Peut-être l’avez-vous déjà aperçue place Gutenberg, ou lors d’événements strasbourgeois : Manuela, 23 ans, se trouve souvent derrière un grand panneau « Carica booth », soit un photomaton pas tout à fait comme les autres. Le principe ? Vous prenez la pose, et moins de 5 minutes plus tard, une caricature faite main sort. Nous sommes allé(e)s à sa rencontre pour en savoir un peu plus sur son parcours et son activité insolite ! 

Étudiante en Arts visuels à Strasbourg, Manuela s’intéresse beaucoup au dessin du corps, à travers des ateliers de modèle vivant ou ses propres peintures. Mais vivre de son art, c’est bien connu, c’est délicat.

« J’en ai fait des portraits. J’ai passé beaucoup de temps à étudier les traits, les formes, et à faire des tableaux les plus réalistes possibles : le fait est que cela prend du temps, et surtout, implique de suite un coût. Je ne pouvais pas en vivre. »

Manuela Castro (22) © Marie Goehner-David / Pokaa

Manuela ne se décourage pas pour autant, et réfléchit alors à d’autres moyens pour faire connaître son travail, et financer ses études sans passer par des jobs étudiants épuisants.

« Je pensais à la chose suivante : dans les cours de modèle vivant, ce que j’aime aussi, ce sont les moments où il faut dessiner vite. Aller à l’essentiel, voire exagérer des traits pour les mettre en avant, et accentuer ce qui fait l’unicité d’une personne, d’un corps. Finalement, c’est très proche de la caricature : je suis alors allée dans cette direction. »

Manuela Castro (6)

Manuela Castro (18)

© Marie Goehner-David / Pokaa

Emporter un bout d’art avec soi

Manuela continue : « Ce que j’aime avec la caricature, c’est le contact humain. Le fait de pouvoir discuter, échanger, écouter des histoires. » Grâce à son Carica booth (qu’on pourrait traduire par « Carica-maton »), c’est exactement ce qu’elle peut perpétuer, en faisant des portraits imitant les Polaroids ou les strips (format en 4 vignettes).

Assise derrière son décor, elle lève la tête avec l’œil vif pour croquer son modèle, tout en posant des questions, en écoutant des tranches de vie venues de partout. Des Strasbourgeois(es), comme des touristes du monde entier. « Une fois, une famille venue de Turquie m’a reconnue, car elle était auparavant tombée sur mon TikTok. Certaines rencontres sont inoubliables ! »

https://www.tiktok.com/t/ZTrQfD6KB/

Manuela Castro (29)

Manuela Castro (28)

Manuela Castro (27)

Manuela Castro (26)

Manuela Castro (19)

Manuela Castro (2)

© Marie Goehner-David / Pokaa

Le principe du Carica booth, c’est que cela permet d’emporter chez soi un souvenir strasbourgeois, celui d’un échange et d’un moment suspendu, mais aussi, un petit morceau d’art à moindre coût. « Parce que ce projet, c’est aussi une manière de réfléchir à comment rendre l’art accessible, et en faire quelque chose qui peut toucher tout le monde. »

Et c’est ce qui permet à Manuela de continuer à travailler en parallèle sur ses œuvres.

Manuela Castro (24)

Manuela Castro (25)

Manuela Castro (1)

© Marie Goehner-David / Pokaa

Du Carica booth aux peintures

À côté des caricatures, elle pratique aussi la peinture, qui lui permet d’explorer « le féminisme, la sexualité, ou encore l’identité et la mise en lumière des cultures latino-américaines, surtout autochtones ».

Manuela Castro (30)

Manuela Castro (20)

Manuela Castro (3)

Manuela Castro (14)

Manuela Castro (21)

© Marie Goehner-David / Pokaa

Venant de Colombie, elle travaille ces thématiques pour créer sur la toile des univers reflétant ses questionnements. « Par exemple, le tableau au centre s’intitule ‘Me Apapacho’. Apapachar est un mot autochtone qui signifie ‘câliner avec l’âme’, et dans ce cas ‘me’ veut dire que je le fais à moi-même. »

Elle poursuit : « Cette œuvre est un autoportrait de moi à trois âges différents de ma vie. Quand j’étais plus jeune et que j’étais frustrée ou triste j’imaginais une version plus âgée et plus sage de moi-même, qui saurait me réconforter et gérer la situation. C’est ce que représente le personnage central. »

Manuela Castro (15) « Me Apapacho ». © Marie Goehner-David / Pokaa

Et c’est ici qu’elle raconte à son tour sa propre histoire. Pour en savoir plus, ou vous faire croquer le portrait, vous pouvez trouver Manuela les jours de beau temps place Gutenberg, mais parfois aussi dans les bars strasbourgeois, ou lors de différents événements. Pour la suivre sur Instagram, c’est par ici !

Manuela Castro (11)

Manuela Castro (10)

© Marie Goehner-David / Pokaa

Manuela Castro (4) © Marie Goehner-David / Pokaa