Un réseau de narcotrafic international qui utilisait les ports du Havre et de Rouen comme portes d’entrée de stupéfiants en France est tombé. Le parquet de Lille l’a annoncé ce lundi 22 décembre. Il a fallu près de trois ans aux enquêteurs pour, patiemment, remonter les filières.
Tout commence en mars 2022. La division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) du service interdépartemental de police judiciaire (SIPJ) de Rouen ouvre une enquête préliminaire sur des faits d’importation et de revente de cannabis et de cocaïne dans l’agglomération rouennaise. Très vite, les investigations révèlent une organisation structurée, bien au-delà d’un trafic local. Une information judiciaire est ouverte en avril 2022.
Six personnes en détention fin 2023
Face à la dimension internationale du dossier, le magistrat instructeur rouennais se dessaisit, en septembre 2022, au profit de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lille. Le cœur du réseau apparaît alors clairement : des narcotrafiquants rouennais s’appuient sur « les informations et des services de dockers pour les sorties des conteneurs des ports du Havre et de Moulineaux, près de Rouen », indique le parquet de Lille.
Les premiers coups portés sont significatifs. En juin 2023, 183 kg de cocaïne sont saisis dans un conteneur arrivé au port du Havre. En septembre 2023, les enquêteurs détectent plusieurs importations selon la technique du « drop off » : 400 kg et une tonne de cocaïne ont ainsi été jetés au large et récupérés en mer par les narcotrafiquants.
Le 11 décembre 2023 marque une étape décisive : une vaste opération d’interpellations est menée. Lors d’une perquisition, 23kg de résine de cannabis sont découverts dans un box. Neuf personnes sont mises en examen, dont six placées en détention provisoire. Trois autres sont laissées sous contrôle judiciaire, avec une interdiction d’exercer la profession de docker.
Un chef de réseau localisé au Maroc
L’enquête se poursuit et conduit les autorités jusqu’au cerveau présumé du réseau. En 2024, celui-ci est localisé à Casablanca, au Maroc. Il est soupçonné d’avoir orchestré l’ensemble des importations, par voie maritime ou routière : résine et herbe de cannabis depuis le Maroc, cocaïne depuis la Colombie, à destination des ports du Havre, de Rouen, mais aussi de Dunkerque. En lien avec « d’importants narcotrafiquants de Marseille », son trafic générait « des profits de plusieurs millions d’euros », chiffre le parquet.
Arrêté à Casablanca le 22 février 2025, il est remis aux autorités françaises le 23 septembre. Le lendemain, il est mis en examen pour une longue liste de chefs : direction et organisation de groupement criminel, importation de stupéfiants en bande organisée, blanchiment aggravé, association de malfaiteurs, mais aussi corruption active et passive. Il est placé en détention provisoire.
Des mouvements financiers de plusieurs millions d’euros
Le démantèlement de ce réseau n’aurait pas été possible sans une coopération internationale étroite. Grâce à Europol, plusieurs services de police étrangers ont alimenté les enquêteurs français en renseignements. Des policiers et magistrats allemands et espagnols ont participé à des réunions opérationnelles. « Un élément clé a été l’exploitation de la messagerie cryptée Sky ECC, prisée par les trafiquants », précise le parquet.
Le dossier n’est pas clos. Les investigations se poursuivent sous l’autorité du juge d’instruction.