Par Jason
Mathurin

Publié le 20 Déc 2025 à
14:31

Chaque hiver, les mêmes scènes se répètent : bureaux clairsemés,
classes à moitié vides, boîtes mail saturées d’arrêts maladie. On
accuse le froid, les enfants enrhumés, le chauffage trop sec. On
pense parfois à la vitamine C, rarement à cette hormone discrète
fabriquée par la peau au soleil : la vitamine D.
Or les données montrent que la grande majorité des Français en
manquent dès que les jours raccourcissent.

Les études citées par le Vidal indiquent qu’environ 40 % des
Français présentent une concentration sanguine de 25(OH)D
inférieure à 20 ng/mL, et environ 80 % inférieure à 30 ng/mL.
Autrement dit, plus de 8 adultes sur 10 ont un statut jugé
insuffisant. Cette pénurie hivernale ne touche pas que les os ;
elle semble aussi peser sur les infections
respiratoires
qui remplissent les cabinets médicaux. La
suite éclaire ce lien.

Manque de vitamine D en hiver : pourquoi la France est à
découvert

La vitamine D, en réalité une hormone, est
majoritairement synthétisée par la peau sous l’effet des UVB. Les
apports alimentaires restent accessoires, de l’ordre de 15 à 30 %
des besoins selon le Vidal et l’Inserm, via surtout les poissons
gras, le foie, les œufs, le beurre et les produits laitiers
enrichis. En hiver sous nos latitudes, l’ensoleillement et le temps
passé dehors chutent, la production cutanée aussi.

La référence nutritionnelle pour la population adulte est de 15
µg par jour, soit environ 600 UI, alors que les apports moyens des
Français seraient inférieurs à 5 µg par jour. Les experts
définissent une carence en dessous de 10 ng/mL, un déficit en
dessous de 20 ng/mL pour la population générale, et un seuil de 30
ng/mL pour les sujets à risque osseux. Avec 40 % des adultes sous
20 ng/mL et 80 % sous 30 ng/mL, la carence en vitamine D en
hiver
reste un vrai problème de santé publique.

Vitamine D, système immunitaire et infections respiratoires de
l’hiver

Cette hormone liposoluble facilite l’absorption du calcium et du
phosphore, soutient la minéralisation osseuse, la force musculaire
et le fonctionnement du système immunitaire. L’Inserm rappelle
qu’un manque peut provoquer rachitisme chez l’enfant, ostéomalacie
chez l’adulte, faiblesse musculaire, douleurs osseuses, voire
fractures. Les populations les plus exposées sont les personnes
âgées peu sorties, les sujets à peau foncée, les personnes obèses,
celles souffrant de malabsorption intestinale ou de maladies
rénales chroniques.

Santé.fr résume trois grandes méta-analyses dirigées par une
équipe de la Queen Mary University of London. En 2017, 25 essais
randomisés portant sur 11 321 personnes ont montré qu’une
supplémentation en vitamine D réduisait le risque
d’infection respiratoire aiguë de 12 %, avec une réduction
d’environ 30 % chez les participants ayant au départ un taux de
25(OH)D inférieur à 10 ng/mL. La mise à jour de 2021, incluant 40
essais et 30 956 patients, retrouve une baisse globale plus
modeste, de 11 %. L’effet protecteur apparaît surtout avec des
apports quotidiens de 400 à 1 000 UI, sur des durées inférieures ou
égales à 12 mois, et disparaît avec les doses massives
espacées.

Supplémentation en vitamine D : bonnes
doses d’hiver et risques de trop en faire

En 2025, le Groupe de Recherche et d’Information sur les
Ostéoporoses recommande chez l’adulte une prise quotidienne de 800
à 1 000 UI pour viser une concentration sanguine de 25(OH)D entre
30 et 60 ng/mL. En cas de non observance, une alternative consiste
en 50 000 UI par mois ou 20 000 UI tous les 15 jours, schémas
plutôt pensés pour la santé osseuse. Chez l’enfant sain, les
experts préconisent 400 à 800 UI par jour de 0 à 18 ans, avec des
doses pouvant atteindre 1 600 UI entre 2 et 18 ans en présence de
facteurs de risque, toujours sous contrôle médical.

Les synthèses de l’Inserm et du Vidal rappellent que la
vitamine D est stockée dans les graisses et le
foie. Des apports excessifs et répétés peuvent entraîner une
hypercalcémie, avec fatigue intense, pertes d’appétit, nausées,
constipation, maux de tête, puis calculs rénaux, troubles
cardiaques et insuffisance rénale irréversible dans les cas
extrêmes. L’Inserm signale que l’Anses a rapporté des
hypercalcémies sévères chez des nourrissons après mésusage de
compléments. En pratique, corriger un vrai déficit en hiver passe
par des doses adaptées, en général inférieures ou égales à 1 000 UI
par jour, une alimentation riche en poissons gras et une exposition
solaire prudente, le tout encadré par un professionnel de
santé.