Le jour vient à peine de se lever sur la Remaudière, petite commune rurale située à 35 km à l’est de Nantes. Les engins de chantier attaquent la toiture de la salle polyvalente. Un équipement sorti de terre, il y a une douzaine d’années, et qui n’a jamais été utilisé par les habitants. Pas un loto, pas une soirée dansante, pas même un repas associatif. Récit d’un beau fiasco qui a failli placer la commune sous tutelle de la préfecture.
Nous sommes en janvier 2012. Le conseil municipal, avec, à sa tête, Alan Coraud, maire connu dans le milieu bretonnant pour ses convictions indépendantistes, et décédé depuis, prend la décision de construire une salle polyvalente. Coût de ce projet 2,2 millions d’euros, financés à hauteur de 40 % par des subventions. « L’équipement était prévu pour accueillir 500 personnes. Il était complètement surdimensionné pour une commune de 1 300 habitants. Ce projet, à la base, était aberrant », commente, aujourd’hui, un habitant interrogé sur le pas de sa porte.
La salle avait été conçue pour accueillir 500 personnes. (Le Télégramme/Didier Déniel)« Une salle inachevée et potentiellement dangereuse »
Les travaux débutent en juillet 2013. Fin 2014, le préfet de Loire-Atlantique ordonne la suspension des travaux au vu de la situation financière de la commune, qui plonge dans le rouge. En 2015, le tribunal administratif suspend, lui, l’exécution des marchés. Résultat : La Remaudière se retrouve, comme l’a souligné, en 2018, dans un rapport, la cour régionale des comptes, avec une salle « inachevée, sans destination, inutilisable, encombrante et potentiellement dangereuse ».
On était à deux doigts d’être placés sous tutelle préfectorale. La situation était très critique. Les frais de fonctionnement de la salle avoisinaient les 300 000 euros par an.
De plus, la cour précise aussi que la commune ne connaît pas son patrimoine « ni physiquement ni comptablement ». Et que cette aventure de la salle polyvalente a conduit à un triplement de la dette communale.
« On était à deux doigts d’être placés sous tutelle préfectorale, commente Anne Choblet, la maire actuelle. La situation était très critique. Les frais de fonctionnement de la salle avoisinaient les 300 000 euros par an. On aurait plongé en quelques mois. Si on avait voulu poursuivre et garder la salle, il aurait fallu investir énormément d’argent. Car il n’y avait pas de citerne pour alimenter la chaufferie au gaz, et pas de régie. Et la dalle du bâtiment aurait dû être renforcée. »
Dans quelques mois, un lotissement sera aménagé en lieu et place de la salle polyvalente jamais utilisée. (Le Télégramme/Didier Déniel)Les impôts locaux augmentés de 30 %
Dans ses conclusions, la cour régionale des comptes évoque plusieurs graves erreurs de gestion. L’une d’entre elles met directement en cause l’ancien maire, qui avait signé une offre de prêt bancaire d’1,2 million d’euros, sans demander l’aval du conseil. « On a trouvé un terrain d’entente avec la banque. On rembourse le capital mais pas les intérêts. »
Anne Choblet précise que, pour éponger la dette, les impôts locaux ont dû être augmentés de 30 %.
En février 2023, le conseil municipal a décidé d’engager les travaux de démolition de la salle polyvalente. « Ils vont nous coûter 67 000 euros. Après, on passe à autre chose. Le terrain sera aménagé en lotissement. Logiquement, on devrait sortir de l’ornière en 2029 », précise la maire, qui se représente, à nouveau, et qui espère pouvoir mener à bien, si elle est réélue, un projet de pôle enfance.