Renouveler le personnel politique en ouvrant les listes à des colistiers issus de la société civile : c’était l’un des sujets porteurs des municipales de 2020 à Strasbourg. Le centriste Alain Fontanel en avait fait un argument de campagne et affirmait que 80 % de ses colistiers étaient non encartés. Avant de les sacrifier pour fusionner avec la liste de droite de Jean-Philippe Vetter.
La liste écologiste et citoyenne de Jeanne Barseghian (Écologistes, Labo citoyen, PCF, Génération·s notamment) qui a gagné, faisait aussi la part belle aux non encartés. 43 % des colistiers étaient carrément novices en politique selon une étude menée par les sociologues de l’Université de Strasbourg Sébastien Michon et Marie Acabo (présente sur la liste en 61e place). Ils ont observé la campagne puis la municipalité sous ce prisme et viennent de publier leur travail réalisé à partir d’entretiens (*).
Effet de cour et acculturation
Et le bilan est plutôt contrasté. D’abord, les « citoyens » n’incarnent pas forcément un renouvellement des profils socio-économiques des élus locaux. Et les partis sont restés omniprésents, pendant la campagne et après l’élection, « lors de la distribution des positions les plus prestigieuses (adjoints, vice-président de l’agglomération) et des charges les plus rémunératrices. La division du travail exécutif montre que le capital politique demeure central dans la sélection des candidats puis dans la répartition des postes », indique l’étude.
Par ailleurs, « l’analyse des premières années de prise de rôle de ces néoélus rend ainsi compte d’une absence de vision globale fondée sur des références communes et portée par un collectif unifié ». Dans un univers nouveau, face à une administration complexe, certains se trouvent dans une forme de dépendance vis-à-vis de la maire et de son entourage, dont le cabinet, avec des « effets de cour », dit encore l’étude. Et puis, au fil des ans, « loin d’agir comme des chiens dans un jeu de quilles, les novices s’acculturent, deviennent progressivement des professionnels de la politique à temps partiel ou à temps complet, s’attachent à la politique et travaillent à s’y maintenir ». D’ailleurs ces élus « tendent à s’inscrire dans la durée et ne prônent donc plus le renouvellement, mais la poursuite de leur action ». « Finalement, résume Sébastien Michon, ceux qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui ont réussi à s’adapter au jeu politique, tout en restant solides ».
L’actualité vient apporter de l’eau au moulin de l’étude. La majorité sortante prépare en effet pour mars prochain une liste avec davantage de places réservées aux militants encartés par rapport à celle de 2020. Il s’agit de réunir des profils expérimentés, mais elle le fait aussi sous la pression de négociations avec les partis alliés.
Toutefois, pour le premier adjoint Syamak Agha Babaei, ancien du PS et fondateur du Labo citoyen, cette étude méconnaît les réalisations et le fait que « la majeure partie des postes à responsabilité est occupée par des citoyens non encartés. Les partis ont très peu d’influence, d’ailleurs c’est bien pour cela qu’ils revendiquent une place plus importante sur la liste pour 2026 ». La composition de la liste n’est pas encore connue.
(*) Devenir des professionnel·les de la politique. Une liste écologiste et citoyenne à la tête d’une ville. Éditions du Croquant.