La manœuvre laisse perplexe tant elle semble aller à contre-courant des lois élémentaires du marketing viral. Les géants du divertissement comme Spotify ou YouTube ont bien compris que ces bilans annuels sont de formidables vecteurs de publicité gratuite. Lorsqu’un utilisateur partage fièrement ses statistiques d’écoute ou de jeu, il devient un ambassadeur bénévole de la marque auprès de sa communauté. En érigeant un mur payant devant ces graphiques partageables, Strava se tire une balle dans le pied en réduisant drastiquement sa visibilité organique sur Instagram et autres plateformes sociales.​

L’entreprise aux 180 millions d’utilisateurs semble avoir oublié que la viralité ne se décrète pas mais se cultive. En voulant forcer la conversion vers l’abonnement payant, elle risque surtout de briser la dynamique communautaire qui faisait sa force. Les coureurs du dimanche comme les athlètes chevronnés pourraient bien décider que leurs statistiques n’ont pas besoin d’être emballées dans un joli paquet payant pour avoir de la valeur. Reste à voir si cette stratégie du bâton portera ses fruits ou si elle incitera les sportifs à aller voir si l’herbe est plus verte et surtout plus gratuite ailleurs.