert pensant qu’il était mal aimé, et ne le supportaient pas», affirme aussi le biographe.

Aujourd’hui, le morceau cumule les milliers d’écoutes en streaming, avec une hausse de 217% sur Spotify et 3114% sur Deezer. Ému, Claude François Jr., que nous avons contacté, salue un succès inattendu et raconte comment, avec son frère Marc, ils ont autorisé l’utilisation de la voix de leur père pour la campagne du géant de l’alimentaire.«J’ai reçu la demande au mois de mai, quand j’ai vu le projet, je suis direct entré dans l’univers», nous a-t-il confiés. «C’est vraiment l’antithèse de la réclame!», s’est réjoui le producteur auprès du Figaro. Une renaissance du titre de l’icône française que personne n’avait anticipé : «Avant la diffusion, on nous avait prévenus qu’il pourrait y avoir beaucoup d’engouement autour de la publicité, mais personne ne s’attendait à un tel succès. Ça n’arrive qu’une seule fois dans une vie. C’est un miracle de Noël!», exulte l’aîné des François.

Quid des retombées économiques envisageables ? Côtés droits, la répartition se fait ainsi : «C’est 50 % pour Sony Music, la maison de disques du titre , 25 % pour la voix et 25 % pour les paroles», explique Fabien Lecœuvre. Ces derniers doivent être partagés entre les ayants droit des deux paroliers, le sud-africain Terry Dempsey et Eddy Marnay, soit 12,5 % chacun. Les fils François, Marc et Claude François Jr., ne repartent donc pas sans rien. «Ils touchent une somme de royalties pour l’utilisation de la voix de leur père, augmentant selon le succès du titre», affirme encore l’écrivain. «L’intérêt n’est pas là», a déclaré Claude François Jr., heureux avant tout de voir renaître la voix de son père. «Lors de la diffusion, j’ai senti ma petite larme monter, ce n’était que du bonheur.»  «Cette pub, c’est une pépite de créativité et de savoir-faire! Je suis ravi pour mon père mais aussi pour la France, que l’on puisse montrer tout notre talent à l’international», a-t-il conclu.