Souvenez-vous, nous sommes en 2015 et le monde geek est en émoi. Après une décennie d’absence, Star Wars fait son grand retour au cinéma. La pression est immense sur les épaules de Disney qui vient de racheter Lucasfilm pour 4 milliards de dollars. George Lucas a officiellement passé le flambeau et c’est maintenant à Mickey que revient la responsabilité de faire avancer la galaxie lointaine, très lointaine. L’entreprise n’en est pas à sa première opération du genre, elle avait déjà mis la main sur Marvel Studios et son important catalogue de personnages.

J.J Abrams est à la réalisation, lui qui a fait forte impression auprès du public et de la critique avec son Super 8. Il décide, en collaboration avec Kathleen Kennedy, de s’engager sur la voie du legacyquel. Ce terme, popularisé par le journaliste Matt Singer, désigne les films à mi-chemin entre le reboot, le remake et la suite. Le mot-valise rassemble les idées d’héritage et de renouveau.

Star Wars Dossier Anniversaire1© Disney

Souvent, les propositions du genre sont portées par de nouveaux visages. L’ombre des anciens plane toujours. On peut citer Ghostbusters, Indiana Jones 5 ou encore Scream. Faire du neuf avec du vieux, Star Wars n’y regarde pas à deux fois. Rey, Finn et Poe incarnent ce renouveau tandis que Leia et Han assurent la continuité avec la trilogie originelle. L’entreprise ne veut pas tout à fait couper les ponts avec les films adorés des spectateurs, même George Lucas a eu du mal à convaincre avec sa trilogie au début des années 2000.

La nostalgie à tout prix

Avoir ses vedettes sous le coude est plutôt pratique pour s’attirer les faveurs des adeptes de la première heure. Dans le même temps, les films sont assez indépendants pour attirer une nouvelle génération de spectateurs. Pour Disney, ces jeunes fans sont essentiels. Ils sont les plus susceptibles de se ruer sur les produits dérivés et d’enrichir les fabricants de jouets. Le Réveil de la Force partait donc sur des bases assez solides, le film est parvenu à contenter les anciens et les nouveaux fans.

Il donnera même des idées à d’autres studios, qui n’auront de cesse de recycler leurs licences iconiques au fil des ans. Le fan service fonctionne et les billets verts pleuvent. Star Wars 7 récolte 2 milliards de dollars au box-office et s’illustre comme l’un des plus gros succès de l’industrie. La nouvelle ère Star Wars est sur de bons rails… mais il ne faudra pas attendre très longtemps avant que la machine déraille.

Si Rogue One : A Star Wars Story s’en sort avec les honneurs, Rian Johnson s’attirera les foudres du public avec Les Derniers Jedi. Certains n’acceptent pas que le metteur en scène désacralise la figure du héros qu’est Luke Skywalker. Dans le film sorti en 2017, le Jedi est montré comme un ermite sur le retour. Si Le Réveil de la Force a déçu pour sa trop grande ressemblance avec les récits de George Lucas, Les Derniers Jedis provoque un tollé chez les plus conservateurs.

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L’Ascension de Skywalker viendra enfoncer le clou, revenant sur tout ce qu’avait fait son ainé et sortant Palpatine de son chapeau. Dans son ensemble, la trilogie de Rey est d’une inconsistance sans nom. Beaucoup de spectateurs ont renié ces films, laissant Lucasfilm avec une aura nettement diminuée et la crainte d’empirer la situation si elle poursuit sur cette voie. Le studio a voulu appliquer une recette de la concurrence qui n’a pas porté ses fruits, une recette autrefois efficace chez les autres mais qui commence à montrer de sérieux signes de faiblesse.

La recette Marvel

Trois films en prise de vues réelles entre 1999 et 2005. Cinq films entre 2015 et 2019. Avec l’arrivée de Disney, la licence Star Wars au cinéma a accéléré la cadence. Entre Le Réveil de la Force et L’Ascension de Skywalker, les spectateurs pouvaient compter sur un métrage par an ou presque. Ce qui était rare devient alors une habitude et le caractère exceptionnel de la licence s’étiole. Plus largement, avec ses deux projets dérivés aux allures de chapitres annexes, Lucasfilm a écorné l’image de la saga à jamais. Parce qu’on peut remplir du vide que jusqu’à un certain temps, parce qu’en inondant le public, il finit par se lasser.

Même la Maison des Idées a perdu de sa superbe, en multipliant les productions anecdotiques et en se précipitant pour faire éclore des projets chancelants. En 2025, sur trois films proposés au cinéma, Marvel n’a pas réussi à faire éclore le raz de marée espéré. Captain America : Brave New World n’a récolté que 415 millions de dollars contre 1,15 milliard pour Civil War, Thunderbolts* a été un échec notable et Les 4 Fantastiques (521 millions) faisait pâle figure face au Superman de James Gunn (616 millions).

