Le tribunal correctionnel a condamné un praticien de 67 ans à quatre ans de prison, dont trois avec sursis. Sa peine a été assortie d’une interdiction définitive d’exercer son métier. Le mis en cause a procédé depuis une trentaine d’années à des palpations mammaires abusives sur une soixantaine de femmes.
Le tribunal correctionnel de Nantes a condamné, lundi 22 décembre, un médecin âgé de 67 ans à quatre ans de prison, dont trois avec sursis, ainsi qu’à une interdiction définitive d’exercer, pour des faits d’«agression sexuelle par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction». Ce praticien généraliste basé à Carquefou, dans l’agglomération nantaise, était accusé d’avoir procédé à des palpations mammaires abusives sur une soixantaine de patientes, sous prétexte de dépister le cancer du sein.
Certaines des victimes étaient mineures au moment des faits, qui remontent jusqu’aux années 1990, pour les plus anciens. Les magistrats ont relaxé le prévenu des faits qui lui sont reprochés sur le cas de seize patientes. Désormais inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais), le médecin a également été condamné à verser plusieurs milliers d’euros au titre de dommages et intérêts. La partie ferme de sa peine sera exécutée sous le régime de la détention à domicile, sous surveillance électronique.
«Obsédé» par le dépistage du cancer du sein
Interpellé puis placé sous contrôle judiciaire en septembre 2025, le mis en cause est tombé presque par hasard dans le viseur de la justice, après avoir été victime, en septembre 2024, d’une violente agression à son cabinet. À l’époque, le praticien avait été roué de coups par le petit ami d’une patiente d’une vingtaine d’années, qui avait raconté à son compagnon faire systématiquement l’objet de palpations mammaires, à chaque consultation. Le jeune homme avait été condamné, mais une seconde enquête avait été ouverte pour faire la lumière sur les agissements du médecin.
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L’enquête confiée par la suite à la compagnie de gendarmerie de Nantes avait mis en évidence que le médecin avait pratiqué des palpations mammaires sur un large éventail de patientes qui venaient le consulter pour d’autres motifs. Ces examens avaient notamment été réalisés sur des mineures, alors qu’ils ne sont pas préconisés avant 25 ans – et recommandés qu’à partir de 50 ans. Le mis en cause s’abstenait par ailleurs de demander le consentement des patientes. Un rapport d’expertise médical avait souligné qu’il s’agissait d’autant de manquements, parmi d’autres, aux règles strictes encadrant ce type de dépistage.
Le médecin au cœur de l’enquête s’était défendu de toute palpation abusive, en affirmant être simplement «obsédé» par le dépistage du cancer du sein. Le parquet de Nantes avait requis une peine de six ans de prison, dont trois avec sursis, assortie d’une interdiction totale d’exercer la médecine, lors de l’audience du 10 décembre qui s’est tenue à huis clos, à la demande de la défense, qui a justifié la discrétion de la procédure par la nécessité de préserver le secret médical. Une démarche soutenue par l’ordre des médecins, partie civile dans le procès.