

Depuis plus de dix ans, la cigarette électronique s’est imposée dans le paysage français comme une alternative au tabac. Moins de fumée, pas de combustion, moins de substances toxiques… Le raisonnement semble logique.
Sauf que… Dans les discours de prévention comme dans l’opinion publique, la vape est souvent perçue comme une étape vers l’arrêt définitif de la cigarette. Mais les données les plus récentes viennent nuancer cette image un peu trop lisse. Selon le Baromètre Santé publique France 2024, publié fin 2025, 47,7 % des vapoteurs quotidiens en France déclarent également fumer du tabac !
Cigarette électronique et tabac : une addition plus qu’un remplacement
En France, environ 6,1 % des adultes vapotent quotidiennement, et près de 8 % vapotent de manière régulière ou occasionnelle. Parmi eux, la grande majorité a déjà fumé du tabac au cours de sa vie.
- près de 98 % des vapoteurs ont été ou sont encore fumeurs,
- moins de 3 % n’ont jamais fumé de cigarette avant de vapoter.
Le vapotage s’inscrit presque toujours dans une trajectoire de tabagisme préexistant. Mais cela montre aussi que, pour une part importante des utilisateurs, la cigarette électronique ne remplace pas totalement la cigarette classique. Au contraire, elle s’y ajoute.
Pourquoi tant de vapoteurs continuent-ils à fumer ? La dépendance à la nicotine ne disparaît pas par magie
La cigarette électronique délivre de la nicotine, comme le tabac. Certes, elle permet d’éviter la combustion, mais elle ne supprime pas la dépendance. Chez certains fumeurs, elle aide à réduire la consommation de cigarettes. Chez d’autres, elle maintient un niveau élevé de dépendance, parfois même sur deux supports différents.
Alors, on vapote dans la journée, on fume le soir, le week-end ou dans les moments de stress. Le tabac recule… mais sans disparaître complètement. Et les tabacologues le rappellent régulièrement : réduire n’arrête pas la toxicité de la cigarette.
Le poids des habitudes et du contexte social
Fumer n’est pas qu’une question de nicotine. C’est aussi un geste, un rituel, un marqueur social. Certains vapoteurs expliquent continuer à fumer « dans certaines situations » : en soirée, avec des amis, lors de pauses spécifiques.
De nombreux vapoteurs continuent à fumer dans des contextes précis. Une sortie entre amis, un verre en terrasse, une pause. Dans ces moments-là, la cigarette classique conserve une place particulière, presque identitaire, que la vape peine parfois à remplacer.
La vape ne remplit pas toujours les mêmes fonctions symboliques ou sociales que la cigarette traditionnelle. Elle peut devenir un complément, plutôt qu’un substitut.
Une perception parfois floue des risques
Beaucoup d’usagers savent que vapoter est moins nocif que fumer, mais cela peut entraîner un effet pervers. Chez certains usagers, l’alternance entre vape et cigarette est perçue comme un compromis acceptable, une manière de « compenser » les risques sans renoncer totalement au tabac.Or, les autorités sanitaires sont très prudentes sur ce point.
Selon Santé publique France, le fait de vapoter en parallèle du tabagisme ne neutralise pas les effets délétères de la cigarette, même lorsque celle-ci est consommée en moindre quantité. Réduire le nombre de cigarettes est certes préférable à une consommation plus élevée, mais les risques cardiovasculaires et cancérologiques liés au tabac demeurent dès lors que l’exposition se poursuit.
Sevrage tabagique : quelles sont les recommandations ?
- La cigarette électronique n’est pas un médicament. Elle ne bénéficie pas d’une autorisation de mise sur le marché thérapeutique, contrairement aux substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles), dont l’efficacité et la sécurité ont été évaluées.
- Elle peut constituer une aide à l’arrêt du tabac pour certains fumeurs, en particulier chez ceux qui n’ont pas réussi à arrêter avec les méthodes classiques.
- Elle ne garantit en aucun cas l’arrêt du tabac. Les données montrent que son efficacité varie fortement d’un individu à l’autre, et dépend largement du contexte, du suivi et de la motivation à se libérer totalement de la cigarette.
- Sans accompagnement, le risque de double usage est élevé. Vapoter tout en continuant à fumer reste fréquent et limite les bénéfices attendus sur la santé.
La Haute Autorité de Santé et Santé publique France insistent sur le fait que le vapotage peut s’inscrire dans une démarche de sevrage, mais il ne suffit pas à lui seul.
Un recul du tabagisme encore fragile
Le tabagisme quotidien recule en France. En 2023, 23,1 % des adultes déclaraient fumer chaque jour, contre plus de 30 % au début des années 2000. Cette baisse progressive traduit l’effet cumulé des politiques publiques, de l’augmentation des prix du tabac, des campagnes de prévention et d’une prise de conscience sanitaire de plus en plus large. Un progrès indéniable, mais encore loin de l’objectif affiché d’une génération sans tabac.
Car dans le même temps, le tabac demeure la première cause de mortalité évitable dans le pays, responsable d’environ 75 000 décès par an. Et surtout, ce recul reste fragile. Il concerne davantage certaines catégories de population que d’autres, et se stabilise parfois dans les groupes les plus précaires, où le tabagisme demeure fortement ancré.
À SAVOIR
En France, les substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles, inhaleurs) sont remboursés à 65 % par l’Assurance maladie, avec ou sans prescription, dans le cadre du sevrage tabagique.


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