Opinion

Allemagne, un exemple à suivre?

Pour le professeur Bernard Hirschel, Berlin a remplacé ses 200 TWh d’électricité nucléaire par du solaire et de l’éolien. Mais pour le climat, le bilan est nul: le pays brûle toujours autant de charbon et de gaz.

Commentaire

Bernard Hirschel – professeur de médecine

Publié: 18.12.2025, 08h07 Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.

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Il faut reconnaître une chose aux Allemands: ils font ce qu’ils disent. Au début des années 2000, ils ont décidé de sortir du nucléaire. Fin 2023, la dernière centrale nucléaire fut fermée. La production électronucléaire de 2003, environ 200 térawattheures (TWh) fut entièrement remplacée par 200 TWh d’origine éolienne et solaire.

Est-ce un modèle à suivre? Quels sont les effets sur le climat? À quels coûts?

Concernant le CO2, tant le nucléaire que le renouvelable en émettent très peu. En remplaçant l’un par l’autre, l’effet net sur le climat est nul. C’eût été différent si le renouvelable s’était ajouté au nucléaire; dans ce cas, l’électricité allemande serait aujourd’hui pratiquement neutre en carbone. Mais la réalité est différente. L’Allemagne, contrairement à la France, brûle toujours beaucoup de charbon et de gaz pour produire du courant – en novembre 2025 par exemple, deux tiers de l’électricité allemande provenaient de sources non renouvelables, charbon allemand et nucléaire français.

Quant aux coûts, entre 350 et 700 milliards d’euros ont été dépensés pour éradiquer l’énergie nucléaire en Allemagne. Actuellement, on estime que la «Energiewende» coûte au moins 40 milliards d’euros par an. Un exemple: La loi oblige les compagnies électriques à acheter du courant solaire ou éolien à des prix élevés. C’est à perte, car le courant solaire est produit surtout vers midi en été, quand il ne vaut pratiquement rien. Coût pour l’État allemand en 2025: quelque 17 milliards d’euros. Notons, en passant, le caractère antisocial de ces paiements. Car pour produire de l’électricité solaire il faut avoir un toit, donc une maison, donc être relativement aisé; les coûts, sous forme d’impôts et de prix élevé de l’électricité, sont assumés par tout le monde. Pourtant, c’est surtout à gauche du spectre politique qu’on trouve les enthousiastes du solaire et les adversaires du nucléaire. Allez comprendre…

Pour beaucoup de Suisses, en particulier outre-Sarine, l’Allemagne sert d’exemple. Le vote populaire de 2017 empêche la construction de nouvelles centrales nucléaires. Contrairement à l’Allemagne, l’exploitation continue des centrales existantes est admise. Mais ces centrales vieillissent; un jour il faudra les arrêter. Si on ne peut pas les remplacer, il faudra en hiver importer du courant (nucléaire) français ou (fossile?) allemand en espérant qu’il sera disponible. Les énergies renouvelables ne pourront pas combler toutes les lacunes. Voici l’arrière-fond de la discussion actuelle sur le renouveau nucléaire et l’initiative « Stop au blackout».

Davantage sur le nucléaire

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