l’essentiel
Après une nuit de négociations tendues, les Vingt-Sept ont tranché vendredi 19 décembre : un prêt de 90 milliards d’euros à taux zéro pour soutenir l’Ukraine, tout en écartant l’utilisation des avoirs russes.
La nuit a été longue pour les dirigeants européens, mais les négociations ont fini par aboutir. Au terme d’une session éprouvante entre le jeudi 18 et le vendredi 19 décembre, les vingt-sept États membres sont parvenus à un accord crucial. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a annoncé sur le réseau social X le déblocage d’un prêt de 90 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine sur la période 2026-2027.
We have a deal.
Decision to provide 90 billion euros of support to Ukraine for 2026-27 approved.
We committed, we delivered.
— António Costa (@eucopresident) December 19, 2025
Un prêt à taux zéro choisi par les Vingt-Sept
Le recours aux avoirs russes a finalement été écarté des discussions. Les dirigeants européens n’ont pas réussi à lever les objections du premier ministre belge, Bart De Wever, inquiet des risques que le dispositif fait peser sur son pays, où est hébergé l’essentiel des avoirs russes.
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Les Vingt-Sept ont donc tranché pour un prêt à taux zéro. L’idée d’un emprunt de l’UE semblait initialement irréalisable, car elle nécessite l’unanimité et le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, favorable à la Russie, s’y était opposé. Finalement, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque – tout autant réticentes à soutenir financièrement l’Ukraine – ont accepté de laisser le projet se poursuivre, à condition qu’ils n’aient pas d’impact financier sur elles.
L’opération ne concerne donc que vingt-quatre membres. Concrètement, la Commission européenne lèvera les fonds sur les marchés financiers, comme elle a l’habitude de le faire. L’Ukraine ne devra rembourser la somme que si elle obtient des réparations de la part de la Russie, et les Européens se réservent le droit d’utiliser les actifs russes pour rembourser les prêteurs. Le maintien du gel de ces avoirs a d’ailleurs été sécurisé juridiquement la semaine dernière. « Les jeux sont faits, tout le monde est soulagé », a conclu le Premier ministre belge Bart De Wever au terme de ce sommet.
Une victoire pour l’Ukraine et l’Europe
Pour Kiev, l’annonce de cet accord sonne comme un immense soulagement. Les enjeux financiers étaient critiques : sans ce soutien de l’Union européenne, l’Ukraine risquait de se retrouver à court de liquidités dès le deuxième trimestre de l’année prochaine. Une situation engendrée par le désengagement américain, et qui aurait compromis sa capacité à poursuivre le conflit face à la Russie.
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Le président Volodymyr Zelensky dispose désormais d’une visibilité budgétaire pour ses dépenses militaires. Les conclusions du sommet indiquent que ces fonds devront bénéficier en priorité aux industries de défense ukrainiennes et européennes. Leur versement sera en outre conditionné à la poursuite par Kiev de ses efforts en faveur de l’état de droit, notamment dans la lutte contre la corruption.
L’Union européenne ressort aussi victorieuse de ce sommet. En affichant une telle unité, Bruxelles a entendu répondre aux critiques venues de Washington, où Donald Trump remet régulièrement en doute la capacité des Européens à assumer leur propre sécurité. Alors que les besoins de financement de l’Ukraine sont estimés à 137 milliards d’euros, l’Union européenne prend désormais en charge les deux tiers de cette somme, soit 90 milliards d’euros. Le reste doit être assuré par les autres alliés de l’Ukraine, comme la Norvège ou le Canada.
Un levier européen dans la négociation
Le chancelier allemand Friedrich Merz, qui a longtemps défendu l’utilisation des avoirs russes, s’est tout de même félicité d’avoir envoyé un « message clair » à Vladimir Poutine. À l’heure où les États-Unis tentent de négocier un accord de paix en Ukraine sans y associer les Européens, cette décision permet aux Européens de « conserver l’un de ses principaux leviers dans les négociations », a jugé pour sa part Emmanuel Macron. “ »l va redevenir utile de parler à Vladimir Poutine », a conclu le président français.