Jeudi 11 décembre, vers 4 h du matin, un homme d’une quarantaine d’années est admis aux urgences du CHU de Rennes dans un état d’ébriété avancé. Après avoir perturbé le service durant une partie de la nuit, l’individu s’en prend violemment à trois infirmiers, les rouant de coups de poing et de pieds, tout en proférant des menaces de mort et en leur crachant dessus.

Des agressions en hausse

Maîtrisé par la sécurité de l’établissement puis placé en garde à vue par la police, il devra répondre de ses actes devant la justice. En interne, l’incident a provoqué une certaine émotion. D’autant plus qu’il intervenait moins de deux semaines après l’agression d’une infirmière, le 29 novembre. Cette dernière avait reçu un coup de poing d’un patient alcoolisé alors qu’elle l’empêchait d’accéder à un espace réservé au personnel. Une plainte avait été déposée et un soutien psychologique lui avait été apporté par la direction de l’établissement.

Ces agressions rapprochées aux urgences du CHU de Rennes illustrent un phénomène également observé au niveau régional. Selon un récent rapport de l’observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS), les signalements de violences ont augmenté de 40 % en Bretagne entre 2023 et 2024 – passant de 1 540 à 2 156 incidents. Un chiffre alarmant.

Des services surchargés

« Les urgences, c’est là où il y a le plus de soucis à l’hôpital », souligne une soignante du CHU Pontchaillou. « Entre les personnes alcoolisées ou celles qui ont des troubles psychiatriques, il y a parfois des situations très tendues. C’est souvent verbal mais ça peut aussi devenir physique. J’ai déjà retrouvé des collègues plaqués au sol ou enfermés dans des box. C’est perturbant ».

Et quand le service déborde avec parfois jusqu’à 250 passages par jour, les esprits peuvent aussi s’échauffer rapidement. « Avec les gens parfois entassés et les délais d’attente qui s’allongent, on voit que la tension monte très vite », concède un infirmier. « Le manque de personnels soignants se ressent aussi dans ce type de situations ».

Une forme de fatalisme s’installe

Pour Yves Morice, du syndicat SUD, l’hôpital subit surtout un « concentré de la violence sociale extérieure ». « Le plus inquiétant, c’est qu’il y a une forme de fatalisme qui s’installe chez les soignants. Tous les incidents ne sont plus systématiquement remontés ». « Ça deviendrait presque banal par moments », déplore une autre infirmière. « Ça pèse quand même sur le moral. On aime notre métier, mais quand on se fait taper dessus, c’est difficile ».

Sécurité renforcée

Face à ce climat, la direction du CHU de Rennes tente de sécuriser ses équipes. Parmi les outils déployés depuis ces dernières années : un petit boîtier d’alerte porté par les agents au quotidien. En cas de danger, une pression sur l’appareil permet d’alerter les collègues proches, alors que deux pressions déclenchent l’intervention immédiate du service de sécurité.

« Avant, on devait crier pour appeler à l’aide. Avec ce dispositif, on est un peu plus rassurés », témoigne une infirmière, membre de la CGT. Depuis plus d’un an, un agent de sécurité est également présent à l’entrée des urgences chaque nuit, entre 20 h à 8 h. Une façon d’assurer la protection des soignants qui doivent parfois expliquer à des personnes véhémentes que l’accès au service est régulé via l’appel au 15.