Selon l’étude mensuelle « Ma commune, mon maire et moi », réalisée par Odoxa pour France 3 et ICI, 60% des Normands sont favorables à l’instauration de la gratuité dans les transports public. À Rouen, la mesure existe déjà partiellement depuis 5 ans.
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Depuis le mois de septembre 2020, les usagers des transports en commun rouennais ont pris l’habitude de la gratuité tous les samedis.
Des teors, bus, et métros accessibles sans dépenser le moindre centime pour permettre aux habitants ou aux visiteurs de se déplacer partout dans la métropole. Mais combien coûte cette mesure et qui finance les transports gratuits ?
Le samedi, le plus souvent les validateurs des bus sont recouverts d’un autocollant indiquant la gratuité. Un choix politique voté et appliqué depuis cinq ans dans la métropole de Rouen.
En septembre 2025, les élus sont même allés plus loin en rendant totalement gratuit le réseau astuce pour tous les voyageurs de moins de 18 ans. 80 000 enfants et jeunes âgés de 4 à 18 ans de la métropole Rouen Normandie sont concernés, ils représentent près d’un quart des passagers.
Mais faut-il aller plus loin ? Oui, selon certains voyageurs interrogés à la station Théâtre des Arts au cœur Rouen, « je ne bénéficie pas du tarif sénior et les 10 voyages sont assez chers quand même, c’est presque 16 euros », commente une habitante.
Plus loin, un autre usager des transports émet l’idée d’une régie municipale pour le réseau de mobilités de la métropole : « la gratuité totale serait formidable ». Mais est-ce vraiment possible ? Qui va payer ?
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Près d’un voyageur sur quatre bénéficie de la gratuité des transports dans la Métropole Rouen Normandie
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©France Télévisions
La gratuité des transports dans la Métropole de Rouen est mise en œuvre le samedi et pour les jeunes, mais pas seulement. Lors des pics de pollution ou des grands évènements (Foire saint Romain, les week-ends de décembre qui précèdent Noël…), le même dispositif est mis en place.
Selon les chiffres portés à notre connaissance, la perte de recettes liée à ces mesures de « gratuité » représente 7,2 millions d’euros par an :
- 1,5 M d’euros pour le samedi
- 0,8 M d’euros de gratuités événementielles
- 0,5 M d’euros en aléa moyen de pic de pollution
- 4,4 M d’euros de gratuité pour les moins de 18 ans et les sorties scolaires.
La Métropole Rouen Normandie précise que « ces mises en place de gratuité se sont faites sans aucune hausse d’impôt ni de tarif des titres de transports. »
Son président, Nicolas Mayer-Rossignol, assume : « nous faisons le choix d’investir massivement pour des mobilités durables, inclusives et accessibles à toutes et tous ».
De nombreuses villes françaises ont fait le choix de rendre entièrement gratuit l’accès aux transports en commun. Dunkerque, Aubagne, Montpellier ou Compiègne, au total les transports en commun d’une quarantaine de collectivités sont accessibles pour les habitants sans dépenser le moindre euro.
Mais alors qui paye ? À Rouen, la mise en place de la gratuité pour les mineurs concorde avec la renégociation du contrat de l’agglomération avec le gestionnaire Transdev.
Lors du renouvellement de ce contrat, entre huit et 10 millions d’euros ont été économisés. « Ces mesures d’économie sont permises grâce notamment à l’électrification du réseau de transports, entraînant mécaniquement une baisse des coûts de réparation, ainsi qu’à un allègement de divers coûts de fonctionnement », nous précise une source de la Métropole Rouen Normandie.
Les finances seront également délestées du poids du remboursement du chantier du métro de Rouen. 10 millions d’euros seront ainsi dégagés chaque année à partir de 2026.
Mais en réalité, à Rouen, comme ailleurs, le financement des transports est supporté par les entreprises via le versement mobilité qui représente en moyenne 49% des ressources pour financer le transport public selon la cour des comptes.
Cette taxe de 2% sur les entreprises de plus de 11 salariés permettra de rapporter 1 640 000 000 d’euros entre 2023 et 2035 selon les prévisions de la Métropole Rouen Normandie, le budget des transports étant le deuxième poste de dépense le plus important de l’agglomération.

Bus Teor à la station Mont-Riboudet à Rouen (Seine-Maritime)
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© France3 Normandie
L’étude « Mon maire, ma commune et moi » réalisée par l’institut Odoxa entre le 17 novembre et le 3 décembre 2025 pour France 3 et ICI révèle que 60% des Normands souhaitent des transports publics gratuits dans leur commune.
Dans le détail c’est le souhait de 63% des habitants de la Manche, 62% dans le Calvados, 60% des Seinomarins, 58% des Eurois et 54% des habitants du département de l’Orne.
Des bus gratuits pour tous, partout, sans conditions, seraient-ils une mauvaise idée sur long terme ? Dans un rapport publié le 15 septembre 2025, la cour des comptes estime que la gratuité complète fait porter « le risque de surcharge financière pour les collectivités (qui se reporterait sur les contribuables) pouvant compromettre la réalisation des investissements à venir pour les transports collectifs urbains ».
Les sages plaident pour un ciblage plus précis des tarifs avec notamment davantage de forfaits spécifiquement destinés aux personnes les plus en difficultés. « Les rapporteurs recommandent donc de revoir les critères actuels d’accès à des réductions et de faciliter les démarches administratives pour qu’un plus grand nombre de ménages modestes puisse être identifié et en bénéficier », souligne la cour des comptes.
À Rouen, une tarification spécifique existe déjà pour les personnes en recherche d’emploi, bénéficiaires de l’allocation adulte handicapé ou en situation de handicap.