Coup de tonnerre sur la baie des anges. Le Club Var Mer, plus grand centre nautique de la Côte d’Azur situé à Saint-Laurent-du-Var, et qui compte quelque 300 adhérents, va-t-il disparaître ?
Fermé administrativement en avril 2025 par la mairie pour des problèmes de sécurité, après un avis défavorable d’une sous-commission préfectorale, le club – dont l’histoire remonte à 1930 – avait continué à fonctionner, tout en engageant des travaux pour se mettre aux normes. En vain semble-t-il, puisque ladite commission a de nouveau émis un avis défavorable à sa réouverture le 9 décembre.
La commune avait initialement prévu de prendre un nouvel arrêté municipal de fermeture ce mercredi 17 décembre, mais l’échéance a été reportée sans explication. Une réunion a eu lieu en mairie avec le secrétaire général du club ce vendredi 19 décembre matin pour, semble-t-il, tenter d’arrondir les angles, mais ça ne s’est pas très bien passé, de l’avis du président du club Régis Peurey.
« C’est pire qu’avant, ils ont tout mis sur le dos de la DDTM(1), qui dit qu’on n’a pas le droit d’être là parce que c’est classé en zone rouge submersion, et donc la préfecture nous demande de ne plus exploiter le club », se désole-t-il, un peu sous le choc. « La police municipale doit venir ce lundi 22 décembre au matin avec l’arrêté municipal de fermeture définitive et de la rubalise, mais on ne va pas se laisser faire, on va appeler un huissier, ajoute-t-il. On a dépensé plus de 15 000 euros pour faire des travaux sur la sécurité, et maintenant on nous dit que le problème, c’est le classement en zone rouge. C’est incompréhensible. »
Zone rouge submersion
Les environs de l’embouchure du Var sont en effet passé en zone rouge submersion en 2024, après une mise à jour de la cartographie des risques naturels dans les Alpes-Maritimes. En clair, la législation s’est durcie, et les structures vieillissantes du club sont devenues obsolètes.
De plus, pour ne rien arranger à la chose, la sous-commission avait pointé du doigt dans son rapport du 1er avril « un flou sur le statut administratif du terrain, des locaux, ainsi que sur la responsabilité des travaux d’entretien à effectuer ». Et demandait « à l’exploitant d’apporter des preuves factuelles concernant les actes de propriété. »
L’opposant Patrick Villardry avait d’ailleurs porté plainte au titre de l’article 40 après que la municipalité avait engagé des travaux dans le club – entre 15 000 et 30 000 euros selon les versions –, à la suite du conseil municipal du 28 avril 2025. Arguant que la Ville n’était pas gestionnaire des terrains, et que cela pouvait être assimilé à un « détournement de fonds publics pour une entreprise privée, avec abus de pouvoir et prise illégale d’intérêts ».
Avec en filigrane une question essentielle : à qui appartient le terrain sur lequel se trouve le centre nautique ? Début de réponse sur l’arrêté municipal de fermeture en date du 23 avril 2025, où il est marqué que le Club Var Mer est « sis au 260 promenade du Commandant Jacques-Yves Cousteau à Saint-Laurent-du-Var (parcelle non cadastrée – domaine maritime) ». Laissant ainsi entendre que le club est installé sur le domaine public maritime, ce qui nécessite une autorisation d’occupation temporaire délivrée par l’État…
« La pérennité économique du club est menacée »
« Suite à l’avis défavorable de la sous-commission de sécurité, la Commune n’a pas d’autre choix que de prendre un arrêté de maintien de la fermeture du site, fermeture qui n’est pas définitive puisqu’elle est conditionnée à la levée des prescriptions énoncées dans l’avis, répond à Nice-Matin la commune de Saint-Laurent-du-Var ce vendredi 19 décembre. Cependant le club Var Mer ne peut pas continuer à l’exploiter et sa pérennité économique est menacée, car la principale de ces prescriptions ne peut pas être levée avant plusieurs mois voire une année ou plus. »

Une nouvelle fermeture qui concernera cette fois l’intégralité du club. « L’arrêté confirmant le maintien de la fermeture de l’ensemble du site (et non pas seulement des locaux) […] va être notifié dans les prochains jours au club. » La Ville de Saint-Laurent-du-Var développe : « Les motifs [de la sous-commission] sont cumulatifs, et dépassent désormais la seule question des travaux. Le contexte de risque (zone de submersion / zonage) pèse dans l’analyse globale de sécurité […] ; ainsi que l’absence d’autorisation d’occupation régulière du site (domaine public maritime) : les services de l’État ont refusé cette autorisation, puisqu’elle doit faire l’objet au préalable d’une procédure de publicité et de sélection, s’agissant d’une activité économique. »
« Une fusion avec l’Agasc n’est plus d’actualité »
Quid du serpent de mer de la fusion avec le centre nautique de l’Agasc, association historiquement très proche de la municipalité ? « Dans l’immédiat, ce scénario n’est plus d’actualité, répond la Ville. L’Agasc s’est organisée autrement et, surtout, le contexte réglementaire impose désormais un cadre très strict : à supposer qu’une activité puisse être relancée un jour sur ce site, cela passerait par des procédures encadrées. La Ville reste ouverte à toute solution pérenne et conforme, mais ne peut ni ‘‘décréter’’ une fusion ni une reprise par une autre association, ni contourner le cadre légal. »
Quant aux travaux réalisés début 2024 par la mairie, « ils l’ont été pour répondre à une urgence sanitaire et de sécurité et protéger les usagers : c’était une démarche responsable, attendue, et nécessaire à ce moment-là. Elle a conduit la commune à informer le club de la vétusté des bâtiments et à lui proposer un partenariat avec l’Agasc. Le club a cependant décliné cette proposition, convaincu du bon état de ses installations et de l’absence de difficultés d’ordre juridique pour l’occupation des lieux. Il a préféré solliciter le passage de la sous-commission de sécurité pour confirmer cette opinion. »
1. La direction départementale des territoires et de la mer.