Chez Marvel, comme Star Wars, la course au streaming semble être un premier élément de réponse pour expliquer cette perte d’intérêt des spectateurs. Si Star Wars ne s’est pas encore confronté à de véritables difficultés financières dans les salles obscures — L’Ascension de Skywalker a rapporté un milliard de dollars — la difficulté pour Kathleen Kennedy à faire revenir l’estampille au cinéma après six ans questionne. Les résultats de The Mandalorian & Grogu seront à observer de près, surtout quand on sait que son succès est déterminé par une composante que n’avaient pas à prendre en compte ses prédécesseurs.

“Le streaming m’a tuer”

Si la dernière trilogie au cinéma a déjà égratigné le statut culte de Star Wars, ce n’est pas la seule à largement avoir entaché le chemin parcouru. En 2019, quand L’Ascension de Skywalker concluait les aventures de Rey, Disney avait déjà une idée de ce que l’avenir réservait à sa poule aux œufs d’or. Quelques jours avant la sortie du film, le lancement de Disney+ lui offrait la possibilité d’approfondir un peu plus la mythologie avec des personnages historiques ou inédits. En novembre 2019 nait The Mandalorian, première d’une longue série de productions dérivées proposées sur le petit écran. Sous l’impulsion de Dave Filoni, aux manettes des séries Clone Wars et Rebels, la série évolue autour d’un nouveau héros : Din Djarin.

Star Wars Dossier Anniversaire2© Disney

La série réalisée par Jon Favreau convoque tous les ingrédients d’une bonne recette nostalgique, une créature mignonne, un héros tiraillé entre ses propres envies et sa morale et, surtout, des bons gros méchants issus d’un Empire en déchéance. Nous sommes entre Le Retour du Jedi et Le Réveil de la Force. Avec sa construction cloisonnée, une histoire par épisode, le western de SF trouve son public. Suivrons Le Livre de Boba Fett, Obi-Wan Kenobi, Ahsoka ou encore Skeleton Crew et The Acolyte. Depuis 2019, Disney+ a proposé 7 séries rien qu’en live action. Ajoutez à cela les productions animées comme The Bad Batch, les anthologies Visions ou Tales of the Empire et vous obtenez un calendrier plus chargé qu’il ne l’a jamais été. Et au milieu de tout cela, de véritables échecs critiques autant qu’une difficulté à réunir les spectateurs.

Seule Andor, avec ses deux saisons, semble avoir mis tout le monde d’accord. Preuve s’il en fallait une du désintérêt grandissant des abonnés Disney+ pour la galaxie très très lointaine, Skeleton Crew n’est même pas parvenue à se hisser au classement des séries les plus vues aux États-Unis la semaine de sa sortie, selon Nielsen. Une première à l’époque. Le spin-off de Rogue One, salué pour sa portée politique, n’a pas non plus rempli ses objectifs d’audience. Star Wars sur le petit écran est en nette perte de vitesse, tant et si bien que l’avenir de l’estampille est plus que jamais incertain.

Et après ?

Sur Disney+, Lucasfilm a mis un coup de frein à ses séries et réduit considérablement les budgets. Selon Rosario Dawson, la saison 2 d’Ahsoka a dû composer avec un budget inférieur à celui de la première saison. D’autres productions dérivées ont été mises en pause ou annulées. En 2026 et 2027, la priorité de Star Wars redevient les salles avec deux films proposés respectivement en mai 2026 et mai 2027. Dès l’an prochain, les spectateurs ont rendez-vous avec Din Djarin et Grogu pour un film aux allures de conclusion épique pour la série.

Mais le public sera-t-il là ? Marvel, cousine de Star Wars, a appris à ses dépens qu’une série appréciée du public n’avait pas une belle carrière assurée au cinéma et The Mandalorian & Grogu devrait faire la démonstration de solides arguments pour remplir ses objectifs. On peut d’ailleurs noter que sa sortie intervient en mai plutôt qu’en décembre, période privilégiée par Disney pour ses grosses productions. La firme aux grandes oreilles a préféré laisser le champ libre à Avengers : Doomsday, comme si elle croyait plus au retour des icônes de la Maison des idées.


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En 2027,  Rian Gosling sera quant à lui devant la caméra de Shawn Levy pour Starfighter, film évoluant lui aussi loin des Jedi et de la Force. Du reste, au moins deux autres films sont en développement mais le processus est loin d’être un long fleuve tranquille. A New Jedi Order, porté par Daisy Ridley, a vu de nombreux scénaristes quitter le navire, dont certains très prestigieux. Il n’a toujours pas de date de sortie.

Plus d’une décennie après le rachat de Lucasfilm, Disney n’a pas encore trouvé l’équilibre dans la franchise Star Wars, si ce n’est l’équilibre financier. Mais à trop vouloir exploiter l’imaginaire de George Lucas, le studio pourrait bien annihiler sa force… pour de bon. Blasés, nous sommes ?

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