Par
Adrien Filoche
Publié le
23 déc. 2025 à 7h16
Derrière le réjouissant lancement de la ligne T5, la vie des transports à Rouen n’est pas toujours toute rose. En avril 2025, 76actu publiait une enquête sur l’état préoccupant des bus à Rouen alors que de nombreux conducteurs s’alarmaient de la situation. Bouts de scotch, voussoirs sur le point de se décrocher, climatisations hors service, portes dysfonctionnelles, systèmes de frein défectueux, etc. La liste des préoccupations est longue. Quelques mois après nos révélations, un conducteur de bus a pris contact avec 76actu afin de tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme. De son côté, la direction de Transdev assure que « la sécurité des passagers est la priorité absolue ».
Des dysfonctionnements pointés du doigt
Laurent* est conducteur de bus depuis maintenant trois ans à Rouen. « Quand je suis arrivé, il y avait déjà quelques problèmes. Mais là, c’est de pire en pire. Franchement, il y a un laisser-aller total », lâche-t-il.
Depuis avril, il l’assure, la situation ne s’est pas améliorée. Selon lui, « rouler avec des bus délabrés, c’est devenu quelque chose de banal. Tout le monde le sait. On nous dit qu’il faut que ça roule, quoi qu’il arrive, même si les bus ne sont pas dans un bon état ».
L’état des bus, c’est le sujet de tous les chauffeurs en salle de pause !
Laurent
conducteur de bus à Rouen.
Des propos qui rejoignent ceux de Marie*, une conductrice de bus du réseau Astuce, citée dans notre enquête d’avril dernier. Elle déplorait alors : « Comme on dit à Rouen, il faut que ça roule ».
Sur les problèmes constatés, hormis les soucis de carrosseries et les rafistolages au scotch, Laurent pointe du doigt des éléments plus problématiques : des dysfonctionnements sur la direction de bus, les freins ou encore les portes. « Le nombre de fois où l’on voit des portes se refermer sur les passagers… C’est carrément dangereux », peste l’employé, qui craint un jour l’arrivée d’un grave accident.
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L’état des bus à Rouen peut donner matière à s’inquiéter. En septembre 2025, un bus avait pris feu au niveau de la place Prat sur la commune de Canteleu. En avril 2023, c’était à Mont-Saint-Aignan qu’un véhicule prenait feu. En août 2022, même situation au Mont-Riboudet. En plus de ce type d’incidents, le nombre de pannes a eu tendance à se multiplier, notamment au cours de l’année 2025.

Captures d’écran du compte Twitter du réseau Astuce en avril 2025 montrant des pannes de bus. (©Captures d’écran)« On met en danger les passagers »
S’il pointe du doigt « les vieux bus » rachetés à la métropole de Nice (certains affichant plus de 600 000 kilomètres au compteur), Laurent estime que le problème est plus généralisé. « Le bus 7235, qui était à Reims entre 2021 et 2023, c’est un carnage. Tout le monde s’en plaint. Ce bus-là, je refuse de le conduire », déplore-t-il.
Le jour où il y aura un accident, ça va retomber sur le chauffeur. Ce n’est pas normal. La vérité, c’est que l’on met en danger les passagers. Quand je rentre le soir, je dis à ma femme que j’ai l’impression d’avoir mis des gens en danger aujourd’hui.
Laurent
conducteur de bus
En plus des dysfonctionnements techniques, Laurent pointe d’autres problématiques, comme celle rencontrée sur la ligne F2. « Faute de bus, on roule sur cette ligne avec des bus qui ne sont pas adaptés pour les PMR », explique-t-il.
Selon le conducteur, il arrive que des bus circulent alors qu’ils se trouvent en mauvais état. Chose que conteste fermement la direction.

Selon Laurent, conducteur de bus, de nombreux bus circulent alors qu’ils se trouvent en mauvais état. Et les pannes se multiplient. (©Documents transmis)« La préoccupation majeure, c’est la sécurité »
Sur les questions de sécurité, pointées du doigt par Laurent, Guillaume Aribaud, le directeur général de Transdev répond : « On ne fait pas n’importe quoi avec nos bus. La préoccupation majeure, c’est la sécurité ». Concernant les pannes, il indique que les portes sont la première cause « car ce sont les éléments qui sont les plus sollicités ». Par ailleurs, « dès qu’il y a un problème de frein, on passe le véhicule au banc de freinage dans notre atelier ».
Chaque bus est soumis à un contrôle technique tous les six mois. Nous avons des obligations réglementaires que nous respectons scrupuleusement. Il n’est pas question de faire rouler un bus qui présenterait un danger.
Guillaume Aribaud
directeur général de Transdev à Rouen
Lorsqu’un problème se présente, le conducteur alerte le PCC (poste de commandement centralisé), qui se charge ensuite d’évaluer la situation. « Dès un signalement, le véhicule fait l’objet d’une vérification par nos équipes techniques. Il y a une procédure qui est là et qui est respectée », présente Michée Dumoulin, le directeur technique de Transdev à Rouen. Et d’ajouter : « Nous avons un système de maintenance qui a beaucoup progressé ».
Nous avons 289 autobus et 75 agents de maintenance. L’atelier tourne 7 j/7.
Michée Dumoulin
directeur technique de Transdev à Rouen
De son côté, Laurent estime que les signalements effectués auprès du PCC ne sont pas toujours pris à leur juste mesure : « Leur logique, c’est de rouler. Il faut rouler ».
En attente des nouveaux bus
Comme le conducteur le rappelle, les difficultés rencontrées sont à mettre en lien avec les soucis rencontrés auprès Ebusco, dont la Métropole de Rouen attend toujours la commande complète de ses bus. « Le manque de bus, c’est une chose. Mais la situation n’est pas normale. Que ce soit chez Transdev ou à la Métropole, ils sont forcément au courant de la situation », insiste Laurent.
Guillaume Aribaud recontextualise lui aussi : « Nous nous trouvons dans un contexte national qui est loin d’être simple. Tous les réseaux français font face à des problèmes de livraisons de bus. Et nous nous trouvons aussi dans une phase de transition énergétique, c’est-à-dire que chaque renouvellement de bus sur notre parc ne doit pas être thermique ».
Entre 2019 et 2025, Transdev indique avoir injecté plus de 4 millions d’euros pour la maintenance de ses bus. « Chaque année, nous investissons 25 000 euros par bus », précise Guillaume Aribaud. Par ailleurs, le directeur de Transdev rappelle que « notre travail, c’est d’assurer la prestation et nous le faisons avec les moyens qui sont les nôtres ».
La réalité du terrain, c’est que le parc vieillit et que les renouvellements se font attendre. La question est donc désormais de savoir quand est-ce que la métropole de Rouen va enfin recevoir la totalité de ses bus électriques.
*prénoms modifiés
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