À Strasbourg, un espoir naît pour des millions d’hommes à
travers le monde. Dans la discrétion d’un laboratoire alsacien, la
société de biotechnologie Syndivia vient de
conclure un accord de 307 millions d’euros avec le
géant pharmaceutique britannique GSK. Leur
objectif commun : mettre au point une nouvelle génération de
traitements contre le cancer de la prostate,
ciblés et moins toxiques.
Le 27 octobre, le laboratoire GSK a annoncé avoir acquis les
droits exclusifs d’un anticorps conjugué (ADC)
développé par Syndivia. Cette technologie innovante, baptisée
GeminiMab, permettrait de s’attaquer directement
aux cellules tumorales tout en préservant les cellules saines. Un
traitement de précision, qui pourrait bien devenir une alternative
crédible aux thérapies actuelles, souvent lourdes d’effets
secondaires. C »est le cas par exemple de la
chimiothérapie que suivait Eloïse Appelle.
Un traitement plus ciblé, plus tolérable, plus accessible
Les anticorps conjugués ne sont pas une nouveauté dans la
lutte contre le cancer, mais la solution portée par Syndivia
semble marquer une avancée significative. Selon GSK, la molécule en
question « a démontré une activité antitumorale accrue et un
profil de sécurité encourageant ». D’après les études
précliniques, elle aurait permis « de réduire la taille des
tumeurs sans entraîner d’augmentation proportionnelle des effets
secondaires significatifs », y compris à des doses élevées. La
technologie GeminiMab offrirait ainsi un « profil thérapeutique
optimisé », selon le communiqué rapporté par Franceinfo.
Swissinfo
indique que, chaque année, environ 1,4 million
d’hommes dans le monde reçoivent un diagnostic de cancer de
la prostate. Parmi eux, entre 10 % et
20 % développent une forme métastatique dans les
cinq ans. Dans ces cas, les options thérapeutiques actuelles
restent limitées. L’annonce de GSK et Syndivia ouvre donc une
perspective nouvelle pour ces patients en impasse
thérapeutique.
Le traitement visé se veut à la fois plus efficace et mieux
toléré. Cela représente un enjeu considérable en oncologie, où la
balance bénéfice-risque est souvent délicate. Les effets
secondaires, parfois lourds, des traitements actuels sont un frein
à leur généralisation. C’est justement ce que la technologie ADC
tente de surmonter en s’attaquant uniquement aux cellules
malades.
Une révolution discrète venue de
Strasbourg
L’enjeu du partenariat ne se limite pas à la recherche. GSK
entend aussi répondre à un besoin non satisfait : « actuellement
une lacune dans les thérapies disponibles », selon ses mots.
L’objectif affiché est de proposer « un traitement plus
facilement accessible en médecine de ville », y compris pour
les cas de cancer de la prostate métastatique. Une avancée qui
pourrait démocratiser l’accès aux soins, notamment en dehors des
hôpitaux spécialisés.
Au total, Syndivia pourrait toucher jusqu’à 268 millions
de livres, soit environ 307 millions d’euros, auxquels
s’ajouteraient des redevances sur les ventes futures du médicament
dans le monde entier. Un partenariat stratégique qui permet aussi à
GSK de consolider son portefeuille de médicaments spécialisés,
moteur de sa croissance, avec un bénéfice net en hausse de
23 % au deuxième trimestre 2025.
Le traitement issu de cette alliance pourrait bien transformer
l’approche du cancer de la prostate. Et c’est à Strasbourg que
cette révolution silencieuse a commencé.