🕒 Article publié le 22 décembre 2025
✅ Mis à jour le 22 décembre 2025
À Eymet, bastide médiévale du Périgord, un habitant sur cinq vient du Royaume-Uni. Cette commune de 2 553 âmes vit au rythme d’une cohabitation unique en France. Le fish & chips côtoie le foie gras, l’anglais se mêle au français, et un terrain de cricket trône au cœur du village.
Village de Eymet dans le Périgord © Julia Blt
510 Britanniques ont choisi ce village du Périgord
Eymet ne ressemble à aucun autre village de Dordogne. Ici, environ 510 Britanniques ont élu domicile parmi les 2 550 habitants. Dans les rues de cette bastide fondée en 1270, l’accent du sud-ouest côtoie celui de Londres. Les commerçants jonglent naturellement entre les deux langues.
Au Café Tortoni, on se croirait dans un pub londonien. Ainsi, l’établissement accueille régulièrement les expatriés britanniques pour suivre les événements du Royaume-Uni. En septembre 2022, c’est ici que la communauté anglaise s’est réunie pour les funérailles de la Reine Elizabeth II. L’émotion était palpable dans ce coin du Périgord pourpre.
Elizabeth II : les britanniques du village d’Eymet endeuillés
Le jeudi matin, le marché hebdomadaire reflète cette double identité. D’un côté, les producteurs locaux proposent leurs spécialités périgourdines. De l’autre, des étals britanniques attirent une clientèle fidèle. Les conversations passent d’une langue à l’autre sans effort. Cette fusion culturelle surprend les visiteurs et enchante les habitants.
Comment les expatriés britanniques ont sauvé Eymet
Tout commence dans les années 1970. Des retraités britanniques découvrent alors Eymet et son patrimoine en péril. Le climat tempéré, les maisons en pierre à rénover et les prix accessibles les séduisent immédiatement. Ils s’installent et entreprennent la restauration des bâtisses abandonnées.
Ces pionniers sauvent le village de l’oubli. Ensuite, ils redonnent vie aux vieilles pierres en respectant l’architecture locale. Les familles britanniques suivent dans les années 1980 et 1990. Elles ouvrent des commerces, créent des associations et participent activement à l’économie locale. Cette vague migratoire transforme progressivement Eymet en “Little England” du Périgord.

Visite aux lampions à Eymet © Pierre Bacogne
Le Brexit de 2020 marque un tournant. Néanmoins, la communauté britannique reste solidement implantée. Les expatriés ont dû gérer les incertitudes administratives concernant leur sécurité sociale et leurs retraites. Malgré ces défis, ils affirment leur attachement profond au village. D’ailleurs, plus de 7 000 Britanniques vivent aujourd’hui dans toute la Dordogne.
Salons de thé anglais et fish & chips en plein Périgord
Le salon de thé Roses incarne parfaitement cette fusion. L’établissement propose un authentique full English breakfast jusqu’à midi. Les scones, le Victoria sponge cake et le thé à l’anglaise figurent au menu. Ce lieu attire les nostalgiques du Royaume-Uni comme les curieux français. La décoration vintage et la vaisselle dépareillée créent une atmosphère des Cotswolds en plein Périgord.
The Dordogne Chippy, food truck itinérant, s’arrête à Eymet chaque jeudi. Le fish & chips traditionnel trouve ainsi sa place sur les tables périgourdines. Par ailleurs, cette offre culinaire britannique complète naturellement les restaurants français du village. Les habitants apprécient cette diversité gastronomique inattendue.
Le terrain de cricket constitue la curiosité majeure. Fondé dans les années 1980, le Club Eymetois de Cricket occupe le stade du Brétou. Les matchs rassemblent joueurs français et britanniques chaque week-end. Cette discipline rarissime en France attire les regards amusés des Périgourdins. En effet, les enfants du village grandissent en découvrant le cricket autant que le rugby. Le club participe même à la ligue régionale du Sud-Ouest et reçoit régulièrement des équipes britanniques en visite.
La bastide de Dordogne qui reste profondément française
Malgré cette forte présence anglaise, Eymet garde farouchement son identité. L’architecture médiévale demeure intacte depuis 1270. La place centrale, avec ses arcades typiques des bastides, accueille toujours le marché traditionnel. Les fêtes locales célèbrent le patrimoine périgourdin avec le même enthousiasme qu’autrefois.
Les Britanniques s’investissent d’ailleurs dans la préservation du patrimoine. Ils participent aux associations, restaurent les vieilles pierres et défendent l’histoire locale. Cette implication sincère facilite une cohabitation harmonieuse. Le temple protestant, héritage des huguenots du XVIe siècle, accueille aujourd’hui croyants français et britanniques.

La bastide d’Eymet © Père Igor (Own work)
Le festival Jazz Off’ anime le village depuis vingt ans. Désormais, cet événement attire des artistes de renom du printemps à l’automne. La fête de l’huître, organisée chaque 15 août, réunit toute la communauté. Ces traditions locales fédèrent Français et Britanniques autour d’une passion commune pour Eymet.
Cette bastide prouve qu’un village peut être profondément français tout en accueillant une dimension internationale. Eymet invente quotidiennement une cohabitation unique en France. L’ironie de l’histoire n’échappe à personne : fondée en 1270 pour se défendre contre les Anglais, la bastide abrite aujourd’hui leur plus importante communauté hexagonale. Un équilibre rare qui fait tout le charme de ce coin de Dordogne pas comme les autres.