Les médias reflètent-ils l’opinion des Français ? C’est afin de répondre à cette question que l’institut Hexagone s’est attelé à une tâche aussi laborieuse que nécessaire : chronométrer le temps de parole des invités et représentants politiques dans les émissions de télévision et de radio. Pas moins de cent heures d’antenne, du 1er septembre au 3 décembre 2025, ont ainsi été passées au tamis. Pour chaque intervenant, son étiquette politique, son courant idéologique et son temps de parole effectif ont été notés. Un travail titanesque.
Première conclusion de cette étude : « Le premier parti en voix n’est pas le premier au micro. » Alors qu’il comptait pour 33 % des voix lors des élections législatives de 2024, le bloc RN + UDR a eu seulement droit à 15 %, en moyenne, du temps de parole dans les sept matinales analysées (France 2, TF1, BFM/RMC, CNews/Europe 1, France Inter, RTL, Sud Radio). Le score de la droite nationale est tout particulièrement faible, sur le service public : 10 % du temps de parole sur France Inter et 9 % sur France 2. Une sous-représentation qui interroge.
Les médias reflètent-ils l’opinion des Français ?
Depuis septembre, nous avons chronométré le temps de parole des invités des grandes matinales + 3 émissions de FranceTV.
La conclusion est claire : les médias du service public représentent mal l’opinion des Français. pic.twitter.com/pXxEnwNA7t
— Hexagone – La France en chiffres (@Hexagone_org) December 17, 2025
Le phénomène ne touche pas seulement le RN et son allié UDR. C’est la droite dans son ensemble qui s’avère sous-exposée. Le bloc conservateur allant de LR à Reconquête pèse pour près de 50 % des intentions de vote… mais seulement 36 % du temps de parole sur les matinales. Sans surprise, cette disproportion est très marquée sur l’audiovisuel d’État : 23 % sur France 2 et France Inter. Le bloc de gauche, lui, culmine à 30-35 %. De même, le parti présidentiel n’a pas dépassé les 20 %, lors des législatives, et n’est plus crédité que de 16 % d’intentions de vote, mais bénéficie de 28 % de temps d’antenne sur TF1 et jusqu’à 35 % sur France 2…
La mainmise de la gauche sur le service public
Quand on s’intéresse en particulier aux émissions d’actualité et de politique diffusées sur France 5, la mainmise de la gauche apparaît avec encore plus de force. L’invisibilisation de la droite – au sens large – y est « quasi totale », observe l’institut Hexagone : elle n’a que 14 % du temps de parole dans C ce soir, 7 % dans C dans l’air et 4 % dans C politique ! À l’inverse, le bloc de gauche règne en maître sur le plateau C ce soir (44 %) et C politique (48 %). Dans C dans l’air, c’est surtout le centre qui est mis à l’honneur (58 % du temps de parole).
En conclusion, l’étude ajoute deux indications d’importance. La première concerne la faible présence de la gauche dans la matinale de CNews (7 % du temps de parole) : « Si la gauche est faible sur CNews, c’est à cause du boycott par la gauche… alors que le RN est faible sur le service public par manque d’invitations », rappelle ainsi Hexagone. La seconde porte sur le sujet des invités « sans étiquette », qui comptent pour pas moins de 24 % du temps de parole dans la matinale de France Inter. Il s’agit de personnalités et « experts » jugés non partisans, mais qui s’avèrent la plupart du temps très marqués à gauche. Hexagone cite, notamment, l’économiste Gabriel Zucman, la patronne de la CGT Sophie Binet ou encore le président de la Cour des comptes Pierre Moscovici. On pourrait aussi évoquer le cas de l’économiste Julia Cagé, régulièrement présentée sur Radio France comme une banale « professeur à Sciences Po Paris » alors qu’elle a participé à la rédaction du programme du Nouveau Front populaire…
Selon une étude de l’Institut Thomas More publiée par Le Figaro, 60 % des matinales de France Inter sont classées à gauche, avec un quasi-monopole idéologique sur France Culture.
L’audiovisuel public a-t-il vocation à représenter tous les Français ou seulement ceux de gauche ?… pic.twitter.com/jkbGIrF6JM
— Groupe UDR (@groupeudr) December 17, 2025
Au printemps 2024, déjà, l’Institut Thomas More avait publié un rapport démontrant, chiffres à l’appui, que l’audiovisuel public déroge à ses obligations légales d’impartialité et de pluralisme. Il avait passé au crible trois chaînes et trois stations du service public et découvert que, sur les intervenants marqués politiquement, la moitié entraient dans la catégorie « gauches », 21 % étaient de sensibilité macroniste et 4 %, seulement, tenaient un discours pouvant être considéré comme de droite…
« S’il y a un acteur médiatique auquel incombe l’obligation de pluralisme en premier lieu, c’est l’audiovisuel public, qui est financé par l’impôt de tous les Français », rappelait l’institut libéral, en 2024. Espérons que la commission d’enquête portant précisément sur ce sujet, et qui se tient actuellement à l’Assemblée nationale, permette enfin de mettre au pas nos médias d’État…
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