Le Royaume-Uni va bientôt retrouver ses étudiants Erasmus : Londres a trouvé un accord avec Bruxelles pour réintégrer dès 2027 le programme européen d‘échanges universitaires. Londres, Liverpool, Cork, Édimbourg… Ceux qui sont partis outre-Manche gardent en tête les images de cette expérience qui a marqué leur parcours étudiant.

Déliana était étudiante à Science Po Paris (sur le campus de Dijon), lorsqu’elle a posé ses valises à Bristol en septembre 2020, bien décidée à perfectionner son anglais. « J’avais fait le choix d’aller dans cette ville parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’étudiants Erasmus et je me disais que c‘était plus propice pour rencontrer des Anglais et parler la langue », raconte-t-elle. La Strasbourgeoise avait aussi choisi Bristol pour sa scène musicale frémissante, qui s’était faite plus calme avec la pandémie de Covid. Elle faisait partie des derniers étudiants Erasmus à avoir pu partir au Royaume-Uni avant que les Britanniques ne quittent le programme en décembre 2020, au moment de la sortie de leur pays de l’Union européenne (UE). « Le fait de pouvoir aller facilement dans un pays anglophone qui se trouve à 100 km de la France, c’est quand même important, c’est un juste retour des choses », appuie Déliana, 25 ans aujourd’hui.

Destination la plus prisée

En 2015-16, le Royaume-Uni s’est hissé au rang de destination la plus prisée, avec 18,9 % des étudiants en mobilité Erasmus+, suivi par l’Espagne (17,7 %) et l’Allemagne (11,6 %), d’après les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur.« J’avais mis cette destination en premier choix car la culture anglo-saxonne m’attirait et la manière d’étudier semblait très différente de celle en France, et pour améliorer son anglais, il n’y a rien de mieux que d’être dans un pays dont c’est la langue principale », souligne Lolie, ancienne étudiante à l’université Grenoble Alpes, partie étudier à Aberdeen, au cœur de l’Écosse. Lorsque le Brexit est voté via un référendum, en juin 2016, elle le vit aux côtés des principaux concernés : « Nous étions extrêmement déçus et attristés à ce moment-là, d’autant plus que les Écossais avaient majoritairement voté pour le maintien dans l’UE. »

Guillaume, 48 ans, de Wettolsheim (Haut-Rhin), se souvient d’avoir « adoré les rencontres avec les autres étudiants » pendant son séjour à Coventry, une ville des Midlands à une heure de Londres en train. Vanessa, elle, garde en mémoire la « bienveillance » et la « volonté de partage » de ceux qu’elle a croisés à Lancaster au début des années 2000, pendant son « expérience d’immersion totale dans la culture anglaise ». La Gardoise était en colocation avec des étudiantes anglaises et écossaises, ce qui lui avait permis de progresser rapidement en anglais, « une réelle opportunité ».

L’annonce du retrait du programme Erasmus avait été accueillie avec stupeur par les universités. « Ça a été assez brutal. Du jour au lendemain, on a dû dire aux étudiants qui étaient en train de préparer leur mobilité pour les six mois suivants qu’ils devaient changer de destination s’ils voulaient bénéficier des bourses Erasmus », se souvient Aurélie Brayet, alors responsable du bureau des mobilités internationales à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne (Loire). « Le Royaume-Uni était un partenaire privilégié puisque nos étudiants aimaient beaucoup partir là-bas pour pratiquer la langue dans un pays natif », souligne celle qui est aujourd’hui chargée des relations internationales à l’École nationale d’ingénieurs de Saint-Étienne (ENISE). Selon l’agence Erasmus+ France, qui gère le programme dans l’Hexagone, 7 000 Français partaient chaque année au Royaume-Uni en mobilité Erasmus avant le retrait du programme.

Des frais de scolarité importants hors Erasmus

Les établissements européens ont donc cherché à réorienter les mobilités vers l’Irlande, déjà très demandée, en négociant davantage de places. Cette concentration d’étudiants a rapidement saturé le marché locatif et fait grimper le coût de la vie. « Petit à petit, c’est devenu une destination difficile à vivre pour les étudiants avec une bourse Erasmus, y compris pour les Irlandais », explique Aurélie Brayet. Après décembre 2020, les étudiants pouvaient quand même partir mais plus sous le couvert du programme Erasmus. « C’est vraiment très confortable. L‘étudiant reste inscrit dans son établissement, paye ses frais d’inscription dans son pays, il a la Sécurité sociale de son pays », rappelle l’experte pour l’agence Erasmus+ France. Au Royaume-Uni, les frais de scolarité oscillent entre 10 000 et 45 000 euros par an.