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Perchées dans la commune de Noisy-le-Grand, les Arènes de Picasso sont un des ensembles les plus singuliers de la banlieue parisienne. Conçues par l’architecte espagnol Manuel Núñez Yanowsky entre 1981 et 1985, elles illustrent avec audace un rêve urbain d’un autre temps : celui des « villes nouvelles ». L’architecte imaginait un espace collectif, mêlant logements sociaux et équipements publics, pensé comme un hommage symbolique aux architectures d’hier — et un manifeste postmoderne.

Le projet comprend 540 logements, une crèche, une école, des commerces et des services, tous nichés autour d’une vaste place octogonale baptisée place Pablo‑Picasso. Aux extrémités de cette place, deux gigantesques cylindres coiffent l’ensemble : ces fameuses façades rondes ont valu au site le surnom emblématique de « camemberts » parmi les habitants.

Symboles, références et audace géométrique

L’ensemble ne passe pas inaperçu : depuis l’autoroute ou le RER, les disques blancs se détachent sur le ciel, défiant les lignes droites habituelles des cités modernes. Yanowsky a puisé dans les références antiques — arcs, places, symétrie — mais les a revisitées en structure contemporaine, cherchant à rendre visible un “logement collectif à visage humain”. L’idée : transformer le quotidien en une expérience architecturale.

En y regardant bien, on perçoit les clins d’œil : un chariot romain renversé, la roue d’un véhicule antique figée dans le béton, les arcs et portiques jouant avec la lumière et les volumes. Organique et monumentale à la fois, cette création affirme un parti pris esthétique fort — assumé — qui continue de fasciner.

Lieu de vie, décor de cinéma — et objet de curiosité

Habitations, couloirs, balcons, coursives… à l’intérieur bat toujours la vie d’un quartier comme un autre. Mais les Arènes ne sont plus seulement un lieu d’habitation : elles sont devenues un décor. Cinéma, clip, documentaire, reportage, photos Instagram… le cadre s’est imposé aux réalisateurs, aux artistes, aux curieux. On y tourne des séries, des films, des clips, attirés par ce paysage urbain unique en son genre.

Pour les amateurs d’architecture, c’est un must. Pour les habitants — et parfois leurs visiteurs —, c’est un mélange d’étrangeté, de fierté et d’invitation au regard. Parce qu’ici, l’habitat social ne cède ni à la banalité, ni au décor stéréotypé : il questionne, dérange, intrigue… et vit.

Héritage fragile entre fascination et quotidien

Comme beaucoup d’ensembles issus de l’effervescence des années 1980 en Île-de-France, les Arènes de Picasso portent un paradoxe : celui d’être à la fois œuvre d’art, logement populaire et mémoire d’une époque. Le pari d’une urbanité ambitieuse — loger, cultiver, surprendre — a été audacieux. Certaines intentions n’ont pas été tenues : la place centrale n’a jamais réellement vibré comme une agora, les commerces peinent à persister, mais le dessin demeure, fort.

Aujourd’hui, l’ensemble est souvent cité comme l’un des bâtiments les plus emblématiques de l’architecture postmoderne de banlieue, un des rares exemples où l’urbanisme social a tenté la grande forme, l’expérimentation visuelle et l’inclusion. Pour le meilleur — et parfois le plus déroutant.

Une curiosité à découvrir

Visiter les Arènes de Picasso, c’est surtout accepter de se laisser bousculer par une vision de la ville qui ne ressemble à aucune autre. On s’y promène pour admirer ce chef-d’œuvre du postmodernisme populaire, pour ressentir la puissance d’un projet qui croyait que le logement social pouvait être monumental, sculptural, presque mythologique. C’est aussi l’occasion d’observer ce décor hors norme devenu un terrain de jeu pour les photographes, les cinéastes et les amateurs d’architecture. Et puis, en flânant entre les façades circulaires et les perspectives inattendues, on mesure combien ce quartier raconte une autre histoire de la banlieue parisienne : une histoire faite d’audace, d’utopie et d’une volonté farouche de réinventer l’ordinaire.

Si Paris vous a déjà montré ses façades haussmanniennes, ses tours modernes et ses ponts haubanés, élargissez le regard : à moins d’une demi-heure de la capitale, les Arènes de Picasso rappellent que l’audace architecturale peut aussi fleurir en Seine-Saint-Denis.

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Date de dernière modification le

18 décembre 2025
par


clementine