Par

Ludivine Caporal

Publié le

21 déc. 2025 à 6h18

La mobilisation a été rapide et massive dès lors que les premiers panneaux de permis de construire ont fait leur apparition, l’été dernier. Et elle ne cesse de grandir depuis. 
Dans le petit village paisible de Chazay-d’Azergues (Rhône), au nord de Lyon, habitants et élus se battent depuis des mois contre de multiples projets d’immeubles qui vont « défigurer » le paysage, dont quatre portés par le promoteur immobilier Neowi.
De grosses constructions prévoyant 300 logements en plus et qui, pour certaines, ne respectent pas entièrement le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la commune. Mais celles-ci ont tout de même été validées par la préfecture du Rhône… Explications.

La compétence urbanisme retirée à la mairie

Carencé en logement sociaux selon les taux imposés par la loi SRU, Chazay d’Azergues s’est vu retirer sa compétence d’urbanisme début 2024, comme 20 autres communes du département. Depuis cette date, les instructions de permis de construire passent ainsi directement entre les mains de l’Etat, et donc de la préfecture du Rhône.

Ce qui, en plus d’être vécu comme une injustice, ne permet plus à la municipalité de « protéger » ses habitants et de refuser des projets qu’elle juge non conformes, mal faits ou excessifs.

Je suis maire depuis 2020. J’ai absolument tout mis en œuvre pour rattraper notre retard en termes de logements sociaux et pour sortir des projets de façon intelligente. On est tout de même passé de 4 à 15 % en quatre ans. C’est navrant que l’Etat se soit tourné contre nous. Et qu’il valide en plus des permis qui contournent notre PLU, qu’il a lui-même validé à l’époque… C’est n’importe quoi, je suis très en colère.

Pascale Bay
Maire de Chazay d’Azergues

Les promoteurs « profitent de la tutelle pour imposer des logements »

Une situation conflictuelle qui profiterait à certains promoteurs, selon l’analyse du collectif « Non Urbanisme Féroce Chazay », formé cet été en réponse à cette « folie ».

« Maintenant qu’il est devenu difficile voire impossible d’avoir du foncier à Lyon, qu’il y a de plus en plus de contraintes écologiques pour les constructions, ils s’en écartent et profitent en plus du fait qu’on soit sous tutelle pour venir nous imposer des logements », dénonce cet habitant en colère. « De toute façon, c’est simple : la préfecture dit oui à tout. »

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Une grande barre d’immeuble dans une zone pavillonnaire 

Directement impacté par un des projets de Neowi, qui prévoit la construction, juste devant son jardin, de « 32 logements au sein d’une barre d’immeuble de 50 mètres de long et de 9 mètres de hauteur », ce dernier enrage. 

« C’est une zone pavillonnaire où il n’y a que des maisons. Si ça se fait, je vais me retrouver avec 16 terrasses tournées vers chez moi et je n’aurais plus de soleil, plus de vue sur les montagnes. Par ailleurs, le projet ne prévoit que 32 places de parkings, pour 32 logements. C’est aberrant », lâche-t-il. « Le gros problème avec ce promoteur, c’est que rien n’est fait de façon raisonnée et de façon à ce que cela soit en harmonie avec le village. »

1 000 habitants en plus : « il faut penser aux structures ! »

Au-delà des problématiques rencontrées avec Neowi, la construction annoncée de 300 logements en peu de temps (dont seulement une centaine en social) sur la petite commune de Chazay-d’Azergues entraîne de nombreuses inquiétudes.

Si ça se construit, c’est 1 000 habitants en plus qui vont arriver. Mais il faut penser aux structures et aux services publics : aux écoles, à la taille du collège… On n’a même pas de train ou de bureau de poste et on déborde déjà dans les associations sportives et de loisirs !

Collectif « Non Urbanisme Féroce Chazay »

Avec une superficie de moins de 6 km², le village ne se dit par ailleurs pas en capacité d’absorber beaucoup plus de constructions dans le futur… « Il faudrait donc raser des maisons et construire des immeubles à la place ? », craint le collectif.

Recours administratifs au tribunal

Après l’échec des recours gracieux, la mairie et le collectif ont ainsi décidé d’attaquer en justice le promoteur immobilier sur au moins trois de ses projets, ce qui en bloque automatiquement l’avancée.

Mais Pascale Bay espère, d’ici à ce que le tribunal administratif se saisisse de l’affaire, que Neowi « entende raison » et accepte les modifications exigées.

Contacté par notre rédaction pour donner sa version des faits, le promoteur immobilier Neowi n’est pas revenu vers nous dans les temps impartis.

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