Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé l’Union européenne d’ingérence dans les affaires intérieures de l’Arménie dans le but d’influencer le résultat des élections générales qui doivent s’y tenir en juin.

M. Lavrov a cité les propos tenus par la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, juste avant que celle-ci et les ministres des Affaires étrangères des États membres de l’UE ne rencontrent leur homologue arménien, Ararat Mirzoyan, à Bruxelles lundi. Mme Kallas a déclaré que le gouvernement arménien avait demandé le type d’« aide pour lutter contre les ingérences étrangères malveillantes » que l’UE avait fourni à la Moldavie au début de l’année.

« Il y a quelques jours à peine, la chef de la diplomatie européenne, Kristina Kallas, a publiquement promis que l’Union européenne « aiderait l’Arménie à lutter contre les ingérences étrangères malveillantes, comme nous l’avons fait en Moldavie ». [Il s’agit là] d’un aveu sincère, d’une reconnaissance de culpabilité », a déclaré M. Lavrov aux hauts responsables du parti au pouvoir en Russie lors d’une réunion jeudi 18 décembre.

Il a passé sous silence le fait que l’aide de l’UE mentionnée par Mme Kallas avait été demandée par le gouvernement arménien.

Cette demande et la réaction apparemment favorable de la responsable de l’UE ont suscité de vives inquiétudes parmi les principaux groupes d’opposition arméniens. Leurs dirigeants affirment que Nikol Pachinian tente d’obtenir le soutien de l’UE pour remporter les élections décisives par la fraude ou des manœuvres déloyales.

« La déclaration de Kaya Kalas constitue une ingérence directe et flagrante dans les affaires intérieures de l’Arménie », a insisté mercredi Ishkhan Saghatelian, membre éminent de la principale alliance d’opposition Hayastan.

M. Saghatelian a déclaré que cette déclaration visait à « préparer le terrain pour limiter, réprimer ou neutraliser les activités des forces politiques d’opposition pendant la période préélectorale » et « influencer la volonté électorale et les préférences des citoyens arméniens ».

L’opposition arménienne est particulièrement alarmée par la référence de Mme Kallas à la Moldavie, où deux partis d’opposition considérés comme pro-russes ont été interdits de participer aux récentes élections législatives remportées par les dirigeants pro-occidentaux du pays. L’UE a justifié ces interdictions en invoquant l’ingérence russe dans les élections moldaves.

Lavrov a accusé l’UE elle-même de s’être ingérée dans ces élections en soutenant ouvertement le parti au pouvoir de l’ancienne république soviétique.

Le soutien électoral demandé par le gouvernement de Pachinian à l’UE a attisé les craintes de l’opposition que les autorités arméniennes puissent elles aussi disqualifier certains groupes d’opposition importants du scrutin de 2026.

Le ministère arménien des Affaires étrangères a déclaré mardi que Erevan souhaitait uniquement que l’UE l’aide à « contrer les menaces hybrides potentielles » pesant sur le bon déroulement des élections. Les responsables arméniens n’ont toujours pas donné de détails sur ces menaces ni indiqué publiquement si elles émanaient de la Russie.

À la suite de ses précédentes discussions avec Mirzoyan au début du mois, Mme Kallas a accusé la Russie de diffuser de la « désinformation » préélectorale en Arménie. Si le Premier ministre qualifie régulièrement ses adversaires politiques d’agents russes, ni lui ni les autres dirigeants arméniens n’ont explicitement repris ces accusations, qui ont été fermement démenties par le ministère russe des Affaires étrangères.

Malgré les tensions accrues avec Erevan, Moscou a jusqu’à présent évité de manifester son soutien à un groupe d’opposition arménien, y compris celui dirigé par le milliardaire russo-arménien emprisonné Samvel Karapetian.

 

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