Vladimir Antonov comparaissait, en effet, ce jeudi, devant la juridiction pour qu’elle s’assure de la régularité du mandat d’arrêt émis par les autorités lituaniennes à son encontre, en juin 2012.
Ce mandat d’arrêt a été émis par un tribunal de Vilnius, qui avait mis en branle le système Interpol et Schengen pour retrouver la trace de cet homme de 50 ans et engager, à son encontre, des poursuites pénales pour falsification de documents, trafic de faux documents, abus de fonction, détournement de fonds et tenue frauduleuse de comptabilité.
Les faits qu’on lui reproche auraient été commis entre le 1er janvier 2008 et le 11 novembre 2011 : avec son partenaire commercial lituanien, cet ancien président du conseil de surveillance de la grande banque lituanienne Snoras aurait siphonné 565 millions d’euros à cette société, aujourd’hui nationalisée.
L’enquête a semble-t-il avancé : un mandat d’arrêt européen (MAE) a récemment été émis à son encontre, toujours aux fins de poursuites pénales dans cette même affaire, pour laquelle il aurait dû comparaître en Lituanie, le 5 novembre 2024. Des faits de corruption, de faillite frauduleuse, de blanchiment du produit d’un crime lui sont également reprochés.
« Beaucoup de gens veulent me tuer »
Ce jeudi 18 décembre, Vladimir Antonov a été extrait de la maison d’arrêt de Rennes-Vezin, où il dort depuis son interpellation à Baden (56). Il louait, depuis mars 2025, une maison avec vue imprenable sur le golfe du Morbihan, cachée du voisinage et comprenant une piscine de 18 mètres de long.
Cachée du voisinage, la maison que Vladimir Antonov louait avait une vue imprenable sur le golfe du Morbihan. (Photo Loïc Berthy/Le Télégramme)
Il est apparu fatigué, déplorant de n’avoir pas encore pu avoir accès à un avocat en prison, ni aux documents qu’il doit présenter pour préparer sa défense. Depuis son incarcération, il n’a pas davantage pu appeler sa famille. « Je ne suis pas d’accord avec ce qui m’est reproché », a-t-il soufflé, sous les yeux de son fils, qui avait fait le déplacement.
Beaucoup de gens veulent me tuer, mon père a subi deux tentatives de meurtre… Il y a un an, dans ce pays, quelqu’un a essayé de me kidnapper
« Beaucoup de gens veulent me tuer, mon père a subi deux tentatives de meurtre… Il y a un an, dans ce pays, quelqu’un a essayé de me kidnapper », a-t-il fait valoir, par le biais de l’interprète russe qui l’assistait. Il souhaite donc bénéficier d’une assignation à résidence sous surveillance électronique (ARSE) et d’une protection judiciaire à la maison, à Baden.
« Je n’ai pas où fuir »
« J’ai une adresse connue en France, je n’ai pas où fuir (…) », a-t-il ajouté. « Je ne suis pas un élément social dangereux, mais on me traite comme un terroriste ».
L’oligarque a glissé au passage que son avocat belge doit lui transmettre « des documents d’une importance absolue », devant faire l’objet d’une traduction, pour prouver son innocence.
Mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes n’a pas pu se pencher sur la régularité du mandat d’arrêt européen, ce jeudi 18 décembre : son avocate bretonne, Me Pauline Kerloegan, était retenue à la cour d’assises des mineurs de Quimper et a sollicité le renvoi de l’examen du fond à la deuxième quinzaine de janvier.
En attendant, les juges rennais lui ont posé les trois questions imposées par la loi. « Ce mandat d’arrêt s’applique-t-il bien à vous ? » ; « Acceptez-vous votre remise ? » et « Renoncez-vous au principe de spécialité ? ». Dans la mesure où il n’y a pas renoncé, les juges lituaniens ne pourront le poursuivre que pour les faits visés dans le mandat d’arrêt, et pas pour d’autres éventuelles affaires. L’oligarque russe sera donc vraisemblablement fixé sur son sort d’ici la fin du mois de janvier. En attendant, il reste incarcéré